L’innovation propulse les fonds pharma

©REUTERS

La pandémie a ramené l’attention des investisseurs sur le secteur pharmaceutique. Grâce à l’innovation, les fonds pharma et biotech ont obtenu de solides rendements ces dernières années.

Le secteur de la santé a confirmé ses qualités défensives durant la crise du coronavirus. L’ensemble des fonds disponibles sur le marché belge a dégagé une performance positive. Cette progression est d’autant plus remarquable que le secteur a souvent plus de difficultés à bien se comporter durant les années électorales aux États-Unis, qui sont généralement l’occasion pour les politiciens de se positionner sur la nécessité de réguler les prix.

L’épidémie de coronavirus n’a clairement pas eu un impact majeur sur le secteur. Rudi Van den Eynde, Head of Thematic Global Equity chez Candriam, souligne ainsi que "le secteur a été fortement mis en avant dans sa lutte contre la pandémie, avec des marchés qui se sont créés au niveau des vaccins et des tests de diagnostic. L’impact sur d’autres segments a été plus modeste."

Enseignements

Une première constatation s’impose en regardant le tableau. Sur un horizon de dix ans, il n’y a aujourd’hui pratiquement plus de différence entre les fonds biotech et ceux investissant plus largement dans les soins de santé. Durant les cinq dernières années, les fonds généralistes ont même réalisé de meilleures performances que les fonds biotech.

Une deuxième constatation est la taille importante de certains de ces fonds, celui de BlackRock dépassant même la barre des 10 milliards de dollars, avec des encours qui ont fortement augmenté depuis début 2020. En mars dernier, les actifs sous gestion de BlackRock-World Healthscience tournaient autour de 5,5 milliards de dollars, soit pratiquement un doublement de la taille du portefeuille sur une période de 8 mois.

Écart de performance

Troisièmement, les meilleures performances sur dix ans semblent plutôt privilégier les fonds exposés sur les moyennes capitalisations avec une composante importante sur le secteur biotech. Mais la performance des fonds de Polar Capital, Janus Henderson ou BlackRock a été réalisée avec des expositions radicalement différentes des fonds biotech de Candriam, Franklin Templeton ou Pictet. La différence entre les meilleurs produits et les plus mauvais atteint presque 9% en rythme annualisé, ce qui s’explique en partie par une meilleure rémunération du risque pour les gestionnaires qui parviennent à s’exposer sur les innovations technologiques du secteur biotech.

Enfin, un quatrième constat est que l’investissement en soins de santé continue de rimer avec États-Unis, l’exposition sur l’Amérique du Nord oscillant entre 69% et 89% pour les fonds repris dans notre tableau, le solde étant généralement exposé sur des groupes européens, tandis que l’Asie et le Japon représentent des expositions souvent très marginales.

«De plus en plus de Chinois ont accès à la plupart des traitements dont nous disposons dans les pays occidentaux.»
Rudi Van den Eynde
gestionnaire de fonds CANDRIAM

Exploit belge

Sur dix ans, le fonds Candriam Equities Biotechnology reste au sommet de la pyramide. Pour Rudi Van den Eynde, gestionnaire du fonds, le secteur est supporté par des tendances fortes de long terme, comme le vieillissement de la population, l’innovation dans des solutions thérapeutiques innovantes, la capacité de fixer les prix pour de tels traitements innovants, une faible influence du cycle économique, et la montée en puissance des pays émergents. "La couverture en Chine est aujourd’hui meilleure, avec de plus en plus de personnes ayant accès à la plupart des traitements dont nous disposons dans les pays occidentaux."

En termes sectoriels, il apprécie plus particulièrement les perspectives du secteur de l’oncologie, qui reste un segment thérapeutique en forte croissance, où les innovations devraient être particulièrement soutenues durant les prochaines années. La profondeur de ce segment a même poussé Candriam à proposer un nouveau fonds dans cette classe très spécifique. Commercialisé en Belgique sous le nom Belfius Equities Cure, il a déjà rassemblé plus de 1,5 milliard de dollars en actifs sous gestion depuis son lancement en 2018.

Prix des soins

Avec une performance annualisée de près de 15% sur les trois dernières années, Janus Henserson Global Life Sciences s’est progressivement rapproché des premières positions du classement. Andy Acker, gestionnaire du fonds, souligne que "les progrès dans la compréhension du génome humain nous amènent aujourd’hui aux portes d’une révolution dans la découverte de nouveaux traitements pour des maladies que nous pensions incurables", et qui seront donc de nature à soutenir les perspectives du secteur.

«Les progrès dans la compréhension du génome humain nous amènent aux portes d’une révolution.»
Andy Acker
gestionnaire de fonds Janus Henderson

"Nous concentrons d’ailleurs nos portefeuilles sur des sociétés qui développent de tels traitements visant des segments pour lesquels il n’existe que peu d’alternatives thérapeutiques. Sur le long terme, j’aime aussi beaucoup les développements (notamment au niveau des diagnostics) dans la détection précoce des cancers, qui pourrait sauver des centaines de milliers de vies."

Quant à l’impact de la nouvelle administration Biden sur le secteur pharmaceutique, Andy Acker se veut relativement rassurant. "Sans une majorité nette au Sénat, il est difficile d’envisager que des réformes radicales puissent être mises en place durant les deux prochaines années. En outre, le prix des médicaments est stable ou en baisse depuis cinq ans, alors que ce sont plutôt les frais médicaux qui ont continué d’exploser."

Fusions et acquisitions

Pour l’année 2020, les meilleures performances ont toutefois été réalisées par certains fonds biotech, et notamment Pictet Biotech, géré chez Pictet Asset Management par Lydia Haueter. "La meilleure manière de compenser le risque d’une baisse des prix sur les médicaments est de se concentrer sur les traitements innovants, car ce sont également ces sociétés que les grands groupes pharmaceutiques chercheront à acheter s’ils ont besoin de regarnir leur portefeuille."

Elle souligne d’ailleurs que l’activité à ce niveau a été particulièrement soutenue depuis le début 2020, avec des réserves financières qui restent très importantes chez les grands groupes pharmaceutiques. "Nous avons enregistré deux acquisitions dans notre portefeuille, notamment celle d’Immunomedics qui était une position assez importante. Ceci explique le bond de notre valorisation durant le mois de septembre."

Plus que jamais dans le secteur des soins de santé, la capacité de trouver des entreprises innovantes susceptibles d’intéresser la Big Pharma reste cruciale pour dégager de la superformance.

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