Le know-how britannique à l'ère du Brexit

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Lorsque M&G Investments a débarqué en Belgique il y a trois ans, le gestionnaire de patrimoine britannique voulait apporter quelque chose de neuf: une alliance d’expérience, de diversification et d’internationalisation. Nombreux sont les investisseurs à avoir été séduits.

Si les racines de M&G Investments remontent au début du XXe siècle, le gestionnaire de patrimoine britannique tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est actif "que" depuis plus de 85 ans. Jusqu’en 1999, M&G était une société indépendante. Cette année-là, elle a été reprise par le géant de l’assurance Prudential, qui avait grand besoin de possibilités d’investissements en "fixed income" (obligations). Pour M&G, son intégration au sein d’un grand groupe lui apportait davantage d’opportunités de développement. "L’expertise s’est beaucoup améliorée, tant en ce qui concerne les produits à usage interne que ceux destinés à la distribution", explique Kelly Hebert, directrice des ventes pour le Benelux. Par exemple, la gamme de fonds Retail a été sensiblement élargie au cours des dix dernières années.

Au niveau géographique aussi, l’intégration dans Prudential a relancé le développement du gestionnaire. "M&G, qui se concentrait surtout sur le Royaume-Uni, s’est ouvert à d’autres pays européens. Nous avons commencé par l’Allemagne, puis la France et l’Italie. Nous sommes également actifs en Belgique depuis trois ans." À la fin de l’an dernier, M&G Investments affichait 351 milliards de livres sterling d’actifs sous gestion, investis dans différentes classes d’actifs: actions, obligations, infrastructures, immobilier, investissements alternatifs et trésorerie. M&G se fait fort d’investir les capitaux qui lui sont confiés de manière responsable et s’appuie pour cela sur le savoir-faire et la créativité de plus de 350 spécialistes.

Parmi ses 7,2 millions de clients, on compte à la fois des particuliers – des petits épargnants aux riches familles –, des investisseurs professionnels, des fonds de pension et des compagnies d’assurance-vie. Le siège social du groupe se situe toujours à Londres, mais la maison est présente dans 16 pays en Europe, en Amérique et en Asie. Les fonds développés par la maison, quant à eux, sont commercialisés dans 23 pays.

D’autres grands changements sont aujourd’hui en vue. Mi-mars, la maison mère Prudential a dévoilé ses projets de scission des activités britanniques et européennes et son intention de les faire coter séparément à la Bourse de Londres. Cette mise en Bourse se fera sous le nom M&G Prudential, sous la direction du patron actuel John Foley. Les activités en Asie, aux États-Unis et en Afrique seront maintenues sous la bannière de Prudential. "Rien ne changera en matière de distribution des fonds M&G", souligne Kelly Hebert.

Belgique

1 milliard
Après trois années de présence en Belgique, M&G gère 1 milliard d’euros d’actifs pour le compte de clients belges.

En Europe continentale, l’Italie représente actuellement le principal marché Retail de M&G. Pour les investisseurs institutionnels, c’est le Benelux, les Pays-Bas en tête. Dans le segment Retail, la Belgique dépasse cependant les Pays-Bas, où le marché est dominé par trois grandes banques. M&G n’est pourtant présent chez nous que depuis trois ans. "Aujourd’hui, nous sommes reconnus comme étant une maison fiable grâce à notre gestion diversifiée. C’est très apprécié en Belgique", poursuit Kelly Hebert. M&G étant pratiquement parti de zéro, sa croissance est spectaculaire: les actifs sous gestion sont passés de 150 millions d’euros il y a trois ans à 1 milliard d’euros aujourd’hui. Une équipe de quatre collaborateurs s’occupe de la vente des fonds M&G dans notre pays. "Nous espérons poursuivre sur notre lancée en Belgique et conclure d’autres partenariats avec des distributeurs de fonds. Si l’évolution des marchés nous le permet, nous aimerions doubler notre taille dans les deux à trois ans."

Autre signe que l’arrivée de M&G en Belgique n’est pas passée inaperçue: le gestionnaire occupe la quatrième place en termes de notoriété. Dans les autres pays européens, la marque est encore plus forte. Lorsque l’on interroge les Britanniques sur les gestionnaires de fonds, ils pensent en premier lieu à M&G, tandis qu’en France et en Italie, la marque occupe la troisième place du podium. Pour exister sur la carte de la Belgique, M&G a mené une campagne de publicité de six mois sur les trams bruxellois et une autre campagne devrait voir le jour sur les trams de la Côte.

Brexit

Comme pour de nombreuses entreprises britanniques actives au niveau international, le Brexit constitue un sérieux problème pour M&G Investments, qui a pris des mesures proactives. "Nous n’avons pas attendu les résultats des négociations sur le Brexit pour mettre sur pied un plan d’attaque", raconte Kelly Hebert. Au début de l’année, quatre fonds (de type "OEIC", ou OpenEnded Investment Company) domiciliés au Royaume-Uni ont été transférés sous forme de fonds équivalents (sicav) au Grand-duché de Luxembourg. Il s’agit de quatre fonds qui sont exclusivement proposés à des clients non britanniques, d’une valeur globale de 10,4 milliards d’euros: M&G European Inflation Linked Corporate Bond Fund, M&G Dynamic Allocation Fund, M&G Income Allocation Fund et M&G Prudent Allocation Fund. Pour Kelly Hebert, deux éléments sont à retenir pour ces transferts: la stratégie des fonds ne change pas (les gestionnaires sont les mêmes) et les fonds conservent leur historique.

Fonds populaires

Les deux fonds de M&G les plus populaires en Belgique sont Dynamic Allocation et Optimal Income. "Ce sont probablement les fonds les moins risqués de notre gamme, souligne Kelly Hebert. Ils offrent donc une certaine sécurité."

M&G Dynamic Allocation est un fonds mixte qui investit dans le monde entier. "Il se distingue par sa gestion diversifiée avec peu d’écarts par rapport à sa stratégie", explique Kelly Hebert. Son gestionnaire, Juan Nevado, se base toujours sur les valorisations pour composer son portefeuille. "Même si son équipe se compose de macro-économistes, elle est arrivée à la conclusion qu’il n’était pas possible de composer un portefeuille sur la base de prévisions macroéconomiques." Dynamic Allocation, qui compte désormais près de 8,5 milliards d’euros d’actifs sous gestion, a affiché un rendement moyen d’un peu plus de 3% au cours des trois dernières années.

"Le marché se soucie peu de la situation dans le sud de l’Europe. Pourtant, les deux partis les plus eurosceptiques ont gagné les élections en Italie."
Florent Delorme
Investment Director M&G

Autre fonds tout aussi demandé: le M&G Optimal Income, qui se concentre sur les obligations mais peut investir jusqu’à 20% en actions. Le gestionnaire n’investit en actions que "dans des circonstances bien précises", c’est-à-dire lorsqu’il estime qu’il pourra obtenir un meilleur rendement en prenant un peu plus de risques. Actuellement, 4,6% des actifs sont investis en actions. Jusqu’à présent, la part des actions n’a jamais dépassé 12%. La stratégie d’Optimal Income est avant tout basée sur les données macroéconomiques, comme la croissance du PIB, l’inflation et la politique de taux. "Ce fonds est véritablement ‘top-down’", explique Kelly Hebert. Optimal Income est géré depuis des années par Richard Woolnough, qui a plus de 30 ans d’expérience. Ces trois dernières années, le fonds a obtenu un rendement annuel moyen de 2,7%.

Kelly Hebert ne doute pas que M&G dispose de "très bonnes stratégies" encore méconnues et par lesquelles il tente de se différencier des autres maisons de fonds. Un exemple est le nouveau fonds M&G Global Listed Infrastructure Fund, qui n’investit pas uniquement dans les infrastructures traditionnelles, telles que les routes, les canalisations d’eau ou les hôpitaux, mais aussi dans de nouvelles infrastructures, par exemple destinées au stockage et au transport de données, ou dans des entreprises comme Netflix. Le nouveau fonds est déjà enregistré en Belgique et a attiré ses premiers clients. L’objectif est de faire mieux que les marchés d’actions mondiaux à l’horizon de cinq ans.

 

Attentes pour 2018

Comment M&G voit-il l’évolution des marchés en 2018? "La situation est contrastée, avec une économie mondiale qui tourne bien, mais avec malgré tout quelques zones d’ombre", explique Florent Delorme, en charge des investissements. Cela fait longtemps que nous n’avons pas connu une telle synchronicité de croissance dans le monde et les experts s’attendent à ce que cette croissance se poursuive au cours des deux prochaines années. Florent Delorme ne considère pas la hausse progressive (et annoncée) des taux aux États-Unis comme un problème, mais plutôt comme un signe positif: une hausse des taux permettra à la Réserve Fédérale d’augmenter sa force de frappe.

Florent Delorme ©RV-DOC

Trois éléments pourraient freiner ce bel optimisme selon lui: tout d’abord, la politique protectionniste du président Trump. "La croissance mondiale dépend fortement du commerce international. Si vous lui mettez des bâtons dans les roues, les prix vont monter, ce qui provoquera une reprise de l’inflation." Mais Florent Delorme ne pense pas que Trump pourra mettre sa politique en place, à cause de l’opposition du Congrès à l’égard de ce protectionnisme agressif.

Une deuxième source d’inquiétude est le niveau de l’inflation américaine. Si elle continue à monter, la Fed augmentera les taux plus rapidement, ce qui pourrait provoquer une correction sur les marchés d’actions. "Si le rendement des obligations augmente, de nombreux investisseurs ne prendront plus le risque d’investir en actions."

Pour Florent Delorme, l’Italie représente aussi un danger potentiel. "Le marché se soucie peu de la situation dans le sud de l’Europe. Pourtant, les deux partis les plus eurosceptiques ont remporté les élections en Italie." Pour l’instant, il ne s’inquiète pas trop. Malgré tout, il est crucial pour la zone euro de ne pas perdre un grand pays comme l’Italie. Vu l’importance de la dette italienne en euros, une sortie de l’Italie pourrait provoquer un choc important.

En ce qui concerne les marchés d’actions, Florent Delorme se montre assez positif. Il parle "d’économie florissante" et de valorisations encore très raisonnables au Japon et dans la zone euro. Les Bourses sont devenues beaucoup plus volatiles qu’en 2017 (année anormalement calme), ce qu’il voit comme une bonne chose. "Toute correction apporte aussi son lot d’opportunités".

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