"La gestion active est plus payante avec les obligations"

Patrick Dunnewolt: "Les taux pourraient encore baisser dans certains pays." ©rv

"Les recherches démontrent qu’une grande majorité de fonds obligataires font mieux que leur indice de référence. Il vaut mieux investir de manière active dans les obligations que via des trackers", explique Patrick Dunnewolt, responsable Benelux et Scandinavie chez Pimco.

Cette année, Pimco a remporté l’Award du meilleur gestionnaire de fonds obligataires. Pendant des années, la maison de fonds américaine s’est retrouvée sous les projecteurs grâce à sa figure de proue, Bill Gross, qui a fait de Pimco le plus grand gestionnaire d’obligations au monde. Suite au départ de Gross pour Janus Henderson en 2014, Pimco a connu quelques années difficiles, mais n’a jamais perdu son ADN d’investisseur spécialisé en obligations.

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Comment expliquez-vous les excellents résultats de vos fonds obligataires au cours des dernières années?

Patrick Dunnewolt: "Le marché obligataire n’est pas facile à appréhender. Pour gérer avec succès des portefeuilles à rendement fixe et faire systématiquement mieux que le marché, il est important de disposer d’un processus d’investissement éprouvé et de moyens mondiaux. Il nous a fallu 50 ans pour élaborer notre processus. Nous accordons beaucoup d’importance à la fois à l’analyse des tendances à long terme et des tendances cycliques à plus court terme, et tout autant à l’approche bottom-up (sélection d’obligations sans tenir compte du contexte macro-économique, NDLR) que top-down (sélection sur base de l’environnement macro-économique, NDLR). Nous estimons également qu’il est important de diversifier nos portefeuilles pour assurer la régularité des performances."

Certains investisseurs estiment qu’il vaut mieux acheter des fonds indiciels – moins chers – vu que les rendements sont extrêmement bas et que les frais prennent par conséquent plus d’importance. Êtes-vous d’accord?

Dunnewolt: "Au cours des dix dernières années, si l’on en croit le bureau d’analyse Morningstar, de 70 à 95% des gestionnaires actifs ont affiché des résultats moins bons en actions. Mais du côté obligataire, c’est l’inverse. Cela s’explique par le fait que les marchés obligataires sont structurellement différents des marchés d’actions. Ils sont beaucoup moins standardisés. Avec les obligations, davantage de facteurs entrent en jeu: nous devons nous concentrer sur les échéances, les devises, la solvabilité et d’autres sources de rendement potentiel. De plus, de nombreux acteurs non financiers sont actifs sur les marchés obligataires, comme les banques centrales et les compagnies d’assurance. Ils ont généralement d’autres objectifs que la génération de plus-values, ce qui offre des possibilités aux investisseurs actifs."

Avec les taux d’intérêt extrêmement bas, pensez-vous qu’il soit possible d’obtenir du rendement des marchés obligataires et ne craignez-vous pas une correction en cas de hausse des taux?

Dunnewolt: "À court terme, nous pensons que l’inflation restera sous contrôle. À plus long terme, il est possible que l’inflation dépasse l’objectif des banques centrales. Cela devrait surtout être la conséquence des importantes dépenses publiques prévues à l’agenda. La récente hausse du taux à long terme est le reflet de l’attente d’une robuste reprise économique, de l’augmentation des dépenses publiques, en particulier aux États-Unis, et de l’acceptation probable par la Réserve fédérale d’une inflation de base supérieure à 2%. Nous ne nous attendons cependant pas à ce que les taux remontent rapidement."

"Nous restons positifs envers les obligations de pays de la périphérie de la zone euro."
Patrick Dunnewolt
Pimco

"Dans l’immédiat, la pression sur les prix sera plutôt limitée et il est plus que probable que les banques centrales interviendront si les taux remontent à un niveau susceptible de menacer la reprise économique. À long terme, il existe des tendances fortes, dont les évolutions démographiques, qui devaient maintenir l’inflation et les rendements à un bas niveau. Nous nous attendons par ailleurs à plus de volatilité au cours des années à venir, tant au niveau des taux globaux que des différentiels de taux d’intérêt. Nous pensons qu’à long terme l’inflation s’inscrira dans une tendance haussière."

Allons-nous retrouver les mêmes niveaux de taux d’intérêt qu’il y a 20 ans ou pensez-vous que ce n’est pas pour demain?

Dunnewolt: "Même si les banques centrales ont joué un rôle important dans la stabilisation des marchés financiers, non seulement pendant la pandémie, mais aussi après la crise financière mondiale et la crise de l’euro, elles resteront prisonnières de l’inflation qui reste sous les objectifs fixés et devront maintenir les taux bas pour que les dettes souveraines restent soutenables. Les taux devraient donc encore rester aux niveaux actuels pendant quelque temps et pourraient même encore baisser dans certains pays."

Comment cette analyse se traduit-elle dans la gestion de vos fonds obligataires?

Dunnewolt: "D’abord et avant tout, nous estimons que dans le climat actuel, il est important de se montrer “flexible”. Nous voulons doter tous nos fonds de portefeuilles solides et diversifiés en cherchant différentes sources de rendement et donc en évitant de mettre tous nos œufs dans le même panier. Il est crucial de bien gérer les risques, vu que la volatilité des marchés pourrait soudainement refaire surface."

Quels sont les segments dans lesquels vous voyez encore des rendements intéressants?

Dunnewolt: "Nous voyons du potentiel dans les titres adossés à des créances hypothécaires aux États-Unis et sur les marchés émergents. Nous restons également positifs envers les obligations souveraines des pays de la périphérie de la zone euro. Un autre segment en forte hausse et qui attire beaucoup les regards à cause de ses rendements élevés sont les obligations d’entreprises asiatiques."

"Nous sommes positifs envers les obligations de marchés émergents, qu’elles soient émises dans des devises fortes ou locales."
Patrick Dunnewolt
Pimco

Pourquoi trouvez-vous les obligations de marchés émergents intéressantes?

Dunnewolt: "Même s’il est important de tenir à l’œil la hausse des niveaux d’endettement, nous sommes positifs envers les obligations de marchés émergents, qu’elles soient émises dans des devises fortes ou locales. La politique monétaire souple des pays développés, la hausse des prix des matières premières et les vaccins contre le Covid-19 devraient cette année pousser les flux mondiaux de capitaux vers les pays émergents. De plus, ces marchés bénéficient de l’intérêt croissant pour les investissements durables. En cinq ans, l’univers des entreprises durables sur les marchés émergents s’est beaucoup agrandi. Nous pensons que tous les actifs des marchés émergents afficheront d’excellents résultats cette année."

Estimez-vous qu’à l’heure actuelle les gestionnaires de fonds disposent de suffisamment de données pour évaluer la durabilité des entreprises?

Dunnewolt: "L’accès aux données s’est clairement amélioré. Les grandes maisons de fonds ont par ailleurs l’avantage d’avoir facilement accès aux équipes de direction des entreprises, ce qui les aide à bien comprendre leurs activités durables. Nous sommes également positifs envers les règles européennes SFDR (qui obligent les fonds à faire rapport sur leurs activités durables, NDLR) que nous considérons comme une étape vers davantage de transparence, une meilleure comparabilité et donc la possibilité pour les investisseurs de prendre des décisions d’investissement sur la base de directives clairement définies et vérifiables. Cela devrait aussi bénéficier aux labels durables qui existent déjà pour les fonds. Dans cette optique, le label belge “Towards Sustainability” fonctionne très bien et nous avons demandé à l’obtenir pour tous nos fonds durables.»

PROFIL

Pimco

Actifs sous gestion: 2.210 milliards de dollars
Nombre de collaborateurs: 2.900
Nombre de fonds enregistrés en Belgique: 44 (dont des trackers)

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