Les fonds cotés tirent parti de nombreux pôles de croissance

Les investissements durables sont en train de s’insinuer sur le marché des ETF et devraient en représenter le principal pôle de croissance. ©AFP

Depuis le début de l’année, plus de 400 milliards de dollars d’argent frais ont été investis dans des fonds cotés ou ETF. Derrière cette hausse spectaculaire se cachent trois pôles de croissance importants, estiment les spécialistes.

Le premier Exchange Traded Fund (ETF) a vu le jour en 1990. Au début, il s’agissait uniquement de fonds répliquant passivement les indices, ce qui leur a valu l’appellation de «trackers». Aujourd’hui, les ETF – qui représentent 7.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion – sont bien plus que les équivalents passifs des fonds d’investissement gérés activement.

Grâce à leur simplicité, leurs faibles coûts et leur accessibilité, ils sortent lentement de l’ombre des fonds d’investissement traditionnels. Les spécialistes distinguent trois pôles de croissance importants.

1. Trackers durables

Cela n’étonnera personne si les investissements durables sont en train de s’insinuer sur le marché des ETF, comme ce fut le cas avec le secteur des fonds traditionnels. Selon une enquête menée par JPMorgan Asset Management auprès de 320 investisseurs professionnels du monde entier, les ETF durables devraient représenter le principal pôle de croissance du marché des ETF. Le concept de durabilité, mieux connu sous l’acronyme ESG, concerne l’Environnement, la Société et la Gouvernance.

Mais cette démarcation n’est pas toujours très claire. «On rencontre une grande diversité parmi les indices ESG et les ETF ESG», explique Jill Rootsaert, responsable de la distribution des ETF au Benelux pour JPMorgan Asset Management. «Leur popularité dépend de l’indice dont ils sont issus. Pour les actions américaines, l’indice S&P500 est plus populaire que l’indice MSCI USA. La difficulté pour les investisseurs consiste à comprendre l’analyse de durabilité qui se cache derrière l’indice», poursuit Rootsaert.

"Nous constatons qu’un nombre croissant d’ETF thématiques peuvent être considérés comme durables."
Jill Rootsaert
Responsable de la distribution des ETF au Benelux, JPMorgan Asset Management

Par ailleurs, on constate de plus en plus de convergences entre les ETF thématiques et les ETF ESG. «Nous constatons qu’un nombre croissant d’ETF thématiques peuvent être considérés comme durables. C’est par exemple le cas des fonds sur le thème des changements climatiques», explique Rootsaert.

Charles Symons, responsable des ventes des trackers iShare de BlackRock Belgique et Luxembourg, répartit les ETF durables en deux catégories. «D’une part, les produits thématiques, qui peuvent miser sur un thème durable, via par exemple des entreprises du secteur de l’eau, ou celles dont les activités permettent d’atteindre les objectifs climatiques des Nations Unies. Et d’autre part, les indices géographiques qui s’intéressent aux régions durables et sur lesquelles un filtre de durabilité est appliqué.» Ce filtre peut prendre plusieurs formes. Il peut s’agir d’exclusion de certaines entreprises, ou de «enhanced», où une réévaluation est réalisée en plus de l’exclusion pour chercher à atteindre un objectif spécifique, comme la réduction des émissions de CO2. Il peut aussi s’agir d’indices avancés qui appliquent le principe de «best in class». Selon notre spécialiste, de nombreuses maisons de fonds et fonds de pension se situent à l’étape un ou deux. «Les indices sont encore mesurés par rapport à l’indice principal (non durable). Tout écart significatif a un impact sur la gestion du risque», explique Symons.

Les indices de la famille MSCI sont leaders dans les investissements durables. Ils proposent quatre niveaux: Screened, Enhanced, Leaders et ISR. Les indices de S&P, Dow Jones et Stoxx sont basés sur les recherches de Sustainalytics. «Systainalytics et MSCI disposent de vastes équipes de recherche qui ont accès à d’énormes quantités de données ainsi qu’à de nombreuses analyses internes et externes d’entreprises. La qualité de leurs recherches ne cesse de s’améliorer et leurs rapports sont beaucoup plus approfondis qu’il y a quelques années. Cela ne signifie pas que des erreurs ne se produisent jamais, mais elles sont très limitées. Les gestionnaires actifs utilisent souvent les mêmes entreprises (Sustainalytics et MSCI) pour définir leur univers d’investissements durables», poursuit Symons.

2. ETF actifs

Les ETF actifs et les ETF «smart beta» constituent un deuxième pôle de croissance. Les ETF actifs peuvent suivre (ou non) un indice de référence, mais ont pour ambition de s’en écarter via une gestion active. Les ETF «smart beta» ou «factor» suivent de près un indice, mais cet indice est pondéré par des facteurs comme la qualité, le rendement du dividende, la volatilité, etc., et non pas basé exclusivement sur la capitalisation boursière.

L’enquête de JPMorgan Asset Management révèle également que près de 40% des capitaux que les clients investissent dans des ETF devraient l’être dans des ETF actifs ou smart beta d’ici 2023. «Les ETF actifs et smart beta sont de plus en plus considérés comme des instruments destinés à ajouter de l’alpha aux portefeuilles ou à atteindre des objectifs d’investissement spécifiques. Nous constatons d’importants changements dans la manière dont les investisseurs utilisent les ETF dans leur portefeuille. Pour beaucoup d’entre eux, cela va bien au-delà des stratégies purement passives», explique Rootsaert.

«Nous constatons d’importants changements dans la manière dont les investisseurs utilisent les ETF dans leur portefeuille.»
Jill Rootsaert
Responsable de la distribution des ETF au Benelux, JPMorgan Asset Management

Pour Symons, c’est l’offre qui pousse la croissance des ETF actifs. «Pour un nouvel acteur en ETF, il est très difficile de se différencier en proposant un énième ETF répliquant le S&P500 ou l’Euro Stoxx 50. Les ETF actifs offrent cette possibilité», poursuit-il. Un avantage important des trackers, c’est que leur distribution n’exige aucun contrat ni infrastructure. Il suffit d’avoir un accès à la bourse. «Pour de nombreux acteurs, c’est une manière de garantir la distribution de leurs fonds, même si la part des ETF actifs est encore très limitée», ajoute-t-il.

3. ETF à taux fixe

En cette période de taux bas, les ETF qui misent sur le marché des titres à taux fixe remportent beaucoup de succès. «Pour moi, c’est là que se situe le moteur de croissance de ces dernières années», estime Symons. «Avec les taux bas et une volatilité élevée, le marché des titres à taux fixes connaît une disruption. La crise des marchés des titres à taux fixe en mars a montré que les ETF avaient fait exactement ce qu’ils devaient faire: apporter de la liquidité aux investisseurs qui souhaitaient entrer ou sortir», conclut-il.

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