La méfiance pèse sur la reprise économique

La crise de la dette souveraine se distingue de la période suivant la faillite de Lehman Brothers, dit la BRI. ©Reuters

La BRI constate que la volatilité est très élevée alors que d’autres indicateurs sont rassurants.

C’est dans la tête, docteur. Selon une étude de la Banque des règlements internationaux (BRI), la mauvaise passe que traversent les marchés actuellement doit plus à un manque de confiance des investisseurs qu’à des facteurs économiques tangibles.

Publiée lundi sur le site Internet de la BRI (www.bis.org), cette étude constate que la crise de la dette souveraine ressemble davantage au début des problèmes liés aux "subprime" qu’au séisme qui a suivi la faillite de Lehman Brothers. La situation est donc moins préoccupante que dans les semaines qui ont suivi les déboires de la banque d’affaires américaine. Mais l’activité financière souffre du manque de confiance qui étreint le marché, ce qui risque de peser, à terme, sur la croissance économique.

En 2007, le problème des "subprime mortgages", les crédits hypothécaires à risque octroyés aux Etats-Unis, s’est révélé très progressivement. "Cette crise a commencé lentement avec l’apparition de pertes sur des crédits hypothécaires et la réduction de la note attribuée par les agences de notation à un grand nombre d’actifs adossés à ces crédits", rappelle l’étude de la BRI. "L’apparition de pertes chez plusieurs banques européennes a été suivie d’un élargissement des écarts de taux Libor (qui expriment la confiance entre les banques au moment de se prêter de l’argent entre elles, ndlr). Dans les mois qui ont suivi, les banques européennes ont éprouvé des difficultés à financer leurs portefeuilles en dollar américain."

Or, constate la BRI, tel n’est pas le cas actuellement. "La participation limitée aux émissions en dollars américains détenus par la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et la Banque nationale suisse laissent penser que le problème concerne davantage le risque de crédit des contreparties que l’accès au financement en devises étrangères." D’ailleurs, souligne encore l’étude, l’écart de taux Libor à trois mois en dollar, même s’il a augmenté récemment, reste nettement inférieur aux niveaux d’août 2007.

Bref, les liquidités sont disponibles mais le problème réside dans le doute à propos de la capacité de remboursement des partenaires financiers.

La preuve de cette méfiance, c’est l’évolution de l’indice Vix, aussi appelé "l’indice de la peur". Celui-ci mesure la volatilité sur les marchés. Or, récemment, la courbe du Vix s’est nettement élevée, alors qu’elle suivait auparavant l’évolution qu’elle avait connue lors de l’apparition progressive des problèmes liés aux "subprime" en 2007.

En ce moment, on a donc un indice Vix qui s’emballe sans que les autres indicateurs, tels le Libor, soient alarmants. Cet emballement résulte des craintes des investisseurs "face à la situation financièrement intenable de certains pays", craintes qui "se sont cristallisées autour des problèmes de la Grèce et d’autres emprunteurs souverains de la zone euro", rappelle l’étude de la BRI.

Le problème, c’est que ces craintes risquent, à terme, d’affecter le redressement économique qui s’était amorcé à l’échelle mondiale. "Face à cette incertitude croissante, les investisseurs ont réduit leur exposition au risque et se sont repliés sur les placements refuges traditionnels", souligne la BRI. "L’annonce d’un vaste plan de sauvetage européen a repoussé pour un temps le risque de contagion, sans parvenir à désamorcer les craintes du marché quant aux perspectives économiques."

Et pour cause: les investisseurs craignent que les restrictions budgétaires des États pèsent sur une croissance économique déjà faiblarde. "Dans ce contexte d’incertitude élevée, les participants au marché se sont focalisés sur les conditions des marchés financiers qui se sont détériorées, tout en ignorant souvent les informations macroéconomiques positives", relève le rapport de la BRI.

"Les Etats-Unis, en particulier, ont obtenu des nouvelles optimistes à propos des perspectives en matière d’emploi et de dépenses de consommation. Le rapport sur l’emploi du mois d’avril, par exemple, faisait état d’un accroissement des postes de travail non-agricoles de 100.000 unités mais l’indice S & P 500 a baissé de 1,5% sur la journée. Des informations positives similaires, aux Etats-Unis ou ailleurs, ont souvent été minimisées ou ignorées par les marchés."

Des marchés qui… marchent donc plus que jamais à la confiance. Dans les prochains mois, cette confiance dépendra en grande partie de la capacité des États à mettre sur pied des politiques budgétaires crédibles et efficaces à moyen terme. Les investisseurs auront besoin d’un contexte budgétaire stable pour soutenir la croissance économique.

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