"Nous ne serions pas surpris par une correction"

©Bloomberg

"Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Nous ne serions pas surpris si le marché subissait une correction", déclare Trond Grande, le patron de Norges Bank Investment Management, qui gère le fonds d’investissement souverain norvégien, avec plus de 1.000 milliards d’euros d’actifs.

Les gestionnaires du fonds souverain norvégien ne sont pas très diserts. Et ils ont leurs raisons. Le plus grand fonds d’investissement souverain au monde détient pas moins de 1,5% de l’ensemble des marchés d’actions mondiaux. À cause de cette taille gigantesque, les gestionnaires sont très attentifs aux déclarations sensibles concernant les marchés et évitent les interviews. Mais à la suite à leurs résultats annuels, ils ont accepté de nous parler.

Actions belges dans le fonds

Fin 2020 (dernières données du 25 février 2021), les principales participations belges dans le fonds étaient AB InBev, Argenx et UCB. Les entreprises belges dont le fonds détient plus de 3% du capital étaient Aedifica, Agfa-Gevaert, GBL et IBA.

En 2020, le fonds de pension norvégien a affiché un rendement de 10,9% (exprimé en devise locale), soit un peu mieux (0,27 point de pourcentage) que son indice de référence, imposé par le ministère norvégien des Finances. Cet indice de référence comprend 70% d’actions et 30% d’obligations. Fin décembre, le fonds comptait 72,8% d’actions et 24,7% d’obligations. Le solde (2,5%) est investi dans de l’immobilier (non coté) situé dans des villes de premier plan comme New York, Paris et Tokyo.

Depuis 1998, le fonds affiche un rendement moyen de 6,3% par an. Est-ce réaliste de penser que vous pourrez obtenir les mêmes résultats au cours des années à venir?

«Nos coûts sont bas parce que notre fonds est presque totalement géré en interne. 518 personnes travaillent tous les jours à sa gestion.»

Trond Grande: "Il faut bien analyser l’origine de ce rendement historique. Ces 20 dernières années, les taux ont baissé, ce qui a permis au portefeuille obligataire d’afficher de beaux rendements. Par ailleurs, les marchés d’actions se sont également très bien comportés, même si nous avons connu quelques corrections. Globalement, nous avons affiché ces 20 dernières années un rendement supérieur à nos attentes. Nous sommes conscients qu’en moyenne, les prochaines années ne seront pas aussi positives."

Fonds

  • Interview avec Patrick Ghali, fondateur du bureau de conseils en fonds Sussex Partners: "Les critiques sur les hedge funds après GameStop étaient trop faciles"
  • Les fonds favoris de Filip Corten (AG Insurance)
  • Trouvez refuge dans les fonds de la Branche 23

Le supplément Fonds, ce mercredi 24/2, gratuit avec L'Echo.

Certains prétendent que les bourses ont aujourd’hui des allures de bulles spéculatives. Qu’en pensez-vous?

Grande: "Nous savons que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Nous ne serions pas étonnés si les marchés subissaient une correction. Même si nous devons tenir compte de la politique monétaire qui a injecté beaucoup d’argent sur les marchés et a donc joué le rôle de contrepoids."

Quelles sont les actions qui ont le plus contribué à vos résultats de 2020?

Grande: "Ce sont les “usual suspects” comme les géants technologiques Apple, Amazon, Microsoft, Alphabet et le constructeur de voitures électriques Tesla."

Vous êtes tenus de respecter un cadre très strict imposé par le ministère norvégien des Finances. Faut-il conclure que vous êtes des investisseurs passifs?

Grande: "Certainement pas. Nous devons en effet respecter le cadre qui nous est imposé, mais nous disposons de suffisamment de liberté pour prendre nos propres décisions. Nous investissons sur la base du principe “top-down” jusque dans les plus petites entreprises. Chaque jour, nos analystes et gestionnaires scrutent les marchés et cherchent des investissements intéressants. Les investissements passifs comme les trackers offrent certainement des avantages pour les petits investisseurs, mais nous pensons que pour les grands investisseurs ayant une vision à long terme, la gestion active représente un meilleur choix."

Vos coûts annuels – soit 0,05% – sont particulièrement bas. Comment l’expliquez-vous?

Grande: "Tout d’abord, la taille de notre fonds joue en notre faveur, car nous pouvons profiter d’énormes économies d’échelle. Par ailleurs, notre fonds est presque totalement géré en interne. 518 personnes travaillent tous les jours à sa gestion. Enfin, nous disposons d’une plate-forme technique qui garantit un traitement très efficace de nos ordres. L’ensemble du processus est presque entièrement automatique."

«À cause de notre taille, le principal risque est notre impact éventuel sur le cours de bourse de ces actions. Nous mettons tout en œuvre pour l’éviter.»

Malgré tout, les frais des gestionnaires externes ont doublé en 2020. Quelle en est la raison?

Grande: "Nous sous-traitons certains segments du marché, comme certains marchés émergents, à des gestionnaires externes spécialisés. Ces gestionnaires sont en partie rémunérés forfaitairement et en partie via une “performance fee” (commission de performance, NDLR), qui dépend du rendement obtenu. L’augmentation des frais l’an dernier s’explique par ces résultats. Ce fut en réalité une bonne nouvelle, car cela signifie que ces gestionnaires ont obtenu d’excellents rendements."

Vous investissez également dans une cinquantaine d’actions belges, qui sont souvent de très petites capitalisations. N’est-ce pas un problème pour un fonds de la taille du vôtre?

Grande: "Nous investissons au total dans 9.000 entreprises du monde entier, y compris dans des petites actions. Nous réussissons toujours à obtenir les actions que nous voulons, même si nous devons le faire avec prudence. À cause de notre taille, le principal risque est notre impact éventuel sur le cours de bourse de ces actions. Nous mettons tout en œuvre pour l’éviter. C’est pourquoi nous négocions dans la discrétion et avec l’agilité nécessaire. N’oubliez pas non plus que nous sommes des investisseurs à long terme et que nous conservons longtemps nos positions."

Qu’est-ce que le fonds souverain norvégien?

Le fonds souverain norvégien – « Government Pension Fund Global » – a été créé en 1990 et a pour objectif d’investir les revenus du pétrole norvégien au lieu de les dépenser. Cela permettra de maintenir la prospérité et les pensions des citoyens norvégiens lorsque les ressources pétrolières seront épuisées.
Aujourd’hui, le fonds comptabilise 1.070 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Il investit dans plus de 9.000 entreprises, dont une cinquantaine de sociétés belges.

BIO

Trond Grande

Né en 1970
Deputy CEO de Norges Bank Investment Management (NBIM) depuis 2011
A rejoint NBIM en 2007 en tant que Head of Risk Management
Auparavant, a travaillé pendant 11 ans pour le gestionnaire de fonds norvégien Storebrand Kapitalforvaltning.

La semaine dernière, vous avez annoncé que vous comptiez mettre la pression sur les entreprises dont les conseils d’administration comptent moins de 30% de femmes. D’où vient ce principe?

Grande: "Le conseil d’administration est censé nous représenter, nous les actionnaires qui sommes les vrais propriétaires de l’entreprise. Nous avons notre propre vision de ce qu’est un bon conseil d’administration. La diversité est une de ces conditions, c’est pourquoi nous avons décidé d’agir."

Quel regard portez-vous sur les investissements durables?

Grande: "En nous focalisant sur les investissements durables, nous voulons en réalité exclure un maximum de risques. La durabilité fait partie intégrante de notre philosophie d’investissement: investir à long terme. Lorsque les entreprises sont durables et pensent à long terme, c’est aussi à notre avantage. Et si nous pouvons contribuer à placer la barre plus haut en fixant des normes, c’est positif pour l’ensemble du marché, et donc pour nous. Nous jouons aussi activement ce rôle en montrant notre engagement, en posant des questions et en votant aux assemblées générales d’actionnaires."

Cet engagement envers la durabilité n’est-il pas en contradiction avec l’origine de votre fonds, à savoir des revenus du pétrole?

Grande: "Les revenus du pétrole sont là et la Norvège a décidé de ne pas les dépenser tout de suite. Je ne vois pas en quoi c’est en contradiction avec les principes d’investissement responsable. Bien au contraire."

Vous sentez-vous sous pression à cause du poids énorme de ces 1.000 milliards d’euros sous gestion?

Grande: "Nous prenons notre responsabilité très au sérieux. Nous essayons chaque jour d’assurer la prospérité de la population norvégienne. Bien entendu, cela crée du stress, mais j’ai pleinement confiance dans les processus que nous avons mis en place et dans la façon dont nous gérons le fonds. J’ai commencé à travailler ici en 2007, à la veille de la crise financière. En 2008, nous avons perdu 25% de notre valeur. C’est un stress-test qui n’est pas sans importance, mais nous en sommes sortis plus forts."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés