interview

"Nous préférons les entreprises faciles à comprendre"

©Kristof Vadino

Filip Weintraub fut pendant 10 ans le gestionnaire du fonds Skagen Global. Sous sa houlette, les actifs sous gestion sont passés de quelques centaines de millions à plus de cinq milliards d’euros.

En 2010, il avait quitté Skagen pour lancer une "boutique" avec Jonas Edholm, une expérience qui ne sera pas suffisamment concluante. Il revient aujourd’hui chez Skagen pour lancer un nouveau fonds en actions globales, le Skagen Focus.

Pourquoi être revenu chez Skagen?
Je n’ai jamais vraiment quitté la maison. Même si je suis parti gérer mon propre hedge fund pendant quatre ans, je suis resté partenaire chez Skagen, et il était naturel que je revienne dans une maison que je connais bien.

"Notre gestion est indépendante d’un indice de référence."

"Nous apprécions les histoires de réorganisation, telle la sortie d’Osram de Siemens."

"Nous serons pleinement investis sur les marchés d’actions."

Quelle sera votre philosophie de gestion pour ce nouveau produit?
La même que celle que nous avons depuis 20 ans. Nous voulons acheter de bonnes entreprises affichant une forte décote, et nous sommes capables d’attendre longtemps avant de pouvoir le faire. Notre gestion est totalement indépendante d’un indice de référence. Nous visons un portefeuille qui sera investi internationalement, avec une répartition équilibrée entre petites, moyennes et grandes capitalisations. Notre portefeuille sera également assez concentré avec 30 à 35 positions, les 10 premières représentant entre 40 et 50% des actifs sous gestion. Nous serons également pleinement investis sur les marchés d’actions, même si nous conserverons entre 2 et 4% en cash afin de profiter des opportunités éventuelles qui peuvent se présenter.

Vous êtes des investisseurs à long terme?
Historiquement, nous avons conservé les sociétés dans nos portefeuilles entre 3 et 4 ans. Mais ce n’est pas un objectif. Je préférerais que ce délai soit le plus court possible, mais il faut parfois du temps avant que le marché change d’avis sur une société. Pour chaque position, nous avons un objectif, et nous vendons dès que le cours l’atteint. Il est très rare que nous révisions à la hausse notre objectif, car fondamentalement, les entreprises changent beaucoup plus lentement que ce que les marchés croient. Et une société qui était fondamentalement bonne il y a cinq ans aura tendance à l’être encore aujourd’hui.

Y a-t-il des secteurs pour lesquels vous vous montrez plus prudents?
En général, c’est le prix qui nous guide vers une action, et donc vers une exposition sur l’un ou l’autre secteur. Mais nous sommes avant tout des généralistes, et il y a donc des secteurs sur lesquels nous nous montrons plus prudents. La pharmacie est un bon exemple, avec des valorisations qui ont très fortement augmenté ces dernières années, alors que c’est un secteur sur lequel il est très difficile d’investir sans avoir certaines connaissances médicales. La technologie est également un secteur délicat, en particulier quand il s’agit de déterminer quelle sera la prochaine technologie à la mode. Fondamentalement, dans une approche value, nous aurons donc tendance à aller plutôt vers des sociétés qui ont déjà un modèle établi.

Votre construction de modèle se base sur une méthode particulière de contrôle du risque?
Pour chaque société dans le portefeuille, nous allons déterminer quels sont les trois éléments qui pourraient mettre à mal notre stratégie d’investissement, par exemple le prix du pétrole, la structure du bilan ou les ventes du secteur automobile. Nous limiterons ensuite l’exposition générale du portefeuille sur les différents facteurs de risque, afin par exemple de ne pas être trop exposés sur une thématique particulière.

"Il est très rare que nous révisions notre objectif à la hausse. Car les sociétés changent plus lentement que ne le croient les marchés."

Quels sont les principaux risques que vous tenterez d’éviter?
Le refinancement de l’endettement est clairement un risque que nous mettrons systématiquement en avant parmi les facteurs de risque. Si une crise comme celle de 2008 survenait aujourd’hui, avoir trop d’entreprises exposées sur ce thème pourrait entraîner un risque systémique indésirable pour notre portefeuille. Un autre facteur que nous regardons est la complexité de notre stratégie sur une société, parce toutes les bonnes idées d’investissement sont simples. Si une idée est trop complexe, il faudra que l’action tombe vers un niveau très bas pour que nous considérions un investissement qui compense le risque pris. Fondamentalement, nous préférons les modèles d’entreprise facilement compréhensibles.

Comment trouvez-vous les sociétés dans lesquelles vous investissez?
Nous travaillons de manière collégiale avec les autres équipes de Skagen, et nous avons également des dossiers sur toutes les sociétés que nous avons examinées ou détenues par le passé. Nous apprécions aussi beaucoup les histoires de réorganisation, comme par exemple la sortie d’Osram de Siemens en 2013. Il était clair que les institutionnels allaient se débarrasser rapidement des actions Osram qu’ils allaient recevoir. Or, de notre côté, nous avions examiné les fondamentaux de la société, et nous savions que la moitié du résultat opérationnel n’était pas réalisé dans la production d’ampoules, mais dans des formes d’éclairage plus complexes à forte marge. Et nous sommes rentrés le jour de l’introduction en Bourse alors que tous les institutionnels vendaient cette action dont ils ne voulaient pas.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés