"Les actions des marchés émergents ont leur place dans tout portefeuille"

©CHINAFOTOPRESS/MAXPPP

Les résultats décevants et l’émergence de nouveaux risques sur les marchés émergents ont effrayé de nombreux investisseurs. Mais la meilleure stratégie n’est pas de sortir totalement de ces marchés.

Cela fait des années que l’on associe les actions des marchés émergents avec des rendements élevés. Mais ceux qui ont investi en Asie et en Amérique Latine ces cinq dernières années ont dû déchanter : les rendements moyens – exprimés en euros – ne dépassent guère 4,8% par an, soit bien moins que le rendement des fonds d’actions qui investissent aussi aux États-Unis et en Europe. Ces fonds affichent un confortable rendement annuel moyen de 11,7%.

C’est donc une leçon pour les investisseurs : les perspectives de croissance économique ne sont pas toujours synonymes de hausse des rendements. Les Bourses ne reflètent en effet pas toujours de manière correcte la (bonne) santé de l’économie locale. C’est le cas lorsque cette économie est, par exemple, dominée par des sociétés familiales non cotées ou par des entreprises publiques.

Investir dans les pays émergents

Avantages

  • Le potentiel de croissance est élevé grâce à l’évolution démographique.
  • Les entreprises se préoccupent davantage de la satisfaction de leurs actionnaires.
  • Les Bourses exotiques deviennent plus matures.
  • Ces marchés assurent une meilleure diversification du portefeuille

Risques

  • Hausse des taux aux États-Unis et remontée du dollar.
  • Bulle du crédit en Chine.
  • Baisse des prix des matières premières.
  • Conflits géopolitiques

Ces marchés ne sont pas sans risque, comme on l’a vu ces cinq dernières années. La situation géopolitique en Russie et au Moyen-Orient et la montagne de dettes qui s’accumule en Chine pèsent sur les marchés émergents. La plus grande menace devrait cependant plutôt venir de l’évolution des taux des États-Unis et de la hausse du dollar. " Si les États-Unis augmentent leurs taux, cela pourrait également provoquer une sortie de capitaux des marchés émergents ", explique Devan Kaloo d’Aberdeen Asset Management, tout en ajoutant que cette baisse éventuelle pourrait être de courte durée. Richard Titherington, de JP Morgan Asset Management, pointe le dollar du doigt: "Nous croyons qu’il est justifié de s’inquiéter de la hausse du dollar", explique-t-il. Une remontée du dollar et des taux aux États-Unis rendrait les actions et obligations américaines à nouveau plus attrayantes.

Wojciech Stanislawski, de Comgest, souligne que la baisse des prix des matières premières a également fait fuir les investisseurs des marchés émergents. "Ces cinq dernières années, l’évolution des bénéfices a déçu, vu que les entreprises des pays émergents dépendent des matières premières et de l’énergie. Les cycles des matières premières sont longs, et cela peut donc prendre un certain temps avant que la surcapacité soit absorbée", explique-t-il.

Les fonds des marchés émergents ont donc enregistré des sorties nettes au cours des derniers mois. Les gestionnaires de fonds sont eux-mêmes devenus plus prudents. Une récente enquête de la Bank of America Merrill Lynch révèle qu’une majorité de gestionnaires ont réduit le poids des actions des marchés émergents.

Opportunités

Une sous-pondération ne signifie malgré tout pas encore que les marchés émergents doivent être mis de côté. " Il n’est pas pensable qu’il n’existe aucune opportunité d’investissement dans une classe d’actifs qui domine la majeure partie de la population de la planète et représente une grande partie de l’économie mondiale. A long terme, les raisons d’investir dans les économies émergentes n’ont pas changé. Les perspectives de croissance restent bonnes grâce à l’évolution démographique, aux investissements dans les infrastructures, et à la consommation intérieure", soutient ainsi fermement Richard Titherington.

Les actions des marchés émergents ont leur place dans tout portefeuille, ne serait-ce que dans un but de diversification. Les analyses des rendements historiques démontrent que les actions des pays émergents ont connu une dynamique différente de celles des actions américaines et européennes. Cette réalité se reflète aussi dans les valorisations. Pour les gestionnaires, les actions des pays émergents sont aujourd’hui relativement bon marché par rapport aux actions américaines. A 2,6%, le rendement du dividende des actions émergentes dépasse déjà celui des actions américaines (2%).

Emergents: mode d’emploi

©IPADgraph

Même si les actions individuelles des sociétés de pays émergents sont de plus en plus accessibles aux investisseurs, la meilleure manière d’investir tout en restant diversifié est d’opter pour un fonds d’investissement. La plupart du temps, il n’est pas évident de choisir entre un fonds indiciel bon marché (tracker) et un fonds géré activement, mais pour les actions de marchés émergents, la question se pose à peine: les fonds gérés activement remportent la palme. Non seulement parce que ces marchés sont traditionnellement moins efficaces - et donc recèlent des opportunités pour les gestionnaires actifs -, mais aussi parce que les indices des marchés émergents excluent un grand nombre d’entreprises et de pays attrayants.

Les investisseurs qui optent pour un fonds géré activement doivent s’assurer que le fonds mérite bien son qualificatif. Différents indicateurs comme " l’active share " et la " tracking error " sont déjà très éclairants. Optez donc pour un fonds qui applique l’approche " bottom-up ". Ici, le gestionnaire passe au crible des sociétés individuelles dont il ne retient que les meilleures. D’autres gestionnaires travaillent avec une approche " top-down " et accordent la priorité à la composition sectorielle de leur fonds. Les analyses des performances des fonds de marchés émergents révèlent que c’est surtout le premier groupe – les "stock pickers" – qui s’en sortent le mieux (voir tableau).

Il faut aussi tenir compte du risque. Les fluctuations des fonds de marchés émergents sont généralement de plus grande amplitude que celles des fonds d’actions occidentales. Une raison explique ce phénomène: les profils de risque des différents marchés émergents sont beaucoup plus hétérogènes. Vu que les fonds ont tendance à se spécialiser – tel fonds investira presque exclusivement en actions asiatiques tandis qu’un autre se concentrera davantage sur l’Amérique Latine -, il vaut mieux répartir ses avoirs sur plusieurs fonds ou opter pour un fonds suffisamment diversifié sur le plan géographique.

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