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Jean-Claude Trichet reste accommodant

Axel Weber (avantplan) plaide pour l'abandon des achats obligataires mais Jean-Claude Trichet s'y oppose.

Les rouages des marchés européens ont encore besoin d’huile. La Banque centrale européenne (BCE) doit continuer à exécuter son programme d’achats d’obligations de pays de la zone euro, a réaffirmé son président. Dans une interview parue dans le quotidien italien "La Stampa" dimanche, Jean-Claude Trichet a défendu la politique accommodante de la BCE, en estimant que "comme les autres mesures non conventionnelles (notamment la mise à disposition des banques de liquidités illimitées, ndlr), celle-ci a été conçue pour aider à rétablir un fonctionnement plus normal de notre mécanisme de transmission de la politique monétaire".

En insistant sur le maintien de ce dispositif, le président de la BCE contredit diplomatiquement les propos d’Axel Weber, son successeur pressenti à la tête de l’institution. Le 12 octobre, à l’occasion d’une conférence donnée à New York, ce dernier avait estimé que "ces achats de titres devraient maintenant être éliminés progressivement".

Accalmie sur le marché

Depuis le mois de mai, la BCE achète régulièrement des obligations d’États de la zone euro confrontés à des difficultés budgétaires. En gonflant ainsi la demande, l’autorité monétaire soutient les prix de ces obligations gouvernementales qui suscitaient la méfiance des investisseurs. La hausse des cours obligataires de ces pays aux finances publiques chancelantes, qualifiés d’États "périphériques" de la zone euro (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne), provoque une détente de leurs taux d’intérêt, ce qui leur permet d’emprunter plus facilement sur le marché. Jusqu’à présent, la BCE a acheté pour 63,5 milliards d’euros de titres de dette de ces États.

Depuis la fin du mois de septembre, ces obligations gouvernementales bénéficient d’une sérieuse accalmie sur le marché secondaire. En même temps, le marché interbancaire, où les banques se prêtent de l’argent, tend à se normaliser (lire par ailleurs l’évolution du taux Euribor). Lundi, la banque grecque EFG Eurobank a même annoncé qu’elle était parvenue à se refinancer sur le marché à concurrence de 300 millions d’euros. De plus, l’économie européenne, attendue en croissance de 1,7% cette année, semble avoir évité à la fois un retour en récession et une déflation, c’est-à-dire une baisse généralisée des prix qui décourage les investissements.

Taux "appropriés"

Ces signes d’amélioration de la situation économique de la zone euro ont poussé l’Allemand Axel Weber à plaider pour un abandon des mesures de soutien à l’économie que la BCE a mises en place au printemps. Le problème est que ces dispositifs restent indispensables pour certaines banques européennes, principalement basées dans les pays périphériques. C’est pourquoi le conseil des gouverneurs de la BCE maintient une politique monétaire accommodante. Mais celle-ci ne convient pas à l’économie allemande, dont la reprise a été plus rapide et plus vigoureuse que dans le reste de la zone euro. Les Allemands craignent que les taux très bas de la BCE provoquent une poussée inflationniste dans leur pays.

Il y a une semaine, Axel Weber avait estimé que la BCE pourrait amorcer une normalisation de ses taux directeurs même si les mesures exceptionnelles de soutien au secteur financier restaient en place. Dans "La Stampa", Jean-Claude Trichet a écarté cette option: "Les taux d’intérêt actuels sont appropriés", a-t-il répété.

Le président de la BCE a toutefois évité la confrontation avec le gouverneur allemand, soulignant qu’il ne commentait "jamais les remarques faites par d’autres membres du conseil des gouverneurs". S’il s’est montré accommodant à l’égard de la liberté de parole d’Axel Weber, le Français a aussi fait preuve de fermeté, soulignant qu’il n’y avait "qu’un seul président, qui est aussi le porte-parole du conseil des gouverneurs". Un rappel en forme de mise au point…

Le président de la BCE n’envisage pas l’arrêt des achats d’obligations d’États de la zone euro.

D’après le quotidien économique allemand "Handelsblatt", les chances d’Axel Weber de devenir le prochain président de la Banque centrale européenne s’amenuisent. Alors que, le 7 octobre, le conseil des gouverneurs de la BCE avait maintenu ses mesures de soutien aux banques de la zone euro, le gouverneur allemand a laissé entendre, moins d’une semaine plus tard, qu’il était temps de les abandonner. En affirmant son opposition, Axel Weber est-il en train de compromettre sa candidature à la succession de Jean-Claude Trichet? Selon le "Handelsblatt", "un président qui se complaît dans le rôle de chef de l’opposition est difficilement imaginable". Or, la position d’Axel Weber est minoritaire. Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, interrogé sur l’opportunité de cesser les achats d’obligations de certains pays européens comme le réclame Weber, a clairement répondu, dans "La Stampa" de dimanche: "Non! Ce n’est pas la position du directoire, dans son écrasante majorité!" Le directoire de la BCE est constitué de six membres, dont le président. Parmi les cinq autres, Weber a le soutien de l’Allemand Jürgen Stark, qui a encore affirmé vendredi que la banque centrale ne pouvait pas "faire dépendre de quelques banques le retrait progressif des mesures non conventionnelles". Sous-entendu: comme Weber, il est favorable à un retrait rapide de ces mesures, alors que Trichet et les autres membres du directoire estiment qu’elles doivent être maintenues encore un certain temps. Si les décisions de politiques monétaires relèvent du conseil des gouverneurs (constitué des six membres du directoire et des seize gouverneurs de banques nationales de la zone euro), le directoire peut avoir un rôle important dans l’orientation des choix dudit conseil. D’où l’attention particulière portée au renouvellement des mandats au sein de ce "board". Celui de Jean-Claude Trichet prendra fin le 31 octobre 2011. Comme le vice-président vient du Portugal, "petit pays", la présidence devrait revenir à un grand État. La France ayant déjà eu son tour avec Trichet, c’est l’Allemand Weber qui tient la corde. Mais comme Jürgen Stark est également membre du directoire, ce dernier pourrait devoir s’effacer au profit d’un nouveau venu, pour éviter d’avoir deux Allemands dans le "board". À moins que Weber passe à la trappe, ne pouvant présider un conseil où sa voix serait minoritaire. L’Italien Mario Draghi, deviendrait alors le premier choix, dit-on. Si, dans l’entretien qu’il a accordé à "La Stampa", Trichet loue le travail réalisé par le gouverneur de la Banque d’Italie, ce n’est sans doute pas un hasard…

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