Le marché britannique, paradis des stockpickers

Les acquisitions se sont multipliées ces derniers mois, avec notamment celle du spécialiste des paris William Hill par le propriétaire du Caesars, le casino historique de Las Vegas. ©Photo News

Les gestionnaires de fonds investis en actions britanniques soulignent leur valorisation extrêmement basse, même en ce qui concerne les actions de croissance. Une anomalie qui pourrait se corriger rapidement dans le courant de l’année 2021.

Le Brexit n’a clairement pas été une bonne affaire pour les investisseurs en actions britanniques. Depuis l’annonce du vote en faveur de la sortie de l’Union européenne en juin 2016, l’indice FTSE 100 a progressé de moins de 10%, et figurait encore il y a quelques semaines sous le niveau du 23 juin 2016. De même, les fonds exposés sur cette classe d’actifs affichent en moyenne une performance annualisée de 1% sur les trois derniers exercices.

Fonds

  • Les fonds gérés activement ont perdu la bataille avec leur indice
  • Les fonds les plus populaires de 2020
  • "Le marché d’actions britannique est un paradis pour les stock pickers"

Le supplément Fonds, ce mercredi 20/1, gratuit avec L'Echo.

Peu de fonds

Il convient tout d’abord de noter qu’il n’existe qu’une grosse dizaine de fonds en actions britanniques disponibles sur le marché belge. La moitié de ces produits est proposée par Columbia Threadneedle, qui est le seul à offrir, sur le marché belge, des fonds dont la stratégie est axée sur les petites ou moyennes capitalisations ou sur les actions à dividende britanniques. La plupart des produits proposent des expositions sur les grandes capitalisations, avec éventuellement une certaine flexibilité pour aller vers de plus petites valeurs, voire vers des sociétés situées en dehors du Royaume-Uni.

Investir dans les fonds en actions britanniques nécessite toutefois de prendre en compte l’évolution de la devise britannique sur le marché des changes. La plupart des produits disponibles pour le particulier belge sont en effet libellés en livre sterling. Alex Batten, gestionnaire de fonds monétaire chez Columbia Threadneedle, indique ainsi que "la livre risque d’être à nouveau l’une des devises les moins performantes durant les prochains mois, en raison des impacts conjugués du Brexit et des conséquences du Covid-19 (le télétravail) sur une économie basée sur les services".

La meilleure performance durant les trois dernières années est à mettre au crédit du fonds de BlackRock, qui propose un compartiment libellé en euro et une exposition davantage axée sur les valeurs de croissance avec un rapport cours/bénéfice des sociétés en portefeuille qui est significativement plus élevé que la moyenne des autres fonds.

Facteurs négatifs

1%
Les fonds investissant dans les actions britanniques ont obtenu un rendement moyen en euros de 1% par an au cours des trois dernières années.

Le manque de considération pour les actions britanniques s’explique en grande partie par les incertitudes politiques de ces dernières années, mais la signature d’un accord de sortie avec l’Union européenne pourrait clarifier la situation. "Si la performance du marché britannique a été déplorable, nous estimons néanmoins qu’elle pourrait connaître une résurrection durant les prochains mois. La fenêtre d’opportunité pourrait rapidement se fermer", souligne Richard Colwell, responsable des actions britanniques chez Columbia Threadneedle et gestionnaire de deux des six fonds repris dans le tableau. "C’est une opportunité comme il s’en présente une par décennie."

"Les raisons pour rester à l’écart des actions britanniques ont été largement évoquées, et ont souvent empêché d’avoir une approche constructive sur la classe d’actifs", indique Sue Noffke, responsable des actions britanniques et gestionnaire de fonds chez Schroders. Pour autant, les prochains mois pourraient encore être difficiles au niveau économique, avec une croissance qui restera en berne et des fermetures d’entreprises qui resteront élevées.

"Les banques sont aujourd’hui mieux capitalisées et peuvent se permettre d’exiger le remboursement de leurs créances douteuses", indique encore Richard Colwell (Columbia Threadneedle). "Nous pensons que les faillites dépasseront le niveau atteint après la crise financière de 2008, avec un nombre de chômeurs qui pourrait atteindre 3 millions de personnes, similaire aux chiffres atteints durant les années 80."

À mesure que l’année avancera, les gestionnaires estiment que l’environnement devrait toutefois se redresser et permettre une relance de la machine économique.

Signes positifs

La bourse britannique est aujourd’hui encore moins chère que l’année dernière, avec un niveau de valorisation pour les grands groupes internationaux (fortement exportateurs) qui affiche des décotes significatives par rapport à leurs concurrents européens et américains, et alors même que trois quarts des bénéfices des entreprises cotées sont réalisés en dehors du Royaume-Uni.

"Les actions britanniques sont une opportunité comme il s’en présente une par décennie."
Richard Colwell
Columbia Threadneedle

Sue Noffke (Schroders) souligne que le marché britannique est aujourd’hui un paradis pour les stockpickers à la recherche de bonnes opportunités. "En termes de potentiel de redressement, le marché est aujourd’hui à un niveau comparable à celui affiché à la fin de la crise financière de 2008. Les valorisations sont extrêmement déprimées, alors que les entreprises regardent déjà vers le futur et augmentent leurs investissements, pendant que d’autres rétablissent le versement de leur dividende, ce qui constitue toujours un signal favorable concernant la confiance des entreprises."

Fusions

"La valorisation du marché britannique reflète déjà bien cette réalité difficile pour les prochains mois", confirme Richard Colwell (Columbia Threadneedle). "Dans le même temps, les fusions/acquisitions sont actuellement en pleine accélération, car il existe un appétit fort pour ne pas tenir compte du bruit à court terme, afin de profiter des valorisations extrêmement attractives. Si l’investisseur particulier ou les grands gestionnaires internationaux restent pour le moment en retrait, ce n’est toutefois pas le cas des groupes de private equity et des entreprises américaines qui sont très actives."

Sue Noffke (Schroders) pointe également que les opérations de croissance externe se sont multipliées ces derniers mois, avec notamment les acquisitions de l’assureur RSA Insurance par un consortium de concurrents étrangers, ou l’achat du spécialiste des paris William Hill par le propriétaire du Caesars, le casino historique de Las Vegas. "Pour le moment, je continue toutefois d’éviter des secteurs très bon marché pour des raisons structurelles, comme l’immobilier de bureaux ou les compagnies aériennes."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés