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Ne jetez pas les géants pétroliers par-dessus bord!

©REUTERS

Avec la hausse de la demande de sources d’énergie alternatives, l’intérêt des gestionnaires patrimoniaux pour les producteurs d’énergies vertes ne cesse d’augmenter. Mais les géants énergétiques traditionnels comme Total, Royal Dutch ou Equinor n’ont pas dit leur dernier mot. "Ils auront un rôle important à jouer dans la transition énergétique."

La forte hausse des prix du gaz et du pétrole nous pousse à accélérer la transition vers les sources d’énergie alternatives que sont le soleil, l’eau et le vent. Avec leur ambition de devenir aussi vite que possible climatiquement neutres, de plus en plus de pays déclarent qu’ils souhaitent réduire rapidement et drastiquement leur dépendance envers les carburants fossiles comme le pétrole, le gaz et le charbon.

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Les institutions financières et gestionnaires patrimoniaux misent sur cette évolution. "Dans notre fonds énergétique classique, KBC Equity Oil, nous nous efforçons d’inclure de plus en plus d’acteurs des énergies alternatives", explique le gestionnaire Steven Vermander.

"Dans nos stratégies durables, nous n’investissons plus depuis des années dans les carburants fossiles. Dans d’autres stratégies, nous mettons de plus en plus l’accent sur les entreprises énergétiques durables", confirme Tom Demaecker, gestionnaire du fonds Global Sustainability Equity chez DPAM.

"Depuis plusieurs années, les technologies énergétiques vertes, comme l’éolien et le solaire, ont franchi la barrière du coût dans de nombreux pays, ce qui signifie que l’électricité produite via ces technologies est désormais moins chère que celle qui est produite via les carburants fossiles", constate Tom Demaecker.

"L’énergie solaire est le secteur qui devrait connaître la plus forte croissance. La demande de capacités de stockage est tellement élevée qu’il existe suffisamment d’espace pour de nouveaux acteurs dans ce segment. Dans nos fonds écologiques, nous détenons, en plus des gestionnaires de projets comme 7 C Solarpark et Solaria, des participations dans des fabricants d’onduleurs comme Solaredge Technologies", explique Anthony Sandra, gestionnaire du fonds de KBC, Equity Fund Alternative Energy. "Les onduleurs assurent le lien entre le panneau solaire et le réseau électrique et sont donc indispensables à toute installation."

"Mais comme le marché des énergies alternatives devient de plus en plus concurrentiel, de nombreuses entreprises du secteur ont du mal à profiter d’un avantage clair. C’est pourquoi il est important de choisir des acteurs mondiaux et de ne pas se laisser séduire par les petites entreprises émergentes ‘très prometteuses’", explique-t-on chez KBC et chez DPAM.

«Les fonds énergétiques traditionnels continuent à enregistrer des flux entrants. L’intérêt des investisseurs a même augmenté à la suite de la hausse du cours du pétrole.»
Steven Vermander
gestionnaire du fonds KBC EQUITY OIL

"Dans nos stratégies mondiales, nous détenons des entreprises comme Nibe, Kingspan et Trane. Nibe est leader mondial dans les pompes à chaleur géothermiques, qui sont aujourd’hui surtout utilisées en Scandinavie, avec notamment un taux de pénétration de 47% en Norvège. Kingspan et Trane Tech sont respectivement leaders mondiaux des panneaux isolants et des systèmes de conditionnement d’air à faible consommation. Et il ne faut pas oublier Neste, leader mondial des biocarburants renouvelables. L’entreprise transforme des huiles végétales (par exemple des graisses de friture) en diesel", explique Demaecker.

"Sur le plan du rendement, nous considérons que le segment Offshore Wind est actuellement le plus attractif. Il s’agit d’un marché complexe et moins concurrentiel, ce qui permet aux entreprises d’engranger de meilleures marges", explique Anthony Sandra, gestionnaire de KBC.

Géants pétroliers

Si les consommateurs, les producteurs et les investisseurs se tournent de plus en plus vers les énergies alternatives, cela devrait logiquement avoir un impact négatif sur les grands producteurs de carburants fossiles, comme Royal Dutch, Total, Exxon, etc. Mais cela ne semble pas être le cas.

"Les fonds énergétiques traditionnels continuent à enregistrer des flux entrants. L’intérêt des investisseurs a même augmenté à la suite de la hausse du cours du pétrole", souligne Steven Vermander. "Depuis février, notre fonds d’énergies alternatives n’affiche pas d’excellentes performances. Les investisseurs ont tendance à le bouder, notamment à cause de la hausse des taux, des valorisations élevées, des problèmes de pénuries de matières premières et de la hausse du coût du transport. Nous avons même temporairement enregistré des flux sortants", explique le gestionnaire de KBC, Anthony Sandra.

«Les géants pétroliers pourront injecter leurs gigantesques cash flows pour se transformer en entreprises plus durables.»

"À long terme, les géants pétroliers traditionnels n’ont pas dit leur dernier mot, au contraire", estiment les gestionnaires du fonds BlackRock Global Sustainable Energy et du fonds ISF – Global Energy Transition de Schroders, qui sont proposés en Belgique par ING.

À l’instar de KBC, les spécialistes en énergie de BlackRock et de Schroders font référence aux grands acteurs européens comme Total, Royal Dutch et Equinor, plutôt qu’aux producteurs américains. "En raison de leur capitalisation boursière, les poids relatifs de Chevron et Exxon sont encore importants dans notre fonds énergétique classique, mais ils sont fortement sous-pondérés par rapport à l’indice de référence. À cause de l’importante pollution et du coût d’extraction élevé, nous évitons autant que possible les acteurs du pétrole de schiste aux États-Unis et les groupes canadiens actifs dans le secteur des sables bitumineux comme Suncor Energy ou Imperial Oil", explique-t-on chez KBC.

"Les grandes sociétés pétrolières européennes comme Royal Dutch, Total, Equinor, BP et ENI font partie de la solution – et non pas du problème – qui nous mènera à la transition énergétique", expliquent les gestionnaires de BlackRock et Schroders. KBC mentionne entre autres la technologie de "floating wind" (éolien flottant) d’Equinor, qui s’annonce comme très intéressante pour le développement de parcs éoliens off-shore au cours des prochaines années.

"Aujourd’hui, les géants européens du gaz et du pétrole génèrent ensemble 7 gigawatts (7 milliards de watts) d’électricité via l’éolien et le solaire. Ils souhaitent porter cette capacité à plus de 150 gigawatts à l’horizon 2030. Nous nous attendons également à ce que ces entreprises deviennent des acteurs dominants dans le secteur de l’hydrogène. Elles disposent déjà d’une grande expertise dans ce domaine et de la capacité de traiter, de transporter et de distribuer de l’hydrogène."

"En outre, leurs poches sont très profondes. Elles pourront injecter leurs gigantesques cash flows pour se transformer en entreprises plus durables. Enfin, elles paient des dividendes très généreux", concluent les experts de BlackRock et de Schroders.

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