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"Les petits fonds de pension vont être en difficulté"

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Le consultant Aon déconseille la mise en place de fonds de pension si les actifs n’atteignent pas 100 millions d’euros. Les fonds de pension coûtent de plus en plus cher aux entreprises en raison de la hausse des contraintes administratives.

Lorsqu’elles souhaitent mettre sur pied une pension complémentaire, les entreprises ont souvent recouru aux formules d’assurance-groupe à taux garanti (branche 21). Plus onéreuse, la mise en place d’un fonds de pension était réservée à une minorité d’entreprise.

L’effondrement des taux d’intérêt lors des dernières années a toutefois entraîné une remise en question de ce système, les contraintes d’investissement des assurances-groupe étant avant tout destinées à éviter une perte en capital, en maintenant une grande partie des actifs sur des obligations souveraines dont le rendement actuel ne permet toutefois plus de couvrir l’inflation. Elles empêchent donc dans la pratique d’atteindre une performance élevée sur les capitaux investis.

Thierry Verkest, partner auprès de la société de consultance Aon Belgium, souligne qu’il est aujourd’hui temps de changer de cap pour de nombreuses sociétés. "Si je conseillais auparavant aux entreprises de mettre en place un fonds de pension au niveau de leur entreprise à partir de 40 millions d’euros, la faiblesse des rendements obligataires et la hausse des contraintes administratives et réglementaires a aujourd’hui porté ce seuil vers les 100 millions d’euros."

"Si je conseillais auparavant aux entreprises de mettre en place un fonds de pension au niveau de leur entreprise à partir de 40 millions d’euros, la faiblesse des rendements obligataires et la hausse des contraintes administratives et réglementaires a aujourd’hui porté ce seuil vers les 100 millions d’euros."
Thierry Verkest
Partner Aon Belgium

 

Un fonds de pension devra nommer un actuaire, un réviseur, un responsable de la "compliance", un auditeur interne et externe, sans oublier un gestionnaire. Ces personnes sont parfois nommées en interne, ce qui a également un coût en termes de temps disponibles pour des personnes qui ont d’autres fonctions dans la société. "Bref, cela coûte très cher si les actifs ne sont pas suffisamment importants." Or, en Belgique, 75% des fonds de pension n’atteignent pas les 100 millions d’euros en actifs sous gestion, ce qui signifie que "la grande majorité des fonds de pension belges coûtent trop cher aux entreprises qui les mettent en place".

75%
75% des fonds de pension belges n’atteignent pas les 100 millions d’euros en actifs sous gestion.

En outre, les contraintes réglementaires ne vont aller qu’en augmentant, notamment avec une nouvelle directive européenne (IORP II) qui devrait entrer en vigueur au début de l’année prochaine. "Les fonds de pension vont devoir augmenter leurs mesures de contrôle du risque, ce qui va nécessiter des frais additionnels, notamment en raison du besoin de nommer une personne (interne ou externe) qui va devoir s’occuper de ces aspects, y compris le reporting qui sera nécessaire auprès des autorités de contrôle. Bref, pour les petits fonds de pension, cela va encore renforcer l’écart avec les plus grands fonds de pension et rendre leur existence plus difficile", souligne encore Thierry Verkest.

Pourtant, les fonds de pension ont des avantages importants par rapport aux formules d’assurance- groupe, notamment une flexibilité beaucoup plus grande dans la stratégie d’investissement, qui va permettre d’adopter des approches beaucoup plus innovantes, et de ne pas se limiter à un portefeuille majoritairement obligataire dans un contexte de normalisation des politiques monétaires au sein des grands pays occidentaux. Ils pourront également aller chercher les meilleurs gestionnaires du marché pour s’occuper des capitaux qui leur sont confiés.

Fonds multi-entreprises

La solution sera donc probablement de passer à un fonds multi-entreprise, afin de pouvoir déléguer une grande partie des contraintes administratives et réglementaires à un acteur spécialisé qui va pouvoir proposer ces services à un prix très attractif, tout ayant la possibilité de conserver ses spécificités dans la gestion des fonds et les couvertures qui seront attachées aux engagements pris envers le personnel (assurance-maladie, invalidité, décès).

"En Belgique, nous avons ainsi déjà une dizaine d’entreprises qui ont rejoint notre fonds multi-entreprise (United Pensions), pour des actifs sous gestion qui dépassent aujourd’hui 300 millions d’euros. Un autre avantage d’un fonds multi-entreprise est de pouvoir diminuer radicalement le seuil d’accès, puisque les actifs sous gestion doivent arriver à 10 millions d’euros durant les 10 prochaines années pour pouvoir y donner accès", souligne Thierry Verkest. Il est en effet souvent très difficile dans la pratique de dénouer des contrats d’assurance-groupe et de transférer les actifs vers un fonds de pension, car cela nécessite un accord signé avec l’ensemble des membres (actuels et passés) du personnel, ce qui peut s’avérer fastidieux; et différentes compagnies d’assurance auront tendance à pénaliser lourdement les sorties des contrats en cours.

… et paneuropéen

La solution d’un fonds multi-entreprise paneuropéen sera quant à elle destinée aux sociétés qui ont des filiales dans plusieurs pays, et qui souhaitent unifier les couvertures offertes à l’ensemble de leurs employés. Elle permet également d’intégrer plus rapidement les employés qui arriveraient dans l’entreprise suite à une acquisition, afin de ne pas avoir plusieurs schémas de pension concurrents au sein d’une même entreprise.

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