Les 7 thèmes de prédilection des gestionnaires de fonds en 2019

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Les gestionnaires de fonds belges sont modérément optimistes pour 2019. "Les fondamentaux sont encore bons, mais les risques politiques justifient la prudence."

Les marchés d’actions devraient clôturer l’année 2018 sur des pertes importantes. À la mi-décembre, les Bourses européennes avaient ainsi perdu plus de 10% sur toute l’année. Assistera-t-on à une forte reprise en 2019? Les stratèges des sociétés de gestion de fonds que nous avons interrogés ne le pensent pas, même s’ils estiment que les Bourses pourraient se retrouver dans le vert. Ils s’attendent en moyenne à des gains de 6% (dividendes compris) pour l’ensemble des marchés mondiaux.

Cet optimisme modéré se traduit par une légère hausse de la pondération des actions dans les portefeuilles. Dans un portefeuille neutre, qui investit en moyenne 50% en actions, celles-ci devraient représenter 51% du portefeuille début 2019. "La croissance économique reste solide. Idem pour les bénéfices des entreprises, mais malheureusement aussi pour les incertitudes", résume Luc Aben, de Van Lanschot Bankiers, qui fait allusion aux nombreux dangers qui menacent, comme la guerre commerciale, le Brexit et les risques politiques en Europe (lire encadré).

Les principaux risques pour 2019

1. La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine

2. Le Brexit

3. Les troubles politiques en Europe (Italie, France, etc.)

4. Un ralentissement plus net qu’attendu de la croissance économique américaine

5. L’absence de l’arme des taux en cas de ralentissement de la croissance européenne.

On est toutefois frappé par le fait que dans ce portefeuille neutre, les obligations représentent encore 35%, ce qui semble beaucoup dans un environnement où les taux devraient grimper. Car les obligations sont généralement vulnérables dans un contexte de hausse des taux, leur cours évoluant inversement aux taux d’intérêt. Pour les sociétés de gestion de fonds, elles devraient cependant continuer à jouer un rôle essentiel en tant qu’instrument de diversification. "Malgré le faible rendement attendu, elles conservent leur rôle de matelas de sécurité en cas de dérapage, par exemple dans les négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis", explique Sebastiaan Grenné, d’Argenta.

Tom Mermuys, de KBC Asset Management, ne dit pas autre chose et rappelle le rôle stabilisateur des obligations, tout en émettant quelques réserves. "Les obligations peuvent absorber les fluctuations sur les marchés d’actions, certes, mais ce n’est pas le cas de toutes les obligations, nuance-t-il. Dans leur recherche de rendement, de nombreux investisseurs ont pris davantage de risques. Et c’est dangereux!

Par exemple, les obligations à haut rendement offrent un coupon plus généreux, mais lorsque la tempête éclate sur les marchés financiers, elles sont souvent entraînées dans la chute et dans ce cas, on ne parle plus de rôle stabilisateur!"

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Autre fait marquant: les portefeuilles neutres détiennent aujourd’hui davantage de liquidités. La pondération moyenne du cash devrait se situer à pas moins de 12% au début 2019. Pol Pierret, d’AXA Investment Managers, souligne qu’il faut s’attendre à une hausse de la volatilité au cours des prochains mois. "La guerre commerciale et le Brexit justifient cette part importante de cash. Elle pourra être investie dès que nous y verrons plus clair", ajoute-t-il.

En 2019, les liquidités devraient donc être considérées comme une classe d’actifs stratégique, mais dans les catégories des actions et des obligations, les sociétés de gestion de fonds ont aussi des idées bien précises. Les sept thèmes suivants ont été présentés comme prioritaires par la plupart d’entre elles.

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1. Actions américaines

En termes de zones géographiques, les sociétés de gestion de fonds préfèrent clairement les actions américaines. Pour Ken Van Weyenberg, de Candriam, le marché américain est un des choix les plus "sûrs". "Les actions américaines correspondent à bon nombre de nos critères de sélection. La croissance économique actuelle est supérieure à celle des autres pays développés. Grâce à la politique ‘America First’, nous nous attendons à une croissance économique de 2,5% en 2019, ce qui pourrait entraîner une hausse moyenne de 7% des bénéfices des entreprises. Par ailleurs, la valorisation (ratio cours/bénéfice, NDLR) des actions a reculé de plus de 15% suite à la forte hausse des bénéfices. Le ‘derating’est désormais derrière nous", explique-t-il, faisant allusion à la correction d’octobre dernier. Kristel Cools, responsable de la gestion de fonds chez Puilaetco Dewaay Private Bankers, qualifie les actions américaines de "refuge par excellence". "De plus, les baisses d’impôts ont permis aux entreprises de générer davantage de cash", ajoute-t-elle.

2. Actions de marchés émergents

Deuxième "thème" de prédilection: les marchés émergents. "Ces actions ont été lourdement pénalisées et sont donc faiblement valorisées. Nous voyons aussi moins de ‘menaces’ de hausse du dollar américain. Nous nous attendons même plutôt à ce qu’il baisse légèrement", estime Luc Aben. Pour Ken Van Weyenberg, la prime de risque  conséquence de la correction boursière  a beaucoup augmenté en 2018. "La valorisation est aujourd’hui comparable à des inédits depuis la crise de 2015-2016.

Quid des taux?

Cela fait plusieurs années que les taux d’intérêt à long terme se traînent à des niveaux historiquement bas. Les sociétés de gestion de fonds ne s’attendent pas à des changements majeurs en 2019. "Pour les 12 prochains mois, nous voyons le taux à long terme belge remonter aux alentours de 1,25-1,50%. Le changement progressif de politique monétaire de la Banque Centrale Européenne devrait peser sur les taux à cause de la disparition d’un acheteur important. En même temps, les niveaux de croissance et d’inflation ne devraient pas pousser les taux vers des sommets", explique Rudy Vermeersch, de Société Générale Private Banking. Chez Capfi Delen, les experts s’attendent à ce que ces taux restent à des niveaux oscillant entre 0,5 et 1% en 2019. Tom Mermuys, de KBC, prévoit de son côté une hausse plus marquée. "Nous nous attendons à ce que le taux belge à dix ans passe à 1,85% en 12 mois", estime-t-il.

Le risque d’une nouvelle escalade de la guerre commerciale est réel, mais il a déjà été en partie intégré par les marchés", poursuit-il. Même optimisme chez Capfi Delen Asset Management, mais avec une préférence pour l’Asie. "C’est dans cette région que le potentiel est le plus élevé et les risques politiques les moins importants", estiment les gestionnaires.

3. Actions pharmaceutiques

Plusieurs stratèges citent le secteur pharmaceutique parmi leurs préférés. "Ce secteur défensif a notre préférence vu les généreux cash-flows générés par les entreprises pharmaceutiques et la solidité de leurs bilans. De plus, la valorisation du secteur en Europe se situe encore en dessous de la moyenne des dix dernières années. Autre avantage: le cycle positif d’innovation devrait réussir à compenser les pertes de brevets", estime Rudy Vermeersch, de Société Générale Private Banking. Pour Kristel Cools, la visibilité des bénéfices représente un autre atout du secteur.

4. Actions "value"

On remarquera aussi que les sociétés de gestion de fonds apprécient les actions dites "value". Pour Christofer Govaerts, de Nagelmackers, l’année 2019 pourrait marquer la reprise de ce type d’actions. "Mais il faut être attentif aux valeurs cycliques et tenir compte des moments de faiblesse éventuels de la conjoncture. Avec les valeurs défensives, il faut se montrer vigilant sur le plan de la valorisation. C’est pourquoi nous estimons qu’il vaut mieux ne pas se laisser séduire par des convictions prononcées. L’année 2018 nous a appris que rien n’était jamais gagné. Peut-être 2019 sera-t-elle celle des actions ‘value’?" analyse-t-il.

Pol Pierret évoque lui aussi ces actions. "À l’heure actuelle, il vaut mieux privilégier la valeur par rapport à la croissance, vu que la conjoncture économique est devenue plus difficile. Le rendement du dividende des actions ‘value’ peut être un atout, en particulier dans un environnement qui devient de plus en plus volatil", explique-t-il.

5. Obligations de marchés émergents

Dans la catégorie des obligations, les risques sont inévitables si l’on veut obtenir un peu de rendement. Les sociétés de gestion de fonds accordent leur préférence aux obligations de marchés émergents. "Ce segment a subi une forte correction l’an dernier et représente une opportunité d’augmenter le rendement de la partie obligataire d’un portefeuille. Mais nous privilégions clairement les obligations souveraines", explique Rudy Vermeersch. Pour Candriam, la stabilisation du dollar américain joue dans l’avantage de cette catégorie d’obligations. "Ces derniers mois, les pays émergents fortement endettés en dollars se sont retrouvés sous pression à cause de la hausse du billet vert. Dans un contexte de stabilisation du dollar, nous estimons qu’un rendement courant moyen de plus de 6,5% est intéressant", poursuit Ken Van Weyenberg. Werner Wuyts, de Dierickx Leys, met cependant en garde: "Tant que la banque centrale maintiendra sa politique restrictive, cela pèsera sur les flux de capitaux en direction des pays émergents. Il faudra attendre une pause dans la hausse des taux pour que le potentiel des pays émergents augmente à nouveau", analyse-t-il.

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6. Investissements "verts"

Les investissements durables font aussi partie des sujets qui font l’unanimité. "Un des principaux thèmes d’investissement pour 2019 (et au-delà) est la durabilité. Elle est inscrite dans l’ADN d’Argenta et nous souhaitons miser de plus en plus sur ce thème dans nos portefeuilles d’investissement. Non seulement parce qu’elle intéresse un nombre croissant de nos clients, mais aussi et surtout parce que nous croyons que les critères de durabilité permettent d’obtenir un meilleur rendement sur le long terme", explique Sebastiaan Grenné. Luc Aben y voit un double avantage: "Les investissements durables ne sont pas uniquement une question de responsabilité. D’un point de vue strictement financier, la mise en place d’une stratégie en matière de durabilité est aussi un signe de la qualité du management et de l’entreprise, ce qui se traduit au final par de meilleurs résultats".

Chez Puilaetco Dewaay, les experts s’intéressent principalement aux obligations "vertes", en d’autres termes, aux crédits accordés à des projets écologiques ayant un impact direct. "Avec la prise de conscience des problèmes climatiques, cette classe d’actifs devrait jouer un rôle important, car ces obligations ont un impact réel, en soutenant directement des initiatives positives pour l’environnement", ajoute Kristel Cools.

7. Technologie

Le secteur technologique semble incontournable. "La technologie est notre secteur préféré parce que les valorisations sont revenues à des niveaux raisonnables depuis la correction, tandis que les perspectives de croissance et de bénéfice restent positives", explique-t-on chez Capfi Delen Asset Management. Même son de cloche chez KBC Asset Management: "Nous recherchons les entreprises affichant une forte hausse des bénéfices et des valorisations acceptables. Le secteur technologique répond parfaitement à ces critères", ajoute Tom Mermuys.

De plus, la technologie est un secteur d’avenir. "Regardez comment les fintechs sont en train de bouleverser le secteur financier, explique-t-on chez Capfi Delen. Christofer Govaerts ne pense pas autre chose. L’intelligence artificielle est en train de faire une percée qui n’est pas près de s’arrêter et elle a déjà révolutionné le secteur des investissements alternatifs. Cette évolution est irréversible et la technologie devrait continuer à s’imposer dans de nombreux autres domaines", estime-t-il. Chez Argenta, les experts ont choisi entre autres le thème de la robotique. "L’usage des robots augmente d’année en année et les entreprises qui misent sur cette évolution ont à nos yeux une longueur d’avance. Mais ces sociétés ne peuvent être regroupées dans un secteur spécifique, car la robotique se retrouve dans quasiment tous les domaines", conclut Sebastiaan Grenné.

Et les matières premières?
→ Or

Dans notre enquête, l’or n’a pas recueilli beaucoup de suffrages. Pour les 12 prochains mois, les stratèges s’attendent à un cours proche du niveau actuel. Malgré la hausse attendue de la volatilité, l’or semble avoir quelque peu perdu son statut de valeur refuge. "L’or ne génère aucun revenu, les frais de garde sont élevés, vous ne pouvez pas l’utiliser comme capital et son utilisation est très limitée. Il est impossible de fixer une valeur rationnelle, car sa valeur ne dépend que de la conviction des investisseurs que d’autres personnes lui accorderont davantage de valeur et le rachèteront plus cher", explique Werner Wuyts.

→ Pétrole

Selon les stratèges, le cours du pétrole devrait osciller en 2019 dans une fourchette étroite. "À long terme, nous nous attendons à un niveau entre 60 et 80 dollars le baril. Parce que c’est le niveau auquel de nombreux projets peuvent être lancés. Et si le prix est trop bas pour justifier les investissements, l’offre se réduira progressivement, ce qui fera remonter les prix", explique-t-on chez Capfi Delen Asset Management. Werner Wuyts confirme cette analyse. "Nous ne manquons pas de pétrole. Ces dernières années, les États-Unis ont beaucoup investi dans des installations d’extraction de pétrole de schiste. Trump a prévu de nombreuses exceptions pour l’Iran, avec pour résultat que le boycott n’a pas d’impact réel sur l’approvisionnement en pétrole. Le prix devrait donc fluctuer autour des niveaux actuels".

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