Investissez dans le monde de demain

Le fonds MedTech de CPR mise sur des sociétés comme Medtronic et Boston Scientific, les producteurs américains de dispositifs médicaux, ou encore la société américaine Abbott, qui a récemment fait un tabac avec ses tests de dépistage du coronavirus. ©EPA

Grâce aux fonds thématiques, les investisseurs peuvent miser sur les tendances qui sont en train de redessiner notre monde. Mais la vigilance s’impose: investir dans les thèmes du futur n’est pas une garantie de meilleur rendement.

Les fonds thématiques misent sur les tendances qui sont en train de redessiner notre société. Il serait donc normal de penser que les entreprises qui surfent sur ces vagues affichent des perspectives de croissance supérieures à la moyenne. Si l’on en croit le bureau d’analyse Morningstar, les montants investis dans ces fonds ont triplé en trois ans, passant de 75 milliards de dollars à 195 milliards fin 2019. Selon Morningstar, les fonds thématiques représentent donc déjà 1% du total des actifs investis dans les fonds d’actions mondiaux, contre 0,1% il y a dix ans.

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"Ces dernières années, les fonds thématiques ont connu un succès sans précédent", confirme Knut Huys de Deutsche Bank. En dehors des fonds axés sur la durabilité, on trouve des fonds sur les thèmes de la robotique, de l’intelligence artificielle, des technologies médicales, de la sécurité, etc.

Mais ne vous y trompez pas. Leur rendement peut parfois être décevant. Parmi les fonds thématiques créés avant 2010, seuls 25% ont fait mieux que l’indice MSCI World au cours des dix dernières années, indique Morningstar. De plus, au cours de la même période, plus de la moitié des fonds thématiques ont été fermés.

Il convient donc d’être particulièrement vigilant au moment de choisir un fonds thématique.

Nous avons analysé pour vous six thèmes qui, selon les maisons de fonds, sont plus qu’une mode passagère.

1. Technologies médicales

Un thème qu’on trouve depuis longtemps sur le radar des maisons de fonds est celui des technologies médicales. La crise du coronavirus lui a donné un coup d’accélérateur. "Les sociétés de biopharmacie ont réussi à mettre au point un vaccin contre le Covid-19 en un temps record. Mais alors que la fin de la pandémie semble en vue, nous pensons que la révolution des soins de santé n’en est qu’à ses débuts", estime Andy Acker, responsable du fonds Global Life Sciences chez Janus Henderson.

"Le médicament du futur sera fabriqué dans les laboratoires des entreprises de MedTech."
CPR

Pour CPR, qui a lancé un fonds MedTech en 2018, la crise sanitaire a donné un coup de pouce supplémentaire aux technologies médicales. "Pendant la pandémie, nous avons eu un aperçu de leur potentiel. Quelques segments, comme celui du diagnostic, resteront incontournables. Car même si le nombre de personnes vaccinées augmente, les tests continueront à jouer un rôle important lorsqu’il s’agira de vérifier l’efficacité des vaccins. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, où les tests deviendront très courants, en particulier parce qu’ils sont bon marché et plus largement acceptés par la population. Ils recèlent beaucoup de potentiel, non seulement dans le domaine du diagnostic, mais aussi dans d’autres segments. La cardiologie par exemple retrouvera bientôt son niveau d’avant-crise", explique le spécialiste.

CPR s’attend à ce que les technologies médicales jouent un rôle essentiel dans notre système de soins de santé. "Le médicament du futur sera fabriqué dans les laboratoires des entreprises de MedTech", peut-on entendre. Ces sociétés misent énormément sur la R&D (Recherche et Développement). "Avec une moyenne de 8% du chiffre d’affaires investi en R&D, soit près de trois fois plus que la moyenne, les dépenses en R&D représentent la croissance du futur."

L’univers des fonds 100% MedTech est plutôt limité. CPR parle d’environ 220 sociétés. "Parmi les dix plus grandes entreprises du secteur, sept sont américaines et trois européennes", expliquent les experts. Comme exemples, on peut citer Medtronic et Boston Scientific, les producteurs américains de dispositifs médicaux, et la société américaine Abbott, qui a récemment fait un tabac avec ses tests de dépistage du coronavirus.

Parmi ces fonds thématiques, le fonds Cure de Belfius mise sur un sous-segment: l’oncologie. "Notre fonds investit dans des entreprises qui jouent un rôle important dans le dépistage et/ou le traitement du cancer. La sélectivité de cette approche permet de réduire au minimum le risque de chevauchement avec les fonds qui misent sur le secteur mondial des soins de santé", explique-t-on chez Belfius.

Une particularité du fonds est qu’il verse 10% des commissions de gestion à des institutions caritatives fortement axées sur la recherche. "La base de la philosophie d’investissement est de bien faire en faisant le bien. Les traitements les plus efficaces seront prescrits par les médecins, utilisés par les patients et seront finalement rentables pour les entreprises et les investisseurs", poursuit-on chez Belfius.

Au sein du portefeuille, on trouve l’action Siemens Healthineers, spécialisée en imagerie médicale et en diagnostic de laboratoire. L’entreprise permet de diagnostiquer un cancer plus rapidement et avec plus de précision grâce à l’intelligence artificielle.

2. Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle est un autre thème dont l’avenir est prometteur. Il ne se limite pas à un seul secteur, mais aura un impact sur tous les secteurs, estiment les maisons de fonds. C’est ce qui explique que des acteurs comme Oddo, Financière de l’Echiquier, DWS et Allianz proposent depuis plusieurs années des fonds exclusivement axés sur ce thème.

"Nous ne sommes qu’au début de cette technologie et nous pensons que son potentiel est grandement sous-estimé par le marché", explique Brice Prunas, gestionnaire du fonds Oddo BHF Artificial Intelligence. Fait amusant: vu que l’intelligence artificielle est en interface avec différents secteurs et qu’elle ne représente souvent qu’une partie des activités des entreprises, Oddo est lui-même obligé de recourir à l’IA pour définir son univers d’investissement et identifier les entreprises suffisamment actives dans l’IA pour être reprises dans le fonds. "Nous utilisons des algorithmes qui traitent quotidiennement des millions de données concernant plus de 6.000 entreprises dans le monde", explique-t-on chez Oddo.

"Nous sommes convaincus par le potentiel de croissance de nouvelles formes d’e-commerce et de publicité en ligne."
Oddo

Les sociétés technologiques qui vont plus loin que la seule intelligence artificielle font également partie de cet univers d’investissement. On trouve par exemple Alphabet et Uber parmi les principales positions du fonds.

Ce n’est pas un hasard si le fonds investit 65% de ses avoirs en Amérique du Nord, qui accueille les sociétés les plus innovantes de ce segment. "L’Asie représente 25% de nos investissements. C’est là qu’on trouve les sociétés les plus avancées et les leaders mondiaux des semi-conducteurs et du hardware (Taïwan) dont l’intelligence artificielle a besoin pour fonctionner. L’Europe et le Japon ne représentent chacun que 5% du secteur", peut-on entendre.

Le gestionnaire cite quelques exemples de segments qui l’intéressent tout particulièrement. "Nous sommes convaincus par le potentiel de croissance de nouvelles formes d’e-commerce et de publicité en ligne. Elles seront par exemple portées par des communautés comme Pinterest ou par la forte croissance des mini vidéos en Chine (Jovy)", explique le gestionnaire.

Le groupe français L’Echiquier, qui propose aussi un fonds axé sur l’intelligence artificielle, mise sur quatre sous-thèmes: le big data, le Cloud, les applications et les réseaux neuronaux. Le fonds investit principalement dans le secteur technologique, mais aussi dans les secteurs des biens de consommation et des télécoms.

3. Habitudes de consommation

Il ne fait aucun doute que les technologies révolutionneront notre mode de vie. "La technologie change la dynamique de ce que nous achetons, mais aussi où et comment nous faisons nos achats. Ce phénomène concerne toutes les générations, des baby-boomers à la génération Z et ce, partout dans le monde. La crise du coronavirus a sensiblement accéléré ce processus", explique Isabella Hervey-Bathurst, gestionnaire du fonds SISF Changing Life Styles de Schroders.

"Lorsque nous retrouverons notre liberté, la consommation reprendra."
Schroders

Hervey-Bathrust: "Les périodes de confinement ont gonflé l’épargne des citoyens. Lorsque nous retrouverons notre liberté, la consommation reprendra. C’est pourquoi nous avons augmenté notre exposition aux biens de consommation durables en achetant récemment des actions d’un voyagiste (Easyjet) et d’une entreprise de luxe (Tapestry), deux secteurs où nous nous attendons à une reprise de la demande. Nous sommes également présents dans une chaîne américaine de matériaux de construction et de jardinage pour particuliers (Lowe’s Companies). Nous pensons que le basculement vers le travail flexible se traduira par des investissements dans l’amélioration des logements", confie la gestionnaire.

Parmi les principales positions du fonds, on trouve BMW Group et Amazon.

4. Vieillissement de la population

Le vieillissement de la population est une tendance qui préoccupe depuis longtemps la société et le monde politique. Plusieurs fonds misent sur ce thème, mais le fonds BE=Long de Belfius va plus loin. "Nous ne sommes pas un fonds statique qui investit dans des entreprises exposées à ce que l’on connaît sous l’appellation de Silver Economy. Nous misons sur des entreprises impliquées dans l’amélioration de la qualité de vie de nos aînés, un des objectifs durables des Nations Unies", explique-t-on chez Belfius.

"Nous misons sur des entreprises impliquées dans l’amélioration de la qualité de vie de nos aînés."
Belfius

"Au cours des dernières décennies, l’espérance de vie a beaucoup progressé, mais le vieillissement reste synonyme de maladies de vieillesse, d’une fin de vie malheureuse et de dépendance. Pour éviter ces situations, le fonds investit dans tous les aspects possibles (santé, autonomie et bien-être) pour améliorer la qualité de vie des personnes âgées et réduire autant que possible les problèmes liés à l’âge. Les entreprises qui misent sur une alimentation saine et de qualité, l’exercice physique, l’amélioration du contrôle des paramètres de santé, et l’augmentation de l’autonomie des personnes âgées sont prises en compte. Par l’intermédiaire du fonds, nous souhaitons profiter de manière dynamique des entreprises qui contribuent à rendre la vie des citoyens plus facile, plus heureuse et plus saine", poursuit Belfius.

"Peloton est une entreprise qui produit et commercialise des appareils de fitness connectés à usage domestique, avec des cours en ligne et des exercices personnalisés. Grâce à une technologie avancée, les clients peuvent suivre leurs progrès et gérer leur santé. L’an dernier, le chiffre d’affaires de Peloton a triplé pendant la période de confinement, ce qui révèle un niveau élevé d’engagement envers ses produits et une forte tendance en matière de santé", indique le gestionnaire. Un autre exemple est Amplifon, une entreprise qui fournit des appareils pour les patients souffrant de problèmes d’audition.

L’entreprise est le leader mondial des appareils auditifs et propose des solutions innovantes pour résoudre différents problèmes d’audition. "Amplifon améliore régulièrement ses parts de marché mondiales et affiche une croissance organique – supérieure à la moyenne – de plus de 5% par an, grâce à son large éventail de services de qualité." Enfin, le gestionnaire cite Disney. "Les seniors ont de plus de temps libre et de revenus disponibles pour leurs loisirs. Ils ont également découvert les solutions de Disney qui réunissent toute la famille, notamment grâce au succès du lancement de Disney+ l’an dernier", explique le gestionnaire.

5. Urbanisation

La maison de fonds britannique Schroders mise beaucoup sur le thème de l’urbanisation. "Les villes représentent 80% du PIB mondial. Elles sont le sang de la croissance économique. Jusqu’en 2050, on s’attend à ce que 6 millions de personnes déménagent chaque mois en ville. D’ici là, 68% de la population mondiale habitera en milieu urbain", indique-t-on chez Schroders pour justifier le potentiel de croissance de ce thème. Pour la maison de fonds, l’urbanisation sera un des principaux thèmes d’investissement des dix prochaines années. "Il s’agira de choisir les villes qui pourront capter une partie plus importante de l’économie mondiale", peut-on entendre.

"En 2050, 68% de la population mondiale devrait vivre en milieu urbain."
Schroders

Le fonds de Schroders mise sur ce thème en investissant dans les différents segments immobiliers. Il ne s’agit pas uniquement de bureaux, d’espaces commerciaux et d’immobilier industriel traditionnels, mais de plus en plus de centres de données et de logistique. Le fonds cherche les sociétés immobilières propriétaires d’actifs dans les villes les plus durables. Les critères ESG (Environnement, Société et Gouvernance) jouent un rôle important dans le processus de sélection. "Les villes durables font partie des objectifs de développement durable des Nations Unies. L’immobilier a un impact important sur l’environnement et est responsable de plus de 40% des émissions de CO2."

Les principales positions du fonds sont des entreprises américaines. "Nous obtenons d’excellents rendements avec des villes côtières comme Boston, San Francisco, Seattle et Washington." L’Asie arrive en deuxième position. "Le continent asiatique affiche un profil démographique intéressant et nous sommes fortement présents à Shanghai, Pékin et Tokyo. Nous comptons investir davantage dans cette région, au détriment de l’Europe, où notre exposition est limitée à cause de la faiblesse de la croissance économique et du faible taux de natalité. L’Europe obtient pourtant d’excellents scores sur le plan des critères ESG et abrite 29 des 30 villes qui font partie de notre indice ESG", souligne le gestionnaire.

Parmi les principales positions du fonds, on trouve Alexandria Real Estate Equities, une entreprise qui possède des biens immobiliers dans des villes de premier plan comme Boston, New York et San Francisco. On trouve également Rexford Industrial Realty, qui se concentre sur Los Angeles et enfin Fabege, un acteur suédois actif dans l’immobilier de bureaux à Stockholm.

6. Smart mobility

La mobilité est un autre thème populaire auprès des maisons de fonds. RobecoSAM mise sur ce thème avec son fonds Smart Mobility. "Dans les années à venir, nous devrions assister à la plus grande révolution jamais vécue en raison des nouvelles technologies et de l’évolution de nos habitudes de consommation. On s’attend à ce que d’ici 2030, le nombre de voitures électriques soit plus élevé que le nombre de voitures équipées de moteurs à combustion. Le coût total des voitures électriques sera plus bas que celui des voitures traditionnelles grâce à la baisse du prix des batteries et aux économies d’échelle", explique-t-on chez Robeco.

"On s’attend à ce que d’ici 2030, le nombre de voitures électriques soit plus élevé que le nombre de voitures équipées de moteurs à combustion."
Robecosam

Le groupe a décidé de miser sur quatre sous-segments. "D’une part, nous investissons dans les fournisseurs de composants utilisés par les constructeurs de voitures électriques, comme les batteries. Le deuxième segment comprend les constructeurs eux-mêmes. Troisièmement, nous misons sur les acteurs actifs dans les infrastructures, comme les producteurs de bornes de recharge ou dans la technologie des réseaux intelligents. Enfin, nous investissons dans le segment des voitures autonomes, plus particulièrement dans la connectivité ou même l’intelligence artificielle. Si l’on tient compte de ces segments, nous arrivons à un univers qui comprend environ 170 actions, parmi lesquelles nous faisons notre sélection", explique-t-on chez Robeco. Les principales participations du fonds sont On Semiconductor, Nxp semiconductor et Samsung.

Comment investir dans des fonds thématiques?


Pour Knut Huys de Deutsche Bank, les fonds thématiques ne sont rien de plus qu’un complément à un portefeuille bien diversifié. Il met en avant trois critères à prendre en compte au moment de sélectionner un fonds. «Visez toujours le long terme et évitez les effets de mode. Ensuite: restez éloigné des niches trop petites et privilégiez des univers d’investissement suffisamment larges. Enfin: demandez-vous quel niveau de risque vous pouvez supporter. Les tendances à long terme ne progressent pas en ligne droite», explique Huys.
Le spécialiste de Deutsche Bank conseille également de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. «Pensez à diversifier votre portefeuille. La robotique et l’intelligence artificielle sont liées. Pensez également aux tendances défensives comme la santé et l’eau», poursuit-il.
Enfin, les portefeuilles des fonds thématiques sont souvent très concentrés. Généralement, le nombre de positions ne dépasse guère 30 à 40 lignes. D’après Morningstar, les dix plus importantes actions des fonds thématiques représentent en moyenne près de la moitié des actifs.

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