"Les obligations américaines reprennent peu à peu de la valeur"

Les obligations souveraines américaines à dix ans offrent à nouveau un rendement de 1% supérieur à l’inflation, une première depuis 2010. ©AFP

Avec la hausse des taux aux États-Unis, les obligations américaines reprennent de la valeur. Idem pour les obligations souveraines de pays émergents. Mais la prudence reste de mise pour Columbia Threadneedle.

2018 est une année à oublier pour les investisseurs en actions comme en obligations. En matière d’obligations, seuls les emprunts souverains espagnols et australiens ont permis d’engranger quelques gains. Mais la plupart des autres actifs ont clairement déçu. "En 2018, 90% des actifs ont affiché des rendements négatifs. C’est une situation plutôt exceptionnelle, pire même qu’en 2008, l’année de la grande crise financière", estime David Oliphant, directeur des produits à rendement fixe chez le gestionnaire de patrimoine Columbia Threadneedle. La maison anglo-saxonne gère 485 milliards de dollars (426 milliards d’euros), dont 40% sont investis dans des obligations et autres produits à rendement fixe.

Et 2019 ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices, même si les marchés devraient offrir des opportunités suite à la baisse des cours. "L’économie mondiale reste en assez bonne forme, explique David Oliphant, confiant. Mais nous constatons que la situation se dégrade, notamment en Europe, à cause du recul de la confiance des entrepreneurs. Pour l’instant, l’inflation n’est pas un problème, mais c’est un facteur qu’il faut tenir à l’œil. La pénurie de main-d’œuvre pourrait provoquer une hausse des salaires et des prix de vente des produits de grande consommation. Pour l’instant, le succès des ventes en ligne comme Amazon, la perte de pouvoir des syndicats et la hausse de la productivité permettent d’éviter de trop fortes augmentations de prix. Mais personne ne sait combien de temps cela durera."

Columbia Threadneedle
  • Columbia Threadneedle gère 485 milliards de dollars, emploie 2.000 collaborateurs et a des bureaux dans 18 pays.
  • Columbia Threadneedle est la filiale spécialisée en gestion de patrimoine du groupe Ameriprise Financial, un géant financier coté à la Bourse de New York.
  • Les gestionnaires se basent sur une sélection active de titres qui met l’accent sur les rendements et la gestion des risques.

Par ailleurs, le stratège souligne l’augmentation des risques géopolitiques. "On ne peut pas ignorer que la croissance économique de ces dernières années a surtout profité à la classe sociale aisée, qui détient les actifs. Il n’est pas illogique que la population se rebiffe. C’est ce qui a conduit à l’élection de Donald Trump aux États-Unis, au Brexit et aux changements de régime dans des pays comme le Mexique, le Brésil ou l’Italie. Nous devons patienter pour voir où la montée du populisme et du nationalisme nous mènera. La présence de leaders autoritaires, comme c’est le cas en Turquie, en Russie et en Arabie Saoudite, augmente encore les risques."

Autre cap difficile à passer: la fin de l’aide des banques centrales. "Nous allons passer de taux ultra-bas à des taux bas. C’est comme lorsqu’un patient arrête progressivement de prendre ses médicaments", explique David Oliphant. La fin des rachats d’obligations ou la hausse de taux devrait peser sur le marché obligataire.

Dans ce contexte, il est essentiel de rechercher des obligations susceptibles d’offrir un bon rendement, sans présenter trop de risques. Mais où les trouver? "Pour la première fois depuis longtemps, les obligations américaines reprennent progressivement de la valeur, explique le gestionnaire. Les rendements réels des bons du Trésor américain (rendement net en tenant compte de l’inflation, NDLR) se rapprochent de leur plus haut niveau en huit ans." Concrètement, les obligations souveraines américaines à dix ans offrent à nouveau un rendement de 1% supérieur à l’inflation, une première depuis 2010. Le différentiel de rendement du papier américain par rapport aux obligations souveraines européennes est aujourd’hui supérieur à 2,5%.

"Les obligations à haut rendement sont elles aussi redevenues plus intéressantes. Les cours ont beaucoup reculé, alors que le pourcentage de défauts de paiement reste très faible. Mais historiquement parlant, la prime de risque est malgré tout inférieure à la moyenne."

Le problème des obligations américaines pour un investisseur européen, c’est qu’elles sont émises en dollars. "Les coûts pour se protéger contre une baisse du dollar sont relativement élevés. Mais nous pensons que le billet vert est proche de son sommet. Conclusion: cela vaut la peine de se couvrir contre le risque de change."

Les obligations de certains pays émergents sont intéressantes également. "Il faut cependant être sélectif, souligne David Oliphant. Nous sommes prudents envers le Mexique et le Brésil. Les Mexicains ont fait le choix d’un gouvernement de gauche, avec les conséquences que cela implique. Ils ont par exemple arrêté la construction d’un aéroport après un référendum dont le taux de participation ne dépassait pas 1%! Les Brésiliens ont fait le choix contraire. Nous verrons ce qu’un gouvernement de droite signifiera pour l’économie du pays."

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