Les gestionnaires actifs ont mordu la poussière en 2020

Ceux qui cherchent activement à sélectionner des actions doivent également oser nager à contre-courant. Comgest a même réussi à identifier d’excellentes opportunités dans les secteurs fortement touchés par la pandémie, comme les transports aériens, et notamment la compagnie hongroise low cost Wizz Air, qui a réduit ses coûts et sortira renforcée de la crise selon Comgest. ©REUTERS

L’année 2020, déjà considérée comme historique, fut un véritable défi pour les gestionnaires de fonds actifs. Moins de la moitié ont réussi à faire mieux que le marché, même si les investisseurs en actions belges font exception.

De nombreuses études ont démontré dans le passé à quel point il était difficile pour les gestionnaires actifs de faire mieux que le marché. Le SPIVA Europe Scorecard du Dow Jones, qui répertorie chaque année le taux de réussite des gestionnaires actifs, montre qu’à long terme, seule une minorité de fonds surperforment les indices. Pour de nombreux investisseurs, ces chiffres signifient qu’ils ont plutôt intérêt à investir dans des trackers bon marché que dans des fonds aux frais plus élevés.

Pendant la turbulente année 2020, une enquête de la rédaction a révélé que la majorité des fonds commercialisés en Belgique affichaient du retard par rapport à leur indice. Il faut cependant noter que les taux de réussite sont très différents selon la catégorie d’investissement. Nous avons tiré cinq conclusions.

1. Trop de fonds faussement actifs

Une des raisons pour lesquelles de nombreux gestionnaires actifs affichent de mauvais résultats s’explique par ce qu’on appelle les "closet indexers". Il s’agit de fonds d’investissement gérés activement, mais qui, dans la pratique, suivent de très près leur indice de référence. "Ils nuisent à l’image de valeur ajoutée de la gestion active", explique Lodewijk van der Kroft, managing director du gestionnaire patrimonial français Comgest. La maison de fonds française se targue de gérer de manière très active. "Seule la véritable gestion active vaut la prime demandée", estime van der Kroft.

"La gestion passive est le choix le plus intelligent pour les investisseurs qui ne sont pas en mesure d’identifier les véritables gestionnaires actifs."
Lodewijk Van der Kroft
Comgest

Pour détecter ces fonds prétendument actifs, il est conseillé aux investisseurs d’examiner "l’active share". Il s’agit du pourcentage qui indique dans quelle mesure un fonds s’écarte de son indice. 0% signifie qu’il s’agit d’un pur fonds indiciel, tandis qu’un ratio de 100% indique qu’aucune position de l’indice n’est reprise dans le fonds. "Hélas, on trouve sur le marché bien trop de fonds actifs qui ressemblent beaucoup à l’indice et qui, par conséquent, n’ont pas la capacité de compenser leurs frais élevés", poursuit van der Kroft. "La gestion passive est dans ce cas le choix le plus intelligent pour les investisseurs qui ne sont pas en mesure d’identifier les véritables gestionnaires actifs."

Fonds

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Par ailleurs, certains gestionnaires actifs manquent de transparence par rapport à cette "active share". Vous aurez de la chance si vous trouvez cette information sur la fiche d’un fonds. Parfois, elle est reprise dans le rapport annuel. Une autre façon de reconnaître les faux fonds actifs consiste à comparer le résultat du fonds pendant plusieurs années avec celui de son indice de référence. Si les résultats sont comparables, la probabilité est réelle que vous ayez affaire à un faux fonds géré activement.

2. Trop peu de "stock pickers"

La gestion active se caractérise essentiellement par la mesure dans laquelle un gestionnaire s’écarte de son indice de référence. L’an dernier, Morgan Stanley a démontré quel résultat il était possible d’atteindre avec une stratégie de "stock picking". Tant le Global Advantage Fund (+75%) que l’Emerging Leaders Equity Fund (+45%) furent en 2020 les champions de leur catégorie. "Nous appliquons une approche bottom-up et nous privilégions les entreprises de qualité qui misent sur la croissance. La crise du coronavirus a accéléré les changements structurels déjà amorcés. Nous misons déjà depuis longtemps entre autres sur la digitalisation", explique Vishal Gupta, qui gère le fonds de marchés émergents chez Morgan Stanley. Pour Gupta, il est de plus en plus difficile – y compris sur les marchés émergents – de faire mieux que les indices. "La présence d’un nombre croissant d’investisseurs institutionnels locaux a modifié le marché. Nous pensons cependant que notre présence de longue date sur ces marchés et notre approche systématique nous permettront de continuer à engranger de bons résultats", poursuit-il.

Dans la catégorie des actions européennes, DPAM Equities Euroland se distingue par sa bonne performance. "Pendant la crise, nous avons continué à nous concentrer sur le long terme et sur les entreprises ayant un bilan solide. De plus, nous étions déjà bien positionnés sur des tendances structurelles telles que la digitalisation", déclare le gestionnaire Koen Bosquet. Même son de cloche chez Comgest Growth Europe Opportunities: "Notre présence dans le secteur des soins de santé et dans les secteurs qui profitent de la digitalisation nous a aidés. Parmi nos positions, je peux citer Sartorius et Lonza, qui sont des fournisseurs des fabricants de vaccins. Adyen a également bénéficié de la croissance des paiements digitaux", nous dit-on.

Ceux qui cherchent activement à sélectionner des actions doivent également oser nager à contre-courant. Comgest a même réussi à identifier d’excellentes opportunités dans les secteurs fortement touchés par la pandémie, comme les transports aériens. "La compagnie hongroise low cost Wizz Air a réduit ses coûts au cours des derniers mois et a en même temps lancé de nouvelles liaisons. Nous pensons que l’entreprise sortira renforcée de la crise et sera en meilleure posture pour capitaliser sur les opportunités de croissance", estime van der Kroft.

Mainfirst Global Equities – un autre gagnant de 2020 – partage cette vision. "Même si la technologie est un secteur clé pour l’avenir, nous ne détenons qu’une seule action FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix et Google/Alphabet) en portefeuille. Nous pensons qu’il existe des façons plus intelligentes de profiter des avancées technologiques. Nous croyons par exemple dans l’industrie des semi-conducteurs qui devrait encore croître pendant de nombreuses années grâce aux besoins de centres de données", ajoute le gestionnaire de fonds Frank Schwarz.

Même son de cloche chez Xavier Hovasse, Head of Equities chez Carmignac et gestionnaire du fonds Carmignac Emergents. L’an dernier, ce fonds de marchés émergents a affiché un rendement de plus de 40% (en euros). "2020 fut l’année de l’accélération de la nouvelle révolution industrielle, c’est-à-dire la révolution digitale. Notre fonds est fortement positionné sur ce thème depuis plusieurs années. Nous étions investis dans les leaders de l’e-commerce et des paiements en ligne en Amérique latine, en Asie du Sud-Est et en Pologne. Nous détenions également des positions dans le secteur des semi-conducteurs en Corée. Et en Chine, nous avons évité les actions de la vieille économie – banques, secteur de la construction, mines – pour investir dans des secteurs de la nouvelle économie comme les services de Cloud et le commerce en ligne

"En 2020, ce fut la première fois depuis le lancement du fonds en 2011 que notre stratégie n’a pas fait mieux que l’indice sur un marché en baisse."
Jan Sytze Mosselaar
Robeco

Mais nager à contre-courant n’est pas toujours payant. Ce fut le cas pour Robeco QI Emerging Conservative Equities en 2020. "Notre stratégie prévoit que nous soyons sous-pondérés dans les quatre grands noms de l’indice (Tencent, Alibaba, Samsung et Taiwan Semi, qui représentent ensemble plus de 20% de l’indice). Par ailleurs, nous ne détenions aucune position dans les plateformes chinoises d’e-commerce, et certaines actions ont beaucoup souffert des mesures de confinement. Je peux citer comme exemple les opérateurs d’aéroports mexicains et les exploitants d’autoroutes chinois", explique le gestionnaire Pim van Vliet.

Mais une mauvaise année ne signifie pas que vous ayez affaire à un mauvais fonds. "En 2020, ce fut la première fois depuis le lancement du fonds en 2011 que notre stratégie n’a pas fait mieux que l’indice sur un marché en baisse. Ce résultat s’explique par l’impact extraordinaire de la pandémie et le formidable rallye qu’ont connu les actions technologiques. Elles ont réussi à engranger en un an l’équivalent de plusieurs années de croissance, comme en témoignent les valorisations élevées de ces actions populaires", poursuit le gestionnaire du fonds Jan Sytze Mosselaar.

3. Style mal choisi

Parfois, les résultats décevants s’expliquent par la stratégie spécifique du fonds. C’est notamment le cas de plusieurs fonds du gestionnaire britannique Schroders. Trois fonds d’actions mondiales, SISF Global Recovery, SISF Global Equity Yield et SISF Global Dividend Maximiser, ont perdu plus de 13% en 2020. Ces fonds appliquent une stratégie "value" qui s’est révélée peu lucrative ces dernières années.

"Ces dix dernières années, les data ont démontré qu’investir dans des actions dites 'de valeur' (actions qui semblent bon marché sur la base de leur ratio de valorisation) permettait d’engranger de bons résultats à long terme. Mais ces dernières années, toutes les actions de valeur ont perdu du terrain. La crise du coronavirus a encore renforcé cette tendance. Même si notre vie a changé du tout au tout, le marché d’actions est resté le même. Les actions de croissance mènent la danse et les actions de valeur reculent. Même si cela fait mal à court terme, nous pensons qu’une reprise des actions de valeur est en vue. Si les marchés recommencent à s’intéresser aux valorisations, ces actions devraient mieux se porter. Nous ne savons pas quand ce changement de cap se produira, mais nous savons que la situation actuelle n’est pas tenable. Les différences de valorisations montrent que le marché offre une occasion unique pour les amateurs d’actions de valeur. Une telle occasion ne se présente qu’une seule fois par génération" explique le gestionnaire.

Un autre exemple est le Templeton European Opportunities Fund, qui a perdu plus de 18% en 2020. "Une combinaison d’incertitudes sur le plan des perspectives macro-économiques et certaines raisons spécifiques aux actions ont pesé sur le rendement», explique-t-on chez Franklin Templeton Investments. Le fonds a modifié sa stratégie. "Un nouveau gestionnaire est à la barre depuis le premier trimestre de 2020. Il a transformé le fonds: il s’est focalisé sur l’amélioration de la qualité des actions en portefeuille et a élargi l’univers d’investissement. Par exemple, de nouveaux secteurs ont été intégrés et le fonds s’est ouvert sur le plan de la capitalisation boursière. Auparavant, le fonds n’était par exemple pas présent dans le secteur pharmaceutique, mais était surpondéré dans les petites actions. Nous pensons que ces changements devraient porter leurs fruits et le quatrième trimestre 2020 a montré que nous étions sur la bonne voie."

4. Le salut est venu de la durabilité

«Ceux qui veulent faire mieux que l’indice doivent se tourner vers les investissements durables» est le nouveau mantra des investisseurs. Plusieurs fonds appliquant une stratégie durable ont réussi à tirer les marrons du feu en 2020. C’est notamment le cas de Nordea Emerging Stars Equity: "Notre analyse ESG (Environnement, Société et Gouvernance) implique l’adoption de principes d’investissement durables et nous a guidés vers des entreprises qui se comportent de manière responsable envers la société et offrent des solutions pour un monde plus durable, ce qui leur permet de renforcer leur marque. Parmi les bons élèves, on trouve Lojas Renner, un groupe de confection brésilien qui a fermé ses boutiques pour protéger ses clients et son personnel", explique la gestionnaire du fonds Juliana Hansveden.

"Notre approche durable nous a guidés vers des entreprises qui se comportent de manière responsable envers la société."
Juliana Hansveden
Nordea Asset Management

"Notre focalisation sur les entreprises affichant de bons scores ESG nous a amenés à nous positionner très différemment en termes de secteurs. Nous sommes généralement fortement sous-pondérés dans l’énergie et les matières premières, ce qui s’est avéré positif en 2020. Il est probable que ce positionnement jouera contre nous certaines années, mais cette stratégie est payante à long terme", poursuit-elle.

Chez Carmignac également, on constate les conséquences positives d’une démarche durable. "Grâce à cette approche, nous sommes restés à l’écart des entreprises pétrolières qui, sur les marchés émergents, sont généralement aux mains des pouvoirs publics. Nous avons également évité les compagnies aériennes et les groupes miniers qui étaient autrefois controversés", explique le gestionnaire Xavier Hovasse.

Candriam SRI Equity Emerging Markets – un autre gagnant parmi les fonds de marchés émergents – détient le label belge de durabilité «Towards Sustainability». "Le principal moteur derrière ces résultats est la sélection d’actions. Au cours du premier semestre, nous étions surpondérés dans la technologie, les services en ligne et les soins de santé. Au cours du second semestre, nous avons évolué vers des actions de valeur plus cycliques, au moment où l’espoir de voir arriver un vaccin a commencé à se matérialiser."

5. Marchés concentrés

Alors que, sur les grands marchés d’actions, moins de la moitié des fonds font mieux que leur indice, les marchés concentrés comme Bruxelles semblent s’en être mieux tirés. La forte concentration du Bel20 pousse les investisseurs à s’en écarter parce qu’ils sont tenus de respecter des règles d’investissement très strictes. Par exemple, un seul titre ne peut représenter plus de 10% du portefeuille et l’ensemble des positions représentant entre 5 et 10% ne peut dépasser 40% du fonds.

Cette obligation de s’écarter de l’indice semble leur avoir bien réussi dans la majorité des cas. Tant en 2020 qu’au cours des cinq dernières années, la majorité des fonds ont fait mieux que le Bel20. L’an dernier, ce fut le cas de 9 fonds sur 11.

"Nous n’avons pas peur de nous tourner vers de plus petites capitalisations. Le marché belge est un étang rempli de petits poissons."
Jérôme Antonini
AXA B Fund equity Belgium

Pour la troisième année consécutive, AXA B FundEquity Belgium arrive en tête. Le fonds a réussi à limiter ses pertes à -0,5%, alors que l’indice Bel20-return – donc y compris les dividendes – a perdu 7,2%.

Jérôme Antonini, gestionnaire de l’AXA B Fund Equity Belgium, met en avant l’importance de bien choisir ses actions. «Pendant la pandémie, celles qui s’en sont le mieux sorties sont les entreprises défensives de qualité comme Sofina, Lotus Bakeries, WDP, UCB et Elia. Au même moment, le fonds était moins exposé aux actions cycliques et financières», explique-t-il. Dans son choix d’actions, le gestionnaire ne suit pas les indices. «Notre objectif n’est pas de faire mieux qu’un indice, mais d’investir dans des entreprises offrant des perspectives de croissance durables. Par ailleurs, sur ce marché concentré, nous n’avons pas peur de nous tourner vers de plus petites capitalisations. Le marché belge est un étang rempli de petits poissons», explique Antonini pour justifier ses bons résultats.

L’Argenta-Fund Actions belge s’est également relativement bien comporté, avec un rendement négatif de «seulement» -1,7%. «Nous préférons clairement la qualité. Cela signifie que nous privilégions les entreprises rentables avec un bilan sain et des perspectives de croissance. Cette année, nous avons également réussi à éviter les actions fortement pénalisées comme Kinepolis et les banques traditionnelles», explique Vincent Coppée, gestionnaire du fonds.

De l’autre côté du spectre, on trouve le fonds Ducal Equity Belgium, un fonds géré à partir d’Anvers et du Luxembourg par Anphiko Asset Management. Le fonds – qui applique une stratégie "value" – a enregistré une perte de pas moins de 19,5%. DPAM fait aussi partie des perdants de 2020. Son fonds a dû céder 7,5%. C’est la troisième année sur quatre que le fonds fait moins bien que le Bel20.

Petit marché, petits écarts

Plus le marché est restreint, moins les écarts de rendement entre le meilleur et le moins bon fonds sont importants. Ce sont d’ailleurs les actions internationales qui affichent les plus grandes différences de rendement sur un an et sur cinq ans. Et c’est dans la catégorie des actions belges que l’on trouve les plus petits écarts. Ce n’est pas un hasard, car avec près de 110 actions, notre pays représente le plus petit marché pour les gestionnaires.

Trois chances sur cinq de faire mieux que le Bel20

Même si la majorité des gestionnaires de fonds d’actions belges ont fait mieux que le Bel20 en 2020, leur taux de réussite n’est pas aussi élevé chaque année. Sur les 11 fonds actuellement disponibles, nous avons calculé le pourcentage d’années où ils ont fait mieux que notre indice phare. Résultat: en moyenne, les fonds affichent un taux de réussite de 58%, ce qui signifie qu’ils font mieux que le Bel20 six années sur dix.

Le meilleur élève de la classe est KBC Equity Flanders, avec un taux de réussite de près de 70%. Ces 23 dernières années, le fonds a fait mieux que l’indice à 16 reprises. AXA B Fund Equity Belgium et Rivertree Equity Belgium complètent le podium, avec des taux de réussite légèrement inférieurs. Tout en bas du classement, on trouve l’Argenta-Fund Actions belges et KBC Equity Belgium, avec des taux de réussite de respectivement 35 et 41%.

À long terme, et malgré les modestes taux de réussite, la plupart des fonds d’actions belges font mieux que l’indice Bel20-Return. Sur les neuf fonds qui existent depuis plus de 20 ans, huit ont fait mieux que l’indice durant cette période. Les fonds affichent en moyenne un rendement annuel de 5,2%, contre 3,6% pour le Bel20.

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