"Les fondamentaux des obligations de marchés émergents au beau fixe"

DPAM et Lazard Asset Management s’intéressent aux obligations indiennes. L’Inde devrait afficher une croissance de 10%, l’une des plus élevées des pays émergents, et sa banque centrale défend une politique monétaire stricte. ©AFP

Les investisseurs à la recherche d’un rendement positif sur le marché obligataire n’ont souvent d’autre choix que de se tourner vers les obligations de marchés émergents. Pour les gestionnaires de fonds, après une année 2020 particulièrement difficile, les fondamentaux de cette classe d’actifs semblent aujourd’hui au beau fixe.

Les obligations de marchés émergents ont connu une année 2020 particulièrement chaotique: au cours du premier trimestre, en pleine crise du coronavirus, les obligations ont connu le pire trimestre de leur histoire alors que le deuxième trimestre a affiché la deuxième meilleure performance jamais atteinte. Au total, les obligations ont clôturé l’année sur un rendement moyen positif, même si l’on constate des différences importantes et que les rendements sont moins positifs en euros. Les résultats des fonds d’obligations de marchés émergents sont donc très différents. Plus de la moitié des fonds ont obtenu un rendement négatif au cours de l’année écoulée.

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Les gestionnaires de fonds se montrent cependant plus optimistes pour 2021, notamment en raison de la reprise de la croissance économique et des mesures de relance des banques centrales. "Dans notre scénario le plus probable, la reprise économique se poursuivra en 2021 et la politique monétaire restera généralement accommodante. Cela pourrait créer des conditions favorables pour les obligations de marchés émergents, qui pourraient générer un rendement de 10%", estime Rob Drijkoningen, qui gère le fonds obligataire de marchés émergents de Neuberger Berman à La Haye.

Les perspectives du dollar américain jouent également en faveur de ces obligations. «Il est clair que les devises des marchés émergents sont sous-évaluées. Cela se manifestera certainement dans un contexte de pression constante sur le dollar américain», explique Claudia Calich de M&G.

Malgré ces bons fondamentaux, il faut rester prudent, prévient Capital Group. "Plusieurs pays émergents ont opté pour un assouplissement fiscal et monétaire pour donner un coup de pouce à leur économie. Nous devons tenir compte du risque d’explosion des montagnes de dettes dans certains pays. Non seulement l’Argentine, l’Équateur, le Liban, le Venezuela et la Zambie ont restructuré leur dette, mais l’Afrique du Sud, l’Inde, le Mexique, le Brésil et la Colombie ont vu leur notation de crédit dégradée. En cas de nouveaux chocs, ces pays ne disposent plus d’importantes marges de manœuvre", estime Kirstie Spence, gestionnaire de fonds chez Capital Group.

Autre point d’attention: le risque de rendements négatifs sur les marchés émergents. Aujourd’hui, au niveau mondial, plus de 15.000 milliards de dollars d’obligations affichent un rendement négatif. La plupart d’entre elles se situent en Europe et au Japon, mais, en décembre, la Chine et la Corée du Sud ont émis leur première obligation à taux négatif.

Sélectivité

En 2021, il faudra se montrer plus que jamais sélectif si l’on souhaite obtenir du rendement dans cette vaste classe d’actifs. "Le marché des obligations de pays émergents s’est beaucoup développé au cours des dernières années. Il comprend près de 100 pays et des centaines d’émetteurs", souligne Drijkoningen. Les gestionnaires de fonds ont non seulement le choix entre des obligations souveraines et d’entreprises, mais aussi entre des obligations émises en devises locales ou dans des devises fortes. Les échéances jouent également un rôle.

"Cette année, les obligations de marchés émergents pourraient afficher un rendement de 10%."
Rob Drijkoningen
Neuberger Berman

Si l’on en croit M&G, le choix ne se pose pas tellement en termes de catégories d’obligations – souveraines ou d’entreprises. "Ce choix dépend surtout du pays. En règle générale, les obligations d’entreprises sont plus risquées que les obligations souveraines du même pays, mais elles offrent de meilleurs rendements. Les différences entre les pays sont énormes. Une obligation d’entreprise du pays A peut être moins risquée qu’une obligation souveraine du pays B. Pour cette raison, nous décidons d’abord du pays dans lequel nous souhaitons investir et nous choisissons ensuite le meilleur instrument", poursuit Calich. Le choix entre devise locale et devise forte dépend aussi du pays, même si, en 2021, M&G compte privilégier les devises locales.

On retrouve la même sélectivité chez Amundi. "Nous préférons les obligations brésiliennes, mexicaines, indonésiennes et roumaines en dollars ou en euros, à la fois souveraines et d’entreprises. Nous nous intéressons également à l’Argentine, qui vient de restructurer sa dette. Pour les obligations émises en devises locales, nous préférons la Russie, l’Indonésie et le Mexique, ainsi que quelques pays frontières comme l’Égypte et l’Ukraine."

Chez DPAM également, on retrouve les mêmes pays en haut de la liste: "Nous nous intéressons aux devises de pays affichant un rendement réel positif, comme le Mexique, l’Afrique du Sud, l’Indonésie et la Malaisie. Nous sommes également positifs envers l’Ukraine et nous avons pris des positions opportunistes en Tunisie. En Amérique latine, nous nous attendons à ce que la situation s’améliore en Uruguay et au Pérou. Enfin, nous considérons l’Inde comme une bonne diversification pour notre portefeuille", explique le stratège en chef Peter De Coensel.

L’Inde obtient également les faveurs de Lazard Asset Management. "Nous croyons en la roupie indienne, non seulement parce que nous estimons qu’elle est sous-évaluée, mais parce que cette année, l’Inde devrait afficher 10% de croissance, un des pourcentages les plus élevés des pays émergents. Par ailleurs, la banque centrale indienne défend une politique monétaire stricte et ses réserves de devises étrangères sont très élevées", explique Denise Simon.

"Nous croyons à la roupie indienne. Elle est sous-évaluée et la croissance indienne pourrait être très élevée cette année, à savoir proche de 10%."
Denise Simon
Lazard Asset Management

Lazard voit de la valeur dans trois segments des obligations de marchés émergents. "Nous voyons beaucoup de potentiel dans les devises locales. Avec la reprise du cycle et les valorisations historiquement basses, nous pensons que les devises locales pourraient s’apprécier de 5 à 10% en 2021, ce qui devrait booster les rendements. Par ailleurs, nous nous intéressons également aux obligations souveraines en dollars ou en euros de pays de faible qualité de crédit. Les différences de taux par rapport aux obligations sûres sont supérieures de 6 points de pourcentage, ce qui devrait largement compenser le risque. Enfin, nous misons sur les obligations d’entreprises à courte échéance. Nous avons découvert plusieurs entreprises aux bilans solides ayant émis des obligations à moins de cinq ans. Les rendements se situent aux alentours de 4%, ce qui est intéressant au vu des faibles risques de taux et de crédit.»

Les marchés émergents montrent une évolution intéressante sur le plan des échéances. De plus en plus d’émissions ont une échéance longue. L’an dernier, le Pérou a émis la première obligation à 100 ans. Ces obligations quasi perpétuelles sont encore relativement rares.

L’intérêt des investisseurs pour les échéances longues signifie qu’ils considèrent que les niveaux d’endettement sont acceptables. On s’attend à ce qu’en 2021, la dette des pays émergents se monte en moyenne à 66% du PIB, soit près de la moitié de celle des pays développés, explique-t-on chez Pictet Asset Management, qui s’attend par ailleurs à un déficit budgétaire moyen de 5,8%.

Risques

Ces émissions à 100 ans ne sont cependant pas sans risque. L’Argentine en a lancé une en 2017. Deux ans plus tard, elle a subi une chute de 40% suite aux problèmes budgétaires du pays. De nombreux investisseurs s’en souviennent encore, comme le montrent les courbes de taux, très abruptes dans de nombreux pays émergents, ce qui témoigne d’un climat d’incertitude quant à la situation budgétaire de ces pays et à l’inflation.

«En Russie et au Mexique, il est possible d’augmenter facilement son rendement en optant pour des échéances un peu plus longues.»
Claudia Calich
M&G

Amundi met en garde contre ces longues échéances. "Si des échéances plus longues peuvent sembler intéressantes dans les pays émergents, le risque existe que les investisseurs s’exposent trop à terme. Une forte reprise de l’économie suite aux campagnes de vaccination pourrait augmenter la pression inflationniste et faire monter les taux. Dans ce scénario, le rendement pourrait se retrouver sous pression", peut-on entendre.

Même son de cloche chez M&G: "Il existe suffisamment de possibilités d’obtenir un rendement réel acceptable sans prendre trop de risques sur les échéances. Au Pérou, il est possible d’obtenir le même rendement que celui de l’obligation à 100 ans en investissant dans une obligation souveraine à 10 ans en devise locale. Il est même possible de trouver des rendements encore plus intéressants avec d’autres produits émis en devises locales. Les obligations mexicaines et russes à très courte échéance offrent un rendement proche de 4%. Les courbes des taux sont également abruptes, ce qui permet d’augmenter facilement le rendement en allongeant légèrement les échéances. Enfin, de nombreuses obligations à haut rendement – c’est-à-dire à risque élevé – émises en devises fortes offrent de beaux rendements sur des échéances courtes. Mais dans ce cas, vous prenez beaucoup plus de risques", poursuit Calich.

Pour Lazard, tout ceci démontre que les obligations de marchés émergents sont un segment qu’il faut aborder de manière active. "Ces dix dernières années furent une période d’adaptation pour les marchés émergents, avec un ralentissement de la croissance en Chine, un dollar américain fort et la baisse des prix des matières premières, ce qui a rendu le contexte difficile pour les gestionnaires actifs. Mais nous nous attendons à ce que le vent de face se transforme en vent arrière en 2021."

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