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La dette corporate émergente peut rapporter gros

Le Russe Gazprom offre une prime de risque plus élevée que ses concurrents, or ses fondamentaux sont meilleurs. ©Bloomberg

Cette année, elle a surperformé de 8% l’indice mondial des obligations à haut rendement.

Le marché de la dette d’entreprises émergentes se développe à grande vitesse. Peu connu des investisseurs occidentaux car relativement difficile d’accès, il a pourtant atteint la taille de 835 milliards de dollars l’année dernière, un montant presque quadruplé par rapport au début de la décennie. Et il pourrait bientôt dépasser le marché des obligations corporate high yield américaines.

Les obligations d’entreprises émergentes sont en moyenne notées BBB auprès des agences de notation financière, ce qui leur vaut d’être classées dans la catégorie high yield (un haut rendement justifié par l’ampleur du risque). Or, à notation équivalente, elles se traitent avec une prime de risque plus importante que leurs homologues des pays développés.

Return plus élevé mais…

Concrètement, l’écart de rendement (spread) entre une obligation corporate émergente et une obligation bancaire notée AA prise comme référence est de 809 points de base. Cet écart n’est que de 629 points de base pour une obligation high yield non-émergente. Les entreprises émergentes offrent donc 180 points de base de rendement supplémentaire à l’investisseur qui "prend le risque" de leur prêter des liquidités. Or, concernant ce risque, "l’agence Standard and Poor’s estime à seulement 2% le risque de taux de défaut des entreprises émergentes cette année. Soit exactement le même taux que celui attendu pour les entreprises européennes et américaines…", observe Toke Hjortshøj, gestionnaire du fonds Emerging Markets Corporate Value Bonds chez Sparinvest.

Historiquement, les chiffres de S & P indiquent que les taux de défauts dans les pays émergents sont inférieurs à ceux observés sur des marchés plus matures. Ceci constitue le principal argument des spécialistes qui estiment nécessaire de prendre le train en marche.

Depuis le début de l’année, les obligations corporate émergentes ont déjà enregistré un rendement de plus de 22% en devises locales (26% en euros). Une nette surperformance par rapport à l’indice mondial des obligations à haut rendement, qui affiche sur la même période un return total de 14,5% (18% en euros).

…de plus en plus corrélé

Mais selon Bernard Lalière, gestionnaire obligataire chez Petercam, "en terme de gestion de portefeuille, la dette émergente corporate a désormais perdu une partie de son attrait suite à l’augmentation des corrélations entre les obligations high yield européennes et leurs homologues émergentes, toutes deux notées BB".

De fait, précédemment, la dette émergente corporate avait un coefficient de corrélation de l’ordre de 0,5 en moyenne, ce qui rendait avantageux la possession de dette corporate émergente dans le but de détenir en portefeuille des actifs moins corrélés. "Mais à l’heure actuelle, le coefficient de corrélation entre les deux classes d’actifs est de l’ordre de 0,8, ce qui indique un rapprochement des tendances d’évolution des taux de returns de chaque actif", prévient-il.

Une classe hétérogène

Par ailleurs, selon Bernard Lalière, la dette corporate émergente présente le désavantage de ne pas constituer une classe d’actif homogène, à partir du moment où les taux de croissance ne sont pas identiques dans toutes les économies émergentes et alors que leur niveau de dépendance à la demande extérieure diffère.

"Certains titres sont intéressants, mais ils sont tous différents. Il n’y a pas d’uniformité dans la classe d’actif, qui comporte des différences régionales et sectorielles importantes", indique-t-il. Ainsi, certaines sociétés établies dans les pays émergents offrent, à niveau de rating comparable, des primes de risques aussi élevées que le high yield européen bien qu’elles disposent de meilleurs ratios financiers. "Je pense, par exemple, aux sociétés télécom en Russie, notamment Mobile Tele System ou Vimpelcom ou encore Gazprom, dans le secteur de l’énergie", indique Bernard Lalière. Mais l’affirmation selon laquelle les entreprises émergentes disposent de ratios financiers de meilleure qualité que leurs concurrents européens et américains (essentiellement leur bas niveau d’endettement) ne doit pas être généralisée. C’est notamment le cas de certaines entreprises brésiliennes actives dans la filière bovine, dont les ratios d’endettement sont semblables à la moyenne de leur secteur.

Selon Bernard Lalière, il reste donc "certaines perles à trouver par-ci, par-là, en tenant compte des spécificités régionales et sectorielles. C’est la connaissance des éléments influençant le crédit qui reste déterminante".

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