"Les tokens digitaux, des atouts pour les investissements en infrastructures"

La tokenisation peut fondamentalement modifier le paysage financier et créer de nouvelles opportunités pour les banques et les gestionnaires patrimoniaux. ©REUTERS

Fin avril, la Banque européenne d’Investissement (BEI) a lancé sa première obligation numérique via la blockchain d’Ethereum. "La 'tokenisation' devrait se généraliser dans les deux ans à venir", explique Emmanuelle Pecenicic, qui suit pour BNP Paribas Asset Management le développement de la blockchain dans le secteur des fonds.

Qu’est-ce que la "tokenisation" et comment peut-elle être utilisée dans le secteur des fonds?

Emmanuelle Pecenicic: "La tokenisation est un processus qui permet de produire une version digitale d’un objet ou d’un actif non digital. Dans le secteur de l’investissement, il peut s’agir par exemple d’un instrument de dette, mais aussi d’œuvres d’art.

"Les investisseurs accèdent plus facilement à des classes d’actifs auparavant inabordables ou peu accessibles."
Emmanuelle Pecenicic
BNP Paribas Asset Management

Cette nouvelle technologie offre de nombreux avantages. Le fait que les tokens puissent être négociés sur les marchés secondaires améliore la liquidité des actifs difficilement négociables. Par ailleurs, la tokenisation permet d’accélérer les transactions et de réduire leur coût. Vu qu’il s’agit d’une plate-forme ouverte, les maisons de fond peuvent notamment approcher les clients directement.

Cela augmente aussi la transparence. Toutes les informations pertinentes sont stockées sur le token, comme les données sur l’actif sous-jacent et le propriétaire du token, ce qui élargit l’accès. Les investisseurs accèdent ainsi plus facilement à des classes d’actifs auparavant inabordables ou peu accessibles."

Quelles sont les conséquences possibles de la tokenisation pour les maisons de fonds?

"La tokenisation peut fondamentalement modifier le paysage financier et créer de nouvelles opportunités pour les banques et les gestionnaires patrimoniaux.

Tout d’abord, elle peut impacter les activités opérationnelles en augmentant l’efficacité. Mais elle crée aussi de nouvelles possibilités d’investissement, par exemple en donnant aux fonds mixtes ou multi-actifs un meilleur accès aux instruments, notamment dans les infrastructures.

18 à 24%
On s’attend à ce que les investissements alternatifs représentent de 18 à 24% du marché mondial à l’horizon 2025.

Ce marché en forte croissance est à la recherche de sources de financement. Ce financement n’est pas toujours facile parce que le marché n’est pas liquide. La tokenisation pourrait résoudre ce problème. Mais je pense aussi aux matières premières, à l’art ou au vin. En fin de compte, ce sont donc les investisseurs finaux – qu’ils soient privés ou institutionnels – qui en profiteront le plus, car ils auront accès aux investissements alternatifs.

On s’attend à ce que ces derniers représentent de 18 à 24% du marché mondial à l’horizon 2025."

Dans quel délai voyez-vous la tokenisation devenir un phénomène courant?

"Cette année, les gestionnaires patrimoniaux vont déjà tester la tokenisation, ce qui devrait lui permettre de devenir mainstream dans les deux ans. Elle doit cependant faire face à quelques incertitudes en matière de règlementation. Un des défis pour les autorités de contrôle est de s’assurer que les marchés des tokens ne nuisent pas à la stabilité financière, à l’intégrité du marché et à la protection des consommateurs.

"Pour que les transactions puissent être réglées rapidement, il faut des devises stables, émises par des institutions réputées ou des banques centrales."

Un autre obstacle se situe au niveau des devises. Pour que les transactions puissent être réglées rapidement, il faut des devises stables, émises par des institutions réputées ou des banques centrales. Sinon, les actifs seront gérés dans la chaîne et les liquidités en dehors de la chaîne, ce qui freinera la rapidité du règlement.

Les banques centrales prennent actuellement de nombreuses initiatives pour explorer les cryptodevises. La décision de la BEI de lancer une obligation digitale expérimentale est donc une très bonne nouvelle."

Fonds

  • Interview avec Saker Nusseibeh (Federated Hermes): "Les maisons de fonds portent une responsabilité écrasante"
  • Copycat : 3 trackers investissant dans les marchés émergents
  • Le long chemin vers l'investissement durable

Le supplément Fonds, ce mercredi 19/5, gratuit avec L'Echo.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés