"Il est peu probable que l'inflation augmente fortement"

©Steven Meert

"Après la crise financière de 2008, l’inflation n’a pas augmenté. Nous pensons que la situation ne sera pas différente cette fois-ci malgré des injections de fonds deux fois plus importantes", estime Rudy Vermeersch, d’ABN Amro Private Banking. 

1. Selon vous, quel sera l’impact de la crise du coronavirus sur l’économie?

Suite à la crise du coronavirus, nous sommes confrontés à un important choc déflationniste. Parmi les principales causes, je citerais une importante disruption du côté de la demande à cause du confinement et de la hausse brutale du chômage, combinée à la baisse du prix du pétrole due à une offre excédentaire. Les banques centrales ont bien réagi en mettant en place d’importants outils de relance pour éviter une dépression déflationniste.

Les mesures de relance d’un montant de 4.400 milliards de dollars prises aux Etats-Unis sont deux fois plus importantes que les 2.000 milliards de dollars mis en place pendant la grande crise financière de 2008. La question est de savoir si l’importance et les résultats attendus de ces mesures seront proportionnels aux énormes dégâts provoqués par la crise du Covid-19.

2. Quel est l’impact de la pandémie sur la croissance économique?

En plus de son incroyable impact humain, les dégâts sur l’économie sont énormes. Pour 2020, le département d’études économiques d’ABN Amro s’attend à une baisse de 4,8% du PIB aux Etats-Unis et de 6,9% dans la zone euro. Nous nous attendons aussi pour 2021 à une hausse du chômage dans la zone euro à 10,3% (chiffres au 20 mai 2020, NDLR).

Ce ralentissement considérable de l’économie, assorti d’un taux de chômage élevé, devrait inévitablement faire baisser la demande des consommateurs, qui seront probablement tentés d’économiser davantage, soit par prudence, soit pour compenser la perte de revenus pendant la crise. Malgré tout, nous pouvons nous attendre à une reprise de l’activité économique. Elle pourrait même être assez rapide, mais elle se fera dans un contexte marqué par une faible croissance économique générale.

3. Les fortes sommes injectées par les banques centrales provoqueront-elles de l’inflation?

A cause de l’organisation de notre système monétaire, cette masse d’argent passe par les banques. Celles-ci devront donc s’assurer que les crédits sont accordés de manière responsable. Mais la mise à disposition de ces fonds n’est pas une condition suffisante. Pour qu’ils aient l’impact souhaité sur l’économie réelle, ils devront être utilisés.

Une brutale remontée de l’inflation est peu probable pour les trimestres, voire les années, à venir malgré les injections massives de liquidités. Sauf si les banques centrales lancent l’une ou l’autre forme de "monnaie hélicoptère" qui stimule directement la demande ou si des incitants fiscaux importants – sous forme d’investissement – sont mis en place. Enfin, le retour à des mesures protectionnistes au niveau mondial pourrait mettre des bâtons dans les roues de la reprise.

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