Investissez dans l’avenir des jeunes

D’après DWS, le nombre d’étudiants du supérieur passera de 80 à 130 millions en Inde, en Chine et au Brésil de 2015 à 2030. © afp ©Photo News

La pandémie a donné un solide coup de pouce à l’enseignement à distance. Un "game changer", même si, selon les gestionnaires de fonds, ce thème offre déjà depuis longtemps des opportunités intéressantes.

Ces derniers mois, presque tout le secteur mondial de l’enseignement est passé aux cours à distance. Les universités et les écoles ont fermé leurs portes et les étudiants ont dû suivre les cours en ligne. «Avec 1,2 milliard d’étudiants ayant cessé tout à coup de se rendre en salle de cours, le basculement vers l’enseignement à distance a été très brutal», explique Guillaume Uetwiller, qui gère pour la maison de fonds française CPR Asset Management un fonds qui mise exclusivement sur le thème de l’enseignement. Pour Uetwiller, la crise du coronavirus a servi de catalyseur pour une tendance structurelle déjà bien présente dans le secteur.

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Un des facteurs sous-jacents de cette tendance est la croissance de la population mondiale et l’émergence de la classe moyenne dans les pays en développement. D’après la maison de fonds allemande DWS, le nombre d’étudiants universitaires et de l’enseignement supérieur passera de 80 à 130 millions en Inde, en Chine et au Brésil entre 2015 et 2030. «Il est peu probable que ces pays pourront construire des bâtiments capables d’accueillir ces 50 millions d’étudiants supplémentaires. Pour garder les coûts sous contrôle, le nombre de cours en ligne devra augmenter», explique Paul Buchwitz, gestionnaire du fonds DWS Invest SDG Global Equities.

Les écoles privées peuvent aussi représenter une solution permettant de garder les coûts de l’enseignement public sous contrôle. «Partout dans le monde, il faudra beaucoup investir et de nombreux pays devraient se tourner vers l’enseignement privé pour assurer les cours et aider à combler le manque de financements publics. C’est le cas aux États-Unis – où les écoles privées représentent déjà 30% du marché – mais aussi en Asie. Si vous voulez réussir dans une des universités prestigieuses de Chine, vous avez intérêt à avoir suivi des cours dans une école privée», ajoute Buchwitz.

Avec la hausse des déficits publics, l’Occident devra également réduire ses coûts. «Aux États-Unis, le coût de l’enseignement per capita est le plus élevé au monde. Et avec la fermeture cet automne de nombreuses écoles et universités à cause de la pandémie, il est clair qu’on ne peut plus se fier à des solutions improvisées comme Zoom», poursuit Buchwitz. Par conséquent, nous devrons, selon le gestionnaire, investir davantage dans l’enseignement à distance, y compris en Occident. À terme, ces investissements pourraient avoir un effet positif sur les budgets de l’enseignement.

Une autre tendance qui se développe surtout en Asie et qui a également donné un coup de pouce aux acteurs internet est l’AST (After School Tutoring), un concept qui permet aux élèves de l’enseignement secondaire de se préparer à l’université. En Chine surtout, on en attend beaucoup. «Le taux de pénétration de l’AST en Chine est inférieur à 30%, contre 70% au Japon et en Corée du Sud. À l’heure actuelle, l’AST est déjà le segment qui compte la plus forte croissance en Chine», ajoute Buchwitz.

Formation continue

Une autre tendance ayant un impact sur le secteur de l’enseignement est l’évolution du marché de l’emploi. «Les innovations technologiques – comme l’automatisation et la digitalisation – ont bouleversé les besoins en compétences. L’emploi de demain n’existe pas encore», explique Uetwiller. Pour le gestionnaire, cette dynamique signifie qu’il devient de plus en plus important de se former en permanence. «Aujourd’hui, l’enseignement s’adresse encore prioritairement aux jeunes de moins de 22 ans. À l’avenir, cela devrait changer.»

«Au cours des 15 prochaines années, l’Inde, la Chine et le Brésil compteront 50 millions d’étudiants en plus. L’enseignement en ligne sera indispensable pour faire face à cette évolution.»
PAUL BUCHWITZ
GESTIONNAIRE DE FONDS CHEZ DWS

L’importance grandissante de la formation en ligne devrait être synonyme d’avenir radieux pour les entreprises «EdTech» – l’abréviation pour les sociétés technologiques spécialisées dans la formation. Ces entreprises, qui proposent du contenu et de la pédagogie sur des plateformes digitales, sont appelées à jouer un rôle important, comme l’a démontré la crise du coronavirus. «La pandémie a révélé les lacunes des infrastructures d’enseignement à distance à de nombreux endroits et mis en lumière les besoins d’investissements», renchérit Buchwitz.

Si l’on en croit le gestionnaire de fonds, même si la majeure partie de la technologie des EdTechs a déjà atteint sa maturité, elle n’a été, jusqu’ici, que rarement utilisée à cause du manque de connaissances et de l’inertie de nombreux décideurs et des limites budgétaires auxquelles tout le monde est aujourd’hui confronté. «Sur ce plan, la crise du coronavirus pourrait jouer le rôle de déclencheur», ajoute Buchwitz.

D’après le gestionnaire, un autre phénomène sous-jacent joue également un rôle. Les parents qui paient des frais de scolarité demandent des solutions d’e-learning qui s’inscrivent dans la droite ligne du rôle pédagogique des écoles et qui garantissent les mêmes résultats que lorsque les étudiants se rendent physiquement en classe. L’enseignement en ligne ne peut fonctionner que si les élèves sont suffisamment engagés et motivés. «Combien de parents ont le temps de rester assis huit heures par jour à côté de leurs enfants, devant l’ordinateur, pour les encourager à travailler? Nous avons besoin de solutions plus créatives, comme la “gamification” ou “l’edutainment”, où les matières enseignées sont présentées de manière ludique».

Marché en croissance

Tout ceci illustre pourquoi l’enseignement est considéré comme un secteur en croissance, y compris par les investisseurs. D’après les calculs de HolonIQ, une plate-forme mondiale d’information sur l’éducation, le secteur de l’enseignement avait déjà atteint la taille du marché automobile en 2018, soit une valeur d’environ 6.000 milliards de dollars. Et d’ici 2025, la plate-forme s’attend à ce qu’il atteigne 8.000 milliards de dollars.

Les investisseurs qui souhaitent profiter de cette croissance peuvent acheter les actions traditionnelles du secteur. «J’assure personnellement le suivi de 100 actions liées à l’enseignement. Mais l’univers est beaucoup plus grand. Cela dépend de la façon dont on le définit», poursuit Buchwitz.

Le fonds CPR Invest Education, exclusivement axé sur le secteur de l’enseignement, investit aujourd’hui dans 72 actions dans le monde. La principale position du fonds est l’entreprise Chegg, un acteur en ligne américain qui propose des plates-formes de services aux étudiants et leur permet d’obtenir de l’aide 24/7. «Nous avons également investi dans China Education Group, le plus grand fournisseur de cours coté en Chine», poursuit Uetwiller. «L’entreprise compte 238.000 étudiants parmi ses clients. Elle jouit d’une grande notoriété et propose des formations de très haute qualité.»
Par ailleurs, une récente étude de Goldman Sachs a démontré que les investissements dans l’enseignement pouvaient se révéler payants. D’après l’étude, les actions liées à l’enseignement ont surperformé le marché de 136% au cours des trois dernières années. À cause de leur caractère non cyclique, elles se sont également bien comportées pendant la crise du coronavirus.

Enfin, l’enseignement est un des 17 objectifs de développement durable des Nations Unies et obtient donc de bons scores sur le plan de la durabilité. «L’enseignement a également un rôle important à jouer si l’on souhaite atteindre d’autres objectifs, comme la lutte contre la pauvreté, la réduction des inégalités, etc. De ce point de vue, ces actions se classent bien sur la base des critères ESG (Environnement, Société, Gouvernance)», conclut le gestionnaire.

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