Ne confiez pas votre argent à un robot les yeux fermés

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Le secteur financier n’échappe pas à la robotisation. Plusieurs acteurs offrent la possibilité d’investir dans des portefeuilles de fonds et de trackers gérés par des algorithmes. Mais est-ce réellement une bonne idée de confier votre argent à un robot?

Les bouleversements provoqués par les progrès technologiques touchent aussi le secteur financier. L’émergence rapide des robots-conseillers en est un bel exemple. Ces robots vous offrent la possibilité, après que vous avez rempli un questionnaire en ligne, d’investir dans un portefeuille de fonds adapté à votre profil de risque. Ces portefeuilles sont souvent gérés automatiquement sur la base de modèles mathématiques.

À l’heure actuelle, les robots-conseillers gèrent près de 400 milliards de dollars d’actifs. Et les prévisions sont très prometteuses. D’après un rapport du cabinet de consulting Deloitte, les robots-conseillers devraient se voir confier 16.000 milliards de dollars à l’horizon 2025, soit trois fois plus que les montants gérés aujourd’hui par BlackRock, de loin le plus grand gestionnaire d’actifs au monde.

16.000 milliards
de dollars
C’est le montant qui devrait être géré par les robots-conseillers à l’horizon 2025.

Alors qu’au début les robots-conseillers étaient surtout utilisés aux Etats-Unis, la tendance a aujourd’hui traversé l’Atlantique. En Belgique, plusieurs acteurs se sont lancés dans l’aventure, qu’il s’agisse de petits acteurs de fintech (Dexxi, Birdee, Easyvest, Swanest, etc.) ou de supermarchés de fonds en ligne (MeDirect, Keytrade, Binck, etc.), en passant par les banques traditionnelles qui proposent des services de gestion d’actifs en ligne. Mais la grande révolution est encore à venir et n’aura lieu que lorsque les grandes banques franchiront le pas. Et ce moment est pour bientôt: BNP Paribas Fortis par exemple compte lancer en 2019 Hello fins!: un robot-conseiller en ligne qui sera proposé aux clients de Hello bank!

Les conseils robotisés sont souvent considérés comme une solution "win-win". Pour les banques, c’est une façon de se lancer dans la révolution digitale et de réduire les coûts. Pour les investisseurs, la solution est tentante, car elle est facilement accessible et relativement bon marché.

Malgré tout, la prudence s’impose. Non seulement, il existe des différences importantes entre les robots, mais ils ne constituent pas la solution idéale pour tous les investisseurs. Nous vous suggérons donc de vous poser les quatre questions suivantes avant de confier votre argent à un robot.

1. Conseil ou gestion discrétionnaire?

La première question à se poser impérativement est de savoir si le robot-conseiller est effectivement un conseiller. Car cette appellation est parfois trompeuse. Au sein du secteur de la gestion patrimoniale, il faut faire la différence entre la gestion discrétionnaire et le conseil. Dans le premier cas, vous déléguez entièrement la gestion de votre portefeuille à un spécialiste. Dans le cas du conseil, c’est vous qui prenez les décisions. Vous recevez à intervalles réguliers des propositions d’investissements et vous décidez de les suivre ou non.

Investir à l’aide d’un robot en cinq étapes
  1. Vous complétez un questionnaire en ligne pour évaluer votre tolérance au risque, vos objectifs d’investissement et vos connaissances dans le domaine financier.
  2. Sur la base de vos réponses, le robot détermine votre profil de risque et propose un portefeuille de fonds/trackers adapté.
  3. Vous confirmez le choix de portefeuille et vous transférez le montant à investir.
  4. Le portefeuille est géré automatiquement de façon à rester conforme à votre profil de risque.
  5. Vous pouvez suivre en permanence l’évolution de votre portefeuille grâce à des outils en ligne.

Malgré leur nom, l’intervention des robots-conseillers équivaut à de la gestion discrétionnaire. Concrètement, ces institutions financières gèrent un certain nombre de portefeuilles types. Vous investissez donc dans un portefeuille basé sur le profil de risque défini sur la base du questionnaire que vous avez préalablement rempli.

Cependant, il existe aussi des robots-conseillers qui vous proposent des investissements et vous laissent prendre les décisions. Easyvest en est un exemple. "Nos portefeuilles sont composés sur la base d’un algorithme, mais cette démarche peut être ajustée par l’investisseur lui-même ou avec l’aide d’un conseiller. Tout le monde peut ainsi se constituer un portefeuille personnalisé. Le client reçoit régulièrement des propositions. Libre à lui de les suivre ou non", explique Corentin Scavée, fondateur d’Easyvest.

Le choix entre ces deux approches dépend entièrement de vos préférences personnelles. Ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de suivre les marchés financiers se laisseront peut-être tenter par la gestion discrétionnaire. Ceux qui préfèrent garder le contrôle opteront sans doute pour la gestion conseil.

2. Quelle composition de portefeuille?

La plupart des robots-conseillers ont fait des coûts réduits un argument de vente et composent dès lors les portefeuilles à l’aide de trackers, c’est-à-dire des fonds cotés qui répliquent un indice boursier et dont la gestion est moins chère. La plupart des robots-conseillers travaillent avec des trackers de différents acteurs, comme BlackRock (iShares) ou State Street (SPDR).

MeDirect a opté pour des fonds comme actifs sous-jacents. Pour réduire les frais, le gestionnaire a choisi des fonds libres de rétrocession. En d’autres termes, il s’agit de fonds dont les frais de gestion sont réduits ou qui sont destinés aux investisseurs institutionnels, ce qui est par définition synonyme de frais réduits.

3. Quel est le degré d’automatisation?

On peut aussi faire une distinction entre les robots-conseillers sur la base du degré d’automatisation de leur modèle de gestion. Les différences peuvent être importantes.

Chez Dexxi par exemple, les portefeuilles sont rééquilibrés automatiquement. Ce rééquilibrage a lieu le premier jour ouvrable de chaque mois. "Le portefeuille retrouve le même niveau de risque qu’au départ. Ce rééquilibrage automatique permet d’acheter – sans la moindre émotion – lorsque les cours sont bas et de vendre lorsqu’ils sont élevés", explique Duco Fried, d’Indexus Group.

Gambit Financial Solutions, concepteur de Birdee et fournisseur de la technologie à plusieurs autres robots-conseillers, utilise également et exclusivement des modèles mathématiques, mais ici, les algorithmes réagissent immédiatement aux fluctuations du marché et rééquilibrent les portefeuilles si nécessaire. "De plus, nous utilisons une espèce de ‘sismographe’, qui tente de détecter les signes d’une éventuelle crise financière. Sur la base des signaux obtenus, les algorithmes pourront par exemple décider d’augmenter les liquidités", explique Geoffroy de Schrevel, de Gambit Financial Solutions.

BinckBank part de 7 portefeuilles standard, mais ceux-ci évoluent différemment en fonction du client. "Sur la base du questionnaire, nous déterminons la perte maximale acceptable pour le client et les portefeuilles sont rééquilibrés en permanence en fonction de ce critère. Deux portefeuilles identiques choisis par deux clients au profil comparable pourront être très différents après quelque temps", explique Marivic Helssen, de Binck.

Certains robots-conseillers appliquent un modèle hybride prévoyant une intervention humaine. "Nous utilisons autant que possible la technologie et les algorithmes, mais nous prévoyons toujours un arbitrage par des conseillers humains. Un comité d’investissement compose les portefeuilles et les gère de manière active en collaboration avec Morningstar, un bureau indépendant spécialisé dans l’analyse de fonds", explique Wim Wuyts, de MeDirect.

L’approche n’est pas très différente chez Keytrade, qui a développé ses algorithmes avec Gambit et qui réserve un rôle important au comité d’investissement. "Les trackers qui se retrouvent en portefeuille sont sélectionnés sur la base d’indicateurs de momentum. Notre ambition est d’investir uniquement dans des trackers qui affichent une tendance haussière, commente Roel Vermeire. Par ailleurs, le comité d’investissement détermine également les niveaux de liquidité des portefeuilles: en période de baisse, nous augmentons les positions en cash. Récemment, nous avons par exemple augmenté les liquidités à hauteur de 30%, car le comité d’investissement a estimé que les risques de marché étaient en hausse", ajoute-t-il.

Evi, de Van Lanschot Bankiers, va encore plus loin. "Le profil d’investissement du client est déterminé en ligne et automatiquement, mais les portefeuilles proposés sont des ‘fonds de profil’, entièrement composés par des gestionnaires en chair et en os", explique Michel Schram, de Van Lanschot. D’autres banques, notamment KBC, ont développé des formules hybrides où la gestion des produits n’est pas assurée par des modèles informatiques.

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4. Quels sont les coûts?

Les coûts réduits sont souvent utilisés comme argument de vente pour les robots-conseillers. La gestion en ligne et l’automatisation sont en effet synonymes de frais moindres, mais il convient de nuancer. Les coûts de ces services varient entre 0,5 et 1,2% par an, selon l’institution financière et les montants investis. Ce tarif comprend les frais de gestion des portefeuilles et les coûts de transactions. Mais attention: il ne s’agit pas d’une formule "all in".

Ainsi, les portefeuilles sont investis dans des trackers et des fonds qui facturent eux aussi des frais. Ceux-ci sont déduits des cours/valeur d’inventaire des trackers/fonds. Résultat: vous ne les payez pas directement, mais ils vous sont bel et bien "facturés". C’est aussi une des raisons pour lesquelles la plupart optent pour des trackers. Les frais facturés par ces fonds indiciels se situent généralement entre 0,2 et 0,5% par an.

Ensuite, il faut tenir compte de la fiscalité. Par exemple, la taxe boursière s’applique aux trackers lors de chaque transaction à l’achat ou à la vente. Dans le cas d’un tracker, elle se situe souvent entre 0,12 et 0,35%, mais peut atteindre 1,32% en cas de tracker de capitalisation. Par ailleurs, il faut dans certains cas compter avec la "Taxe Reynders", qui s’applique aux portefeuilles investis dans des trackers obligataires.

Chez Binck, les portefeuilles s’appuient sur deux piliers simples: un fonds obligataire et un fonds d’actions. Les deux fonds se composent de trackers. "L’avantage de cette approche, c’est que le client ne paie pas la taxe boursière lorsqu’il s’agit de trackers", explique Marivic Helssen. À cause de la création de ces deux fonds, la structure de coûts est un peu plus complexe, car les clients paient des frais de gestion pour le mandat et des frais de gestion pour les deux fonds.

Ces différences montrent clairement qu’un robot-conseiller n’est pas l’autre. Même si l’ouverture d’un compte se fait en quelques clics, il n’en reste pas moins qu’une analyse minutieuse est recommandée avant de se lancer, afin de vous assurer que la solution proposée est adaptée à votre situation.

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