Ne tombez pas dans le piège des copieurs d'indices

©Ã‚© Don Mason/CORBIS

L’autorité de contrôle européenne, l’Esma, a publié la semaine dernière les résultats de son enquête sur les fonds qui facturent des frais élevés, alors qu’ils se limitent à copier un indice de référence. On estime que 15% des fonds feraient partie de cette catégorie, appelée "fonds indiciels masqués".

Un fonds investit dans un panier d’actions, d’obligations ou d’autres instruments financiers. La plupart des fonds ont un indice de référence comparatif, comme le Bel 20, l’Eurostoxx 50 ou autre, pour évaluer leur performance. De nombreux investisseurs jugent eux aussi les fonds de cette manière.

Et c’est précisément là que le bât blesse. Avec la concurrence féroce qui se joue sur le marché des fonds, les gestionnaires veulent éviter à tout prix de faire moins bien que leur indice de référence. Ils se basent donc souvent sur la composition de l’indice pour construire leur portefeuille, puis ils modifient çà et là quelques pondérations. Au final, la composition de leur fonds, et donc aussi son rendement brut, est très proche de celle de l’indice. Vu que ces fonds sont présentés comme étant gérés "activement" - et facturent à ce titre des frais plus élevés - le rendement net est souvent inférieur à celui de l’indice.

©Mediafin

1,7milliard de £
D’après le bureau de conseils Aon, les fonds de pension britanniques perdraient chaque année 1,7 milliard de livres sterlings suite à leurs investissements dans ces fonds indiciels masqués.

Une étude réalisée en 2009 par Fin Antti Petajisto et Martijn Cremers démontre que les rendements annuels des fonds  après paiement des frais  sont en moyenne 1,1% inférieur à ceux des indices. Par contre, les fonds qui s’écartent de l’indice le battent régulièrement. D’après le bureau de conseils Aon Consultants, les fonds de pension britanniques perdraient chaque année 1,7 milliard de livres sterlings suite à leurs investissements dans des fonds indiciels masqués.

Malgré les résultats de ces enquêtes scientifiques, le problème ne semble pas avoir ému le secteur outre mesure. Les choses ont commencé à bouger en 2004, lorsque plusieurs fonds de pension américains se sont adressés à la justice pour contester les pratiques des "fonds indiciels masqués". Les plaignants ont exigé un remboursement d’une partie des frais indûment facturés. L’Europe a rapidement suivi et la même année, une association suédoise d’investisseurs a déposé une plainte contre Swedbank Robur, la branche spécialisée en fonds de la principale banque suédoise. Elle lui reprochait d’avoir mis sur le marché deux fonds indiciels masqués en les présentant comme des fonds gérés activement. En 2015, l’autorité de contrôle norvégienne a sermonné la banque DNB pour avoir facturé des frais exagérés pour un fonds qui suivait l’indice de "trop près".

Suite à ces actions en justice, l’autorité de contrôle européenne, l’Esma, a mené l’an dernier une enquête portant sur 2.600 fonds européens présentés comme étant gérés activement. Les résultats de cette étude ont été publiés la semaine dernière. D’après l’Esma, près de 15% des fonds analysés sont potentiellement des fonds indiciels masqués. Les noms des fonds n’ont cependant pas été révélés. La balle est aujourd’hui dans le camp des autorités de contrôle nationales, qui doivent réaliser leurs propres analyses des fonds proposés dans leur pays.

Dans la foulée des pays scandinaves, les Pays-Bas ont lancé une étude qui est toujours en cours. En Belgique, la FSMA reconnaît qu’elle a mené une enquête comparable à celle de l’Esma et qu’elle n’a "constaté aucun problème". Attention cependant: il s’agit ici uniquement de fonds de droit belge. Les sicav luxembourgeoises, également proposées dans notre pays, relèvent de l’autorité de contrôle luxembourgeoise.

"La FSMA a enquêté sur les fonds et n’a constaté aucun problème de fonds indiciel masqué."
FSMA

Il faudra donc patienter avant que des mesures soient prises pour éradiquer les fonds "faussement actifs". Entre-temps, les investisseurs devront être vigilants. Voici un aperçu de quelques astuces permettant de démasquer ces fonds.

1. Top 10

Le plus simple pour savoir si on a affaire à un fonds indiciel masqué est de sélectionner ses dix plus importantes participations (information que l’on peut trouver sur la fiche du fonds) et de les comparer avec les dix plus grosses participations de son indice de référence. Si elles sont quasi identiques, il est probable qu’il s’agisse d’un fonds indiciel masqué.

2. Rendement

Une deuxième méthode consiste à analyser le rendement passé. Dans les "informations clés pour l’investisseur", les gestionnaires sont obligés de publier les rendements des dix dernières années. Si le prospectus du fonds mentionne un indice de référence, les résultats de l’indice doivent être repris dans les données sur le rendement. Si le rendement du fonds est identique à celui de l’indice, vous avez vraisemblablement affaire à un fonds géré passivement.

3. Taille du fonds

Ce n’est pas une règle absolue, mais le risque d’être face à un fonds indiciel masqué semble augmenter avec la taille du fonds. En cause: d’une part, une pression croissante sur le gestionnaire pour que ses résultats soient aussi bons que ceux de l’indice, d’autre part, la nécessité - pour réduire la concentration d’un grand fonds - d’acheter davantage d’actions, sans pour autant avoir de conviction personnelle sur leur performance. Dans ce cas, pour limiter les risques, le gestionnaire choisit des actions qui se trouvent dans l’indice.Avec pour résultat que son fonds s’apparente de plus en plus à un fonds indiciel.

4. Active share

Il existe d’autres méthodes plus sophistiquées pour reconnaître les fonds gérés activement.Par exemple, ce que l’on appelle l’"active share", une mesure de plus en plus utilisée. Ce chiffre indique le pourcentage du fonds qui s’écarte de son indice de référence. Avec un "active share" de 0%, on est certain d’avoir affaire à un fonds indiciel. A contrario, un "active share" de 100% vous garantit que le fonds ne détient aucune participation faisant partie de l’indice de référence. En d’autres mots, qu’il est un véritable "stock picker".

À l’heure actuelle, ce sont surtout les gestionnaires anglo-saxons qui publient l’active share dans leurs rapports. De nombreux gestionnaires du continent ne le communiquent pas (encore). Il faut aussi tenir compte du fait que l’active share est rarement appliqué aux fonds à rendement fixe. Cette mesure est principalement utilisée pour les fonds d’actions.

Un système plus ancien et plus fréquemment utilisé est le "tracking error". Cette valeur statistique représente l’écart type de la série de différences entre le rendement quotidien du fonds et celui de l’indice. Plus le tracking error est élevé, plus la différence est importante.

Tout ceci ne signifie pas pour autant que les investisseurs ont toujours avantage à opter pour des fonds gérés activement. Si en moyenne, les stocks pickers affichent de meilleurs résultats, ce n’est pourtant pas toujours le cas. On trouve aussi des fonds avec un active share élevé qui font moins bien que l’indice. Par ailleurs, un fonds qui s’écarte trop de son indice risque de ne plus correspondre à votre profil de risque. Il ne faut donc pas investir aveuglément dans ces fonds gérés activement. Par contre, une chose est certaine: il vaut mieux investir dans un fonds indiciel bon marché que dans un fonds indiciel masqué.

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