interview

"C'est dans les moments de panique que les gestionnaires peuvent montrer leur valeur ajoutée"

©Tim Dirven

"Au cours du mois de décembre 2018, caractérisé par une panique générale sur les marchés, nous avons réussi à convaincre de nombreux clients de ne pas vendre. C’est entre autres à ces moments-là que nous pouvons démontrer notre valeur ajoutée", explique Laurence De Munter, qui a trouvé les deux amours de sa vie - tant au niveau professionnel que personnel - à Londres, capitale mondiale de la finance.

Laurence De Munter n’a jamais eu l’esprit de clocher. Pendant ses études d’économie appliquée à la KU Leuven, elle est partie au Mexique dans le cadre d’un projet d’échange. Après ses études, elle a fait un stage à Londres. "J’ai tellement aimé cette vie trépidante qu’à la fin de mon stage, je ne voulais plus quitter cette ville. J’y ai par ailleurs aussi rencontré mon Prince Charmant. Jusqu’à présent, Londres reste un des plus grands centres financiers au monde. J’espère que le Brexit n’y changera rien." Laurence De Munter a travaillé pendant des années pour des noms célèbres de la City, avant de rejoindre l’entreprise familiale Stevens & De Munter, dont son frère Nicholas est administrateur délégué.

Vous avez travaillé à Paris, à Zurich, et aujourd’hui à Londres. Quelles sont les différences entre ces trois centres financiers?

L’architecture parisienne est magnifique et certains bureaux, comme le siège social de BNP Paribas, ressemblent à des palais. Malgré tout, je ne pourrais pas y vivre à cause de la mentalité parisienne. Quant à Zurich, la ville combine une fiscalité avantageuse avec une nature magnifique et la sécurité. Presque chaque bâtiment dispose d’un abri antinucléaire. Les Suisses alémaniques sont de nature plutôt réservée, mais très "pünktlich" (ponctuels, NDLR). Ils présentent leurs excuses lorsqu’ils arrivent avec deux minutes de retard à un rendez-vous. Londres est une véritable ville cosmopolite, vous pouvez y rencontrer toutes les nationalités, et en règle générale, les Londoniens sont ouverts d’esprit, optimistes et très polis. Essayer de resquiller dans une file est mal vu et il ne faut jamais oublier de prononcer le mot "please".

"Dans notre entreprise familiale, j’ai plus d’impact et je participe à l’élaboration de la stratégie."

L’avantage de travailler dans les finances à Londres, c’est quil est possible d’accumuler de l’expérience auprès des plus grands acteurs du monde financier. La mentalité londonienne, c’est ‘work hard – play hard’. Vous devez donc tout faire à 100%. J’ai appris à être plus efficace et plus compétitive, car le rythme est rapide. Il est important de se créer des réseaux et de se faire remarquer, en particulier dans les grandes entreprises. Londres est une ville chère et il faut travailler dur pour mériter son salaire. En résumé, ce n’est pas une ville pour les faibles, mais c’est sans aucun doute une des meilleures écoles.

Vous avez rejoint l’entreprise familiale Stevens & De Munter après avoir travaillé dans de grandes maisons comme Morgan Stanley et JPMorgan. La transition a-t-elle été facile?


La différence est de taille. Dans une grande entreprise, le travail est réparti entre différentes personnes et chacun a sa spécialité. Dans une petite entreprise, vous jouez plusieurs rôles en même temps. Dans les grandes maisons, vous avez beaucoup de réunions, de formations, et le réseautage est important. Pour votre travail, vous devez développer votre propre vision stratégique et de l’autodiscipline. L’avantage, c’est qu’aujourd’hui j’ai plus d’impact et que je participe à l’élaboration de la stratégie de l’entreprise. Et je peux gérer mon agenda de manière beaucoup plus flexible.

Que fait précisément Stevens & De Munter Private Banking? Et quels sont ses liens avec Leo Stevens & Cie?

BIO Laurence De Munter


> Stratégiste en investissement chez Stevens & De Munter Private Banking
> A étudié l’économie appliquée à la KU Leuven et détient un diplôme de Chartered Financial Analyst (CFA)
> Travaille à Londres depuis dix ans. A également travaillé à Paris et à Zurich
> A travaillé pour Bloomberg, Morgan Stanley et JPMorgan Asset Management
> Mariée à un Britannique, mère de trois jeunes enfants

 


Stevens & De Munter gère les patrimoines familiaux à Luxembourg et en Belgique d’une manière personnalisée et totalement indépendante. Nous conseillons nos clients en fonction de leur profil d’investisseur. L’an dernier par exemple, pendant le mois de décembre – quand c’était la panique généralisée – nous avons pu empêcher beaucoup de clients de réduire fortement leurs positions en actions. C’est à ces moments cruciaux qu’un client comprend la valeur ajoutée de son banquier privé. Nous remarquons aussi que nos clients cherchent de la transparence et souhaitent connaître en détail ce qui se trouve dans leur portefeuille d’investissement. Tous les banquiers ne sont pas prêts à offrir cette transparence totale, surtout en ce qui concerne leurs fonds maison, vu que c’est avec ces fonds qu’ils réalisent leurs plus grandes marges bénéficiaires. Leo Stevens & Cie sont nos partenaires, nous travaillons en étroite collaboration dans différents domaines, comme le trading, la recherche et le back-office.

Quelle est votre vision du marché?

"Les taux négatifs en Europe ne sont pas près de disparaître, ce qui rend les actions plus intéressantes que les obligations."


La fin du cycle économique est en vue, mais pour l’instant elle est à nouveau reportée suite aux nouvelles mesures de relance de la Banque centrale européenne. Au niveau mondial, plus de la moitié des banques centrales sont revenues à une politique monétaire souple, soit la plus grande proportion depuis la crise financière de 2008. Cette situation encourage les investissements risqués. Résultat: les marchés d’actions sont chers, surtout aux Etats-Unis. Par ailleurs, le Président Donald Trump a intérêt à trouver un accord commercial avec la Chine, car s’il souhaite être réélu, il est important que l’année d’élection soit également un excellent cru boursier.

Mais nous voyons plutôt des opportunités en Europe et au Royaume-Uni où les cours sont moins élevés et les dividendes plus généreux. Je pense aussi que l’environnement de taux négatifs en Europe n’est pas près de disparaître, ce qui rend les actions plus intéressantes que les obligations.

Comment cette situation se traduit-elle dans votre stratégie d’investissement?

Nous sommes par nature des investisseurs prudents et nous privilégions la protection du capital. Cette année, nous avons pris nos bénéfices sur certaines actions et renforcé notre matelas de liquidités. Nous avons récemment également investi dans des TIPS (Treasury Inflation Protected Securities) pour protéger les portefeuilles contre l’inflation. Dans nos portefeuilles d’actions, nous avons aujourd’hui clairement une préférence pour les actions qui répondent aux six tendances à long terme: digitalisation, durabilité, infrastructures, loisirs et luxe, vieillissement de la population et sous-traitance.

Comment les gestionnaires actifs peuvent-ils se distinguer des trackers?

©Tim Dirven


Les recherches ont démontré que peu de managers actifs pouvaient en permanence faire mieux que leur indice. Leurs frais sont plus élevés parce qu’ils doivent entre autres payer du personnel et acheter des données. De plus, les trackers peuvent réduire leurs frais en prêtant des titres, ce qui n’est d’ailleurs pas sans risques. Dans un monde où tout est géré par ordinateur, cela a du sens d’investir dans ces deux types de fonds. Vous investissez dans des trackers lorsque vous souhaitez répliquer la performance d’un indice déterminé et dans les fonds actifs pour apporter une plus-value à votre portefeuille. Les fonds actifs, en particulier les fonds flexibles, se distinguent des trackers en adaptant leurs investissements au cycle économique, en misant sur les inefficacités du marché et en investissant dans des niches pour lesquelles il n’existe aucun tracker.

Estimez-vous que les coûts des fonds gérés activement sont trop élevés?

"Londres n’est pas une ville pour les faibles, mais c’est sans doute l’une des meilleures écoles."


Le succès des trackers met la pression sur les coûts des fonds gérés activement. De plus, suite à la vague de consolidation dans le secteur et à la directive MiFID II, les gestionnaires actifs doivent travailler davantage pour justifier leurs coûts. Je pense que cela vaut la peine de payer des frais plus élevés à condition que le gestionnaire offre un rendement supplémentaire, réduise la volatilité et améliore la diversification.

Pour conclure, pouvez-vous nous dire comment vous vivez la saga du Brexit?

Le Brexit est – enfin! – en vue. J’aurais préféré que le Royaume-Uni reste au sein de l’UE car l’union fait la force, surtout dans un monde avec de grands acteurs comme les Etats-Unis et la Chine. Malgré tout, le principal est de clarifier la situation le plus vite possible afin que le Royaume-Uni puisse restaurer la confiance dans ses institutions et son potentiel. Le pays a beaucoup à offrir et est la seconde économie européenne après l’Allemagne. Par ailleurs, il est aussi difficile de faire mieux que Londres sur le plan des infrastructures, de la culture et des talents. Au niveau personnel, j’ai pris mes précautions et j’ai déjà acquis la double nationalité.

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