"Nous achetons ce dont les autres ne veulent pas"

Peter Bourbeau ©RV-DOC

Wall Street ne cesse de battre des records. Tout récemment, le Nasdaq a percé le plafond des 6.000 points. Le gestionnaire d’un fonds d’actions américaines très populaire a jeté son dévolu sur les laissés-pour-compte.

Peter Bourbeau gère le fonds Legg Mason Clearbridge US Large Cap Growth, auquel Morningstar attribue cinq étoiles. "J’ai commencé chez Clearbrigde en 1991. À l’époque, le fonds possédait des actions de Walt Disney, Johnson & Johnson et Texas Instruments, trois actions que nous détenons encore aujourd’hui." Avec cette anecdote, Peter Bourbeau souhaite nous démontrer que Clearbridge est par excellence un investisseur axé sur le long terme. "Les entreprises qui réussissent à se réinventer peuvent être chères pendant de longues périodes. Auparavant, Disney était un studio cinématographique. Aujourd’hui, l’entreprise est devenue un géant du divertissement, qui comprend entre autres des chaînes de télévision et Pixar (films d’animation). Elle est par conséquent moins vulnérable économiquement qu’un simple studio."

"Il peut y avoir de bonnes raisons qui justifient le cours élevé d’une action. C’est pourquoi je ne vends pas systématiquement les actions chères que je détiens en portefeuille. Par contre, je réduis leur pondération." Peter Bourbeau est gestionnaire du fonds depuis 2003. Ces cinq dernières années, il a réalisé un rendement annuel moyen (exprimé en euros) de 19,2% (voir tableau).

©MEDIAFIN

Peter Bourbeau s’inquiète cependant des entreprises qui, selon lui, sont surévaluées, un phénomène qui s’explique par la popularité des fonds indiciels. "Depuis l’élection de Donald Trump, le géant technologique Apple s’est apprécié de 30%. Cette hausse n’est pas (entièrement) à mettre à l’actif du groupe. Elle s’explique aussi par des flux entrants importants dans les trackers (qui reproduisent les indices) et donc par le poids important d’Apple dans les indices."

Le gestionnaire mise également sur l’émergence de la gestion passive, comme en témoigne la présence de BlackRock dans son portefeuille. L’an dernier, les fonds gérés activement ont enregistré d’importants flux sortants aux Etats-Unis. Malgré cela, "notre fonds a bénéficié de flux entrants nets", souligne Peter Bourbeau en souriant.

Le fonds de Peter Bourbeau, qui compte généralement de 40 à 50 lignes, ne contient donc aucune action Apple. Par contre, Amazon.com, un autre géant technologique, y est bien présent. Amazon a commencé comme libraire en ligne, mais mérite sa place dans le fonds à titre d’inventeur du "cloud". Il y a dix ans, Amazon a commencé à louer via internet des serveurs aux entreprises pour le stockage des données et la numérisation de leurs services. "Nous misons surtout sur la croissance des services de cloud, qui permettent aux entreprises de déplacer leur budget IT des ‘investissements’ vers la ‘gestion opérationnelle’. Par ailleurs, l’intelligence artificielle est en train de faire son entrée dans le cloud. Si un serveur vibre, c’est pour informer le service technique qu’il a besoin d’un entretien urgent." Peter Bourbeau – et sa fille adolescente – sont également fans d’Alexa, l’assistante personnelle d’Amazon.com. "Avec Alexa, vous n’avez plus besoin d’ouvrir des applis. Il suffit de lui demander de jouer votre musique préférée, d’ouvrir votre journal ou de commander votre pizza."

"Je suis persuadé qu’AB InBev finira par racheter Pepsi ou Coca-Cola."
Peter Bourbeau
LM Clearbridge

Le portefeuille de Peter Bourbeau comprend également une action belge: AB InBev. Il rit: "AB InBev est belge? Elle est à peine européenne. Carlos Brito et son directeur financier, Filepe Dutra, font partie des managers les plus agressifs qu’il m’ait été donné de rencontrer. Oui, nous pouvons leur parler directement. Le bureau de Brito n’est pas très loin du mien à New York. Vous pouvez être pour ou contre leur style de management. En tant qu’actionnaire, je ne peux que l’apprécier." Peter Bourbeau a déjà une idée précise de l’avenir d’AB InBev. "Je suis persuadé qu’AB InBev finira par racheter Pepsi ou Coca-Cola."

Peter Bourbeau aime bien acheter les actions dont les autres ne veulent pas. "Nous ne nous précipitons pas sur les actions en hausse. Nous préférons celles qui sont bon marché pour l’une ou l’autre raison. Pour l’instant, nous nous intéressons aux actions dont la valeur boursière avoisine les 30 milliards de dollars." Par exemple, l’entreprise pétrolière texane Pioneer Natural Resources, une des dernières acquisitions du fonds, spécialisée dans l’huile de schiste.

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