analyse

Les fonds d’épargne pension ont digéré la crise du coronavirus

© Sofie Van Hoof

Grâce à la remontée de Wall Street et des marchés obligataires, la plupart des fonds d’épargne pension enregistrent des rendements légèrement positifs en 2020.

Tout comme les autres investisseurs, les gestionnaires des fonds d’épargne pension ont connu une année mouvementée, avec des marchés financiers particulièrement turbulents. Dans cet environnement difficile, la plupart des fonds d’épargne pension ont malgré tout réussi à obtenir un rendement légèrement positif. C’est un soulagement pour les 1,7 million de Belges qui, ensemble, se sont constitué un capital pension de plus de 20 milliards d’euros. A peu près autant de compatriotes épargnent pour leurs vieux jours via une assurance pension.

D’après les chiffres du spécialiste en données VWD, le rendement moyen de 19 fonds d’épargne pension se monte à 0,68%. Grâce à quelques champions, les fonds dynamiques, qui investissent surtout en actions, affichent en moyenne des résultats légèrement supérieurs à ceux des fonds défensifs, qui investissent principalement en obligations.

+0,68%
Le rendement moyen des 19 fonds d'épargne-pension.

Il n’est pourtant pas évident d’obtenir un résultat positif, même modeste, si l’on sait que les fonds d’épargne pension doivent investir au minimum 80% de leurs actifs en euros et que l’indice d’actions européennes Stoxx Europa 600 affichait un résultat de -4% lors du calcul des rendements des fonds d'épargne-pension. Depuis lors, les bourses européennes ont augmenté d'environ 2%

Plusieurs raisons expliquent pourquoi la plupart de ces fonds ont réussi à éviter de se retrouver dans le rouge. Tout d’abord, les actions américaines - en particulier dans le secteur technologique - se sont mieux comportées que leurs consœurs européennes. L’indice d’actions américaines S&P 500 affiche un résultat d'environ 16%. Mais à cause de la baisse du dollar, le rendement en euros se situe aux alentours de 7%.

En outre, les prix sur marchés obligataires ont augmenté. Cette hausse s’explique en grande partie par les achats massifs d’obligations de la BCE et des autres banques centrales. Ces rachats ont fait plonger les taux à long terme vers des planchers historiques. Enfin, certains gestionnaires ont vendu des actions dès le début de la pandémie pour en racheter plus tard.

Les gagnants

Les deux fonds Argenta ont clairement fait mieux que la moyenne grâce à leur gestion active. "Fin février et début mars, nous avons réduit nos positions en actions et investi davantage dans des secteurs défensifs", explique le gestionnaire Johan Van Geeteruyen de DPAM (Degroof Petercam Asset Management). "Nous avons ensuite progressivement augmenté le poids des actions à la mi-mars, lorsque la banque centrale américaine a mis en place ses mesures de relance. Pendant l’été, nous avons remplacé une partie des actions défensives par des actions de valeur et des actions cycliques. Au moment de l’annonce de l’arrivée du vaccin de Pfizer, nous avons augmenté le poids des actions à un niveau supérieur à la normale."

Dans le volet obligataire du portefeuille, Van Geeteruyen a investi dans des obligations d’entreprises et obligations souveraines des pays de la périphérie (Italie, Espagne, etc.). "Les achats des banques centrales en soutien du marché ont considérablement réduit les différences de taux entre les obligations d’entreprises et les obligations souveraines."

"Le rendement supplémentaire obtenu par le fonds VDK s’explique par le caractère plus durable du portefeuille."
Olivier Van Haute
Gestionnaire du fonds VDK chez DPAM

Le fonds de VDK, qui est géré par Olivier Van Haute de DPAM, suit la même stratégie que le fonds Argenta et affiche même de meilleurs résultats. "Le rendement supplémentaire obtenu par le fonds VDK s’explique par le caractère plus durable du portefeuille", poursuit Van Geeteruyen. "Les fonds durables n’investissent pas par exemple dans les entreprises énergétiques traditionnelles. A cause de la taille plus réduite de son univers d’investissement, le fonds compte moins de positions, mais elles sont plus importantes." Cette année, le secteur énergétique fut catastrophique pour les investisseurs à cause de la chute des cours du pétrole.

Le fonds Hermes de Banque Delen surperforme lui aussi par rapport à la moyenne. Paul de Meyer, un des gestionnaires du fonds, y voit deux raisons. "En mars, nous avons augmenté le poids des actions au bon moment. Notre choix de secteurs nous a également aidés. Au début de l’année, nous détenions beaucoup d’actions technologiques américaines et peu de banques européennes." Les actions bancaires ont souffert car les investisseurs craignaient que la contraction de l’économie augmente les pertes sur les portefeuilles de crédit. Les taux bas persistants pèsent également sur la rentabilité des banques.

Les perdants

La lanterne rouge est le fonds Interbeurs Hermes de la banque privée Dierickx Leys. "Dans le volet obligataire, nous avons fait le mauvais choix en optant pour du papier de bonne qualité à courte échéance", explique le gestionnaire Werner Wuyts. "Les obligations que nous détenons en portefeuille jouent le rôle de matelas de sécurité en cas d’accident sur les marchés d’actions. C’est un choix stratégique délibéré. Dans le volet actions, nous détenions beaucoup d’actions du secteur du luxe et de l’immobilier. Ces secteurs ont sous-performé."

2020 fut également une mauvaise année pour les fonds Pricos de KBC. Le gestionnaire Paul Beller explique: "La crise du coronavirus nous a mis sur la mauvaise voie. Ce n’est pas la première épidémie à laquelle nous faisons face, mais dans le passé, elles ont rapidement été maîtrisées. Nous avons enregistré des pertes sur de nombreuses actions, obligations d’entreprises et obligations souveraines de la périphérie de l’Europe. Nous avons ensuite changé notre fusil d’épaule et réduit le poids des actions et des obligations d’entreprises. Mais les marchés se sont repris plus rapidement qu’attendu et la part des actions a été trop longtemps insuffisante. Notre allocation d’actifs nous a coûté près de trois points de pourcentage de rendement."

"La crise du coronavirus nous a mis sur la mauvaise voie. Ce n’est pas la première épidémie à laquelle nous faisons face, mais dans le passé, elles ont rapidement été maîtrisées."
Paul Beller
Gestionnaire des fonds Pricos chez KBC

Depuis l’an dernier, les fonds d’épargne pension peuvent aussi investir une partie de leur portefeuille dans les infrastructures et le Private Equity (actions non cotées ou capital investissement). Mais aucun des quatre gestionnaires que nous avons contactés n’a investi dans ces secteurs. Ils avancent plusieurs raisons pour justifier leur position: soit la liquidité n’est pas suffisante, soit les actions de Private Equity sont trop chères, soit le fonds est trop petit. "Nous examinons la possibilité d’investir dans les infrastructures", a indiqué Beller.

Surpondérer les actions

En 2021, Johan Van Geeteruyen souhaite capitaliser sur trois tendances dans la gestion des fonds d’épargne pension. Tout d’abord, il souhaite miser sur la reprise économique attendue en surpondérant les actions. "Le vaccin de Pfizer fut un game changer." Par ailleurs, il compte remplacer une partie des actions de croissance par des actions de valeur. Il estime que pour des raisons tactiques, les constructeurs automobiles et les banques valent la peine d’être achetées. Enfin, pour le volet obligataire, Van Geeteruyen opte pour des échéances plus courtes étant donné que les taux d’intérêt recèlent un potentiel de hausse grâce à la perspective d’une reprise économique et d’une hausse de l’inflation d’ici deux ans.

Le fonds Hermes de Delen compte investir davantage dans des large caps (grandes sociétés) et moins dans les small caps. De Meyer: "Le contexte économique reste difficile et les grandes capitalisations sont davantage diversifiées. Nous nous intéressons également aux secteurs des paiements électroniques et des énergies renouvelables, et moins aux entreprises pétrolières et gazières. Pour le volet obligataire, nous augmentons la qualité de crédit parce que nous estimons que le rendement supplémentaire des obligations moins bien notées est insuffisant par rapport au risque."

"Les principaux risques sont une éventuelle récession économique et les montagnes de dettes qui devront être réduites. Ils pourraient provoquer un nouveau séisme."
Paul Beller
Gestionnaire des fonds Pricos de KBC

"Nous investissons un peu plus que d’habitude dans les actions", explique Beller de KBC. "Nous privilégions davantage les sociétés industrielles et les actions financières. Elles recèlent encore un bon potentiel, en particulier si on les compare aux obligations. Mais il subsiste encore des incertitudes. Le vaccin sera-t-il aussi efficace contre les nouvelles variantes du virus ? Les principaux risques sont une éventuelle récession économique et les montagnes de dettes qui devront être réduites. Ils pourraient provoquer un nouveau séisme."

Wuyts de Dierickx Leys s’attend lui aussi à de la volatilité. "Les dégâts au niveau économique seront pleinement visibles l’an prochain. Les meilleures actions continueront à bien se porter vu qu’il existe peu d’alternatives. Les actions technologiques comme Alphabet (maison mère de Google) ne devraient pas baisser. Nous exploiterons au maximum la partie du portefeuille que nous sommes autorisés à investir en dehors de l’Europe."

Si vous n’avez pas encore versé cette année dans votre fonds d’épargne pension ou votre assurance pension, vous pouvez encore le faire jusqu’au 31 décembre. Si vous versez 990 euros, vous bénéficierez d’un avantage fiscal de 30%, soit 297 euros maximum. Si vous versez davantage – jusqu’à 1.270 euros – votre avantage sera de 25% ou 317,50 euros maximum.

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