"La taille et la digitalisation sont cruciales dans les fonds"

"L’inflation de réglementations accroît les coûts des maisons de fonds. Les économies d’échelle et la digitalisation permettent de compenser cette hausse", explique Fabien Lequeue, responsable de la société de gestion AXA Funds Management à Luxembourg.

Fabien Lequeue a accumulé plus de 20 ans d’expérience dans l’industrie des fonds. Après des études à Louvain-la-Neuve, il a commencé sa carrière en 2000 au Grand-Duché de Luxembourg auprès de la State Street Bank. Sept ans plus tard, il a rejoint BlackRock Luxembourg en tant que responsable de l’équipe administrative et du développement des produits. "J’y ai appris que BlackRock était une société bien huilée et bien organisée au niveau mondial. J’ai aussi appris que chaque problème avait sa solution et qu’il était indispensable de travailler de manière rigoureuse et en équipe pour respecter les dates butoirs et fournir des produits et des services de qualité", explique Lequeue.

En 2015, Lequeue a commencé à travailler chez AXA Funds Management, la société de gestion luxembourgeoise d’AXA Investment Managers, comme responsable des activités opérationnelles. "J’y ai surtout appris à apprécier la dimension humaine au sein des relations professionnelles", confie Lequeue. Il y a deux ans, il a été nommé directeur et, à ce titre, siège dans plusieurs comités de l’Alfi, la fédération luxembourgeoise des fonds.

Lequeue considère cette expérience luxembourgeoise comme capitale. "Au fil des années, le Luxembourg est devenu un centre d’expertise dans le secteur des fonds européen, ce qui lui donne une longueur d’avance", estime-t-il. De plus, il travaille depuis de nombreuses années dans les coulisses du segment opérationnel du secteur, ce qui lui permet de comprendre comme aucun autre les défis et les opportunités qui l’attendent. Les réglementations et la digitalisation y jouent un rôle crucial.

Que pensez-vous de l’inflation de réglementations qui a touché le secteur des fonds – principalement européen – depuis la crise financière?

Fabien Lequeue: "Nous sommes en effet confrontés à une inflation de réglementations. Non seulement au niveau européen, mais aussi au niveau national. À Luxembourg, nous avons récemment reçu une circulaire qui clarifie la façon dont nous devons réaliser les “due diligences”, en d’autres termes comment nous devons rédiger nos rapports, cartographier les rendements, etc. C’est chaque fois un défi de transposer ces règles dans la pratique."

«Nous ne pouvons plus nous permettre de lancer de nouveaux fonds pour voir s’ils fonctionnent ou non.»

Toutes ces règles sont-elles décidées dans l’intérêt des clients?

Lequeue: "Ces règles sont bien entendu conçues pour servir les intérêts des investisseurs, mais elles ont parfois des effets indésirables. L’an prochain verra par exemple l’entrée en vigueur de la loi PRIIPS, qui impose un même document d’informations pour tous les produits financiers. Dans ce document, nous devrons également communiquer les rendements futurs sur la base de différents scénarios. De nombreux acteurs du secteur sont convaincus que cette information créera plus de doutes et de confusion que lorsque nous nous limitions aux rendements du passé. Et donc les réglementations ont parfois des effets indésirables paradoxaux."

Cette pléthore de règles ne pèse-t-elle pas sur les coûts?

Lequeue: "De toute évidence, la mise en place de ces règles a un coût. Il suffit de penser au temps investi dans les nombreux groupes de travail mis en place dans les maisons de fonds. Ces frais ne sont pas directement mesurables, mais au final ils augmentent les coûts globaux."

«Le monde des fonds évolue très vite. En 2000, tout se faisait encore pratiquement sur papier. Aujourd’hui, c’est devenu inimaginable.»

Quelles sont les conséquences de cette hausse des coûts dans un monde où les fonds sont de plus en plus concurrencés par les fonds indiciels bon marché?

Lequeue: "Nous essayons de contrôler les coûts en réalisant des économies d’échelle. La croissance des activités d’AXA IM, notamment en Belgique et au Luxembourg, nous a aidés à mieux maîtriser nos coûts. Bien entendu, la technologie – notamment la digitalisation – nous aide également. Chez AXA, nous adaptons en permanence notre infrastructure pour réduire autant que possible la distance qui sépare le front office du back-office, et nous automatisons les processus autant que possible. Cela permet par ailleurs de réduire le nombre d’erreurs. Nous utilisons aussi de plus en plus le “machine learning” et l’intelligence artificielle."

Pouvez-vous citer un exemple?

Lequeue: "Nous avons récemment lancé l’automatisation du traitement des données sur la durabilité que nous recevons de nos fournisseurs de data. Elles demandent à être interprétées et structurées."

Selon vous, quelle est la taille minimale d’un fonds pour qu’il puisse bénéficier d’un effet de taille suffisant?

Lequeue: "Il n’est pas facile de donner un chiffre précis, car cela dépend notamment de la catégorie d’investissement à laquelle le fonds appartient et des coûts spécifiques liés au fonds. Notre offre de fonds est restée relativement stable au cours des dernières années. Nous avons supprimé une vingtaine de fonds et créé autant de nouveaux. Nous sommes devenus plus sélectifs. Désormais, nous ne lançons un nouveau fonds que si nous sommes certains qu’il existe réellement un marché pour ce type de produit. Nous ne pouvons plus nous permettre de lancer des fonds pour voir s’ils fonctionnent ou non."

«Les réglementations ont parfois des effets indésirables paradoxaux.»

Quels sont vos principaux points d’attention lorsque vous décidez de créer un nouveau fonds?

Lequeue: "Au sein de notre offre de fonds alternatifs, nous avons intégré la composante de durabilité. Et nous souhaitons également miser sur les fonds durables dont l’impact est plus facilement mesurable. 90% des fonds et des stratégies d’AXA IM tombent sous le coup des règles européennes SFDR, sous le label de durabilité des articles 8 ou 9."

Comptez-vous aussi sur la blockchain pour réduire vos coûts?

Lequeue: "Oui, absolument. Cela fait déjà quatre ou cinq ans que nous y travaillons. Ces deux dernières années, les choses sont devenues plus concrètes. La tokenisation d’actifs (c’est-à-dire la digitalisation d’un produit d’investissement, NDLR) nous permet de réduire le nombre d’étapes intermédiaires. Mais il est prématuré de miser totalement sur la blockchain dans le secteur. Un des problèmes est par exemple que les devises ne sont pas encore disponibles sur la blockchain. Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, a récemment mentionné 2025 comme date butoir."

Les fonds ne sont pas cotés, contrairement aux trackers. Avec les évolutions technologiques, pensez-vous qu’il sera un jour possible de coter les fonds et de connaître à tout moment de la journée leur valeur d’inventaire précise?

Lequeue: "Il faudra encore du temps avant d’arriver à ce stade, car cela exige que toutes les étapes de la chaîne soient digitalisées. Mais le monde des fonds évolue très vite. En 2000, tout se faisait encore pratiquement sur papier. Aujourd’hui, c’est devenu inimaginable."

BIO

Fabien Lequeue

Né en 1976
Country Head (depuis 2015) et General Manager (depuis 2019) chez AXA Funds Management à Luxembourg
Auparavant, a travaillé pour la State Street Bank et BlackRock Luxembourg
Détient un Master en Finance de l’UCL (Louvain-la-Neuve)

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