interview

"Les fonds ont besoin d'une fiscalité simple et stable"

©Diego Frannsens

"Si nous voulons augmenter l’attractivité des fonds d’investissement, la fiscalité de l’épargne doit être simplifiée et nous devons veiller à éduquer les citoyens aux matières financières", estime Myriam Vanneste, figure reconnue du secteur belge des fonds et récemment nommée vice-présidente du conseil d’administration de la fédération européenne des fonds, l’Efama.

Nous rencontrons Myriam Vanneste dans les bureaux de Candriam, à un jet de pierre du quartier européen. Elle semble combiner sans problème son travail de responsable de la gestion de produits chez Candriam et son nouveau mandat au sein de l’Efama, qui a débuté en juin dernier. "Mes deux bureaux sont à 300 mètres l’un de l’autre", ajoute-t-elle.

Myriam Vanneste a commencé sa carrière en 1986 en tant qu’assistante-gestionnaire de fonds chez Gesbank. Après avoir rejoint le groupe Dexia, elle a participé activement à la création de Dexia Asset Management en 1998 et est devenue membre du comité de direction de l’entité belge. Après la crise financière, la branche gestion de fonds de Dexia est passée aux mains de l’assureur américain New York Life. Dexia Asset Management a entre-temps été rebaptisée Candriam, où Myriam Vanneste a occupé depuis lors plusieurs fonctions de direction.

Biographie
  • Née en 1963
  • A commencé sa carrière chez Gesbank. A ensuite travaillé au Crédit Communal, devenu Dexia après une série de fusions
  • A occupé différents postes de direction chez Candriam
  • Siège au conseil d’administration de la Beama depuis 2005, présidente de 2011 à 2014
  • Vice-présidente du conseil d’administration de l’Efama depuis juin 2019

Cela fait 15 ans aujourd’hui qu’elle fait partie du conseil d’administration de la fédération belge des fonds, la Beama, et depuis peu aussi de l’équipe dirigeante de l’Efama. "Mon plus grand regret, c’est que les choses n’avancent pas toujours aussi vite que je le souhaiterais", explique-t-elle en évoquant ces 30 dernières années. Mais dans ses nouvelles fonctions au sein de l’Efama, Myriam Vanneste s’est fixé des ambitions claires. "Mon principal objectif est de développer les investissements durables pour en faire un des principaux piliers du secteur européen des fonds. Nous devons profiter du mouvement actuel en faveur de l’environnement pour rendre les investissements durables incontournables".

Selon vous, quelles sont les principales tendances qui se dessinent dans le secteur des fonds?

Les investissements durables et tout ce qui concerne le climat constituent une tendance majeure. Il y a 20 ans, la Belgique était pionnière dans les fonds d’investissement durables, mais dans l’ensemble, ces produits sont restés en retrait. Les manifestations en faveur du climat et la médiatisation croissante de cette problématique leur ont donné un solide coup de pouce. L’Europe encourage également les investissements socialement responsables en travaillant à une définition de la durabilité – appelée "taxonomie" – qui doit clarifier ce que sont les fonds de type ESG.
Une deuxième tendance susceptible d’impacter le secteur des fonds est le vieillissement de la population. Il obligera de plus en plus les citoyens à se constituer une pension complémentaire. Les fonds d’investissement peuvent jouer un rôle capital dans cette épargne pour la pension.

Une troisième évolution porte sur le niveau des taux. Les taux bas sont une réalité à laquelle nous serons confrontés plus longtemps qu’attendu. Le secteur des fonds devra dès lors trouver des solutions d’investissement qui fonctionnent dans ce contexte. Pensez aux nouvelles classes d’actifs ou aux sous-classes au sein de l’univers obligataire. Les taux bas nous obligeront à nous diversifier encore davantage et donc à proposer de nouvelles options de diversification.

"Le secteur des fonds devra trouver des solutions d’investissement qui fonctionnent dans un contexte de taux bas."

Vous ne citez pas la digitalisation. Ne croyez-vous pas que les nouvelles technologies changeront fondamentalement le secteur?

La numérisation va certainement avoir un impact important sur le secteur. Mais personne ne peut prédire la direction qu’elle prendra. Je pense qu’elle se fera surtout sentir au niveau de la distribution.

Néanmoins, je ne pense pas que les citoyens achèteront massivement les fonds en ligne. Cette démarche reste complexe pour l’investisseur qui ne connaît pas bien le secteur. Essayez de vous y retrouver parmi les différentes classes d’actifs, les différents fonds et autres! Les investisseurs auront donc toujours besoin de conseils. La digitalisation offrira de nouvelles solutions pour assurer le support de la vente.

Pensez-vous qu’il sera plus facile d’acheter des fonds de tiers et que la digitalisation permettra enfin à l’architecture ouverte de faire une percée en Belgique?

Depuis la crise financière, les réglementations ont renforcé l’importance du support client. Les distributeurs de fonds ont pris conscience de la nécessité d’aider les investisseurs lors de l’achat d’un fonds, mais aussi pendant toute la période de détention du produit en portefeuille. Il est bien entendu impossible de faire ce travail d’accompagnement avec des milliers de fonds. Seule une architecture ouverte limitée permet au distributeur de bien connaître les fonds qu’il commercialise. Le secteur en est de plus en plus conscient.

Quand on parle des réglementations, on entend dire que le pendule s’est inversé: il y a pléthore de régulations qui ne protègent pas nécessairement mieux les investisseurs. Qu’en pensez-vous?

"La transparence en matière de coûts va tellement loin que les informations sont difficiles à comprendre et que les investisseurs courent le risque de comparer des pommes et des poires."

Depuis peu, la directive MiFID II oblige les banques à être transparentes en matière de coûts liés aux fonds. Cette transparence est une bonne chose, certes, mais je dois reconnaître qu’il existe encore une marge d’amélioration. MiFID II va très loin avec ses exigences de transparence de coûts ex ante et ex post. Elle va tellement loin que les informations sont difficiles à comprendre, pas toujours claires, et surtout, en tant qu’investisseur, vous courez le risque de comparer des pommes et des poires. L’attention du régulateur a déjà été attirée sur cette question. Il faut trouver un équilibre entre le cadre réglementaire d’une part et le développement de produits d’autre part. C’est essentiel pour le secteur. L’Efama peut jouer un rôle important sur ce plan.

Une étude menée par l’autorité de contrôle bancaire ESMA a montré que la Belgique faisait partie du peloton de tête en matière de coûts des fonds d’investissement.

Cette étude a ses mérites, mais sur certains points, on compare des pommes et des poires. En Belgique, les frais de conseil et de distribution étaient compris dans les coûts, alors qu’aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, ce n’était pas le cas. Nous l’avons signalé à l’ESMA (European Securities and Markets Authority), qui en tiendra compte dans les prochaines étapes de son étude.

En Belgique, les comptes d’épargne comptabilisent 278 milliards d’euros. Comment expliquez-vous que le secteur des fonds ne soit pas capable de s’attribuer une plus grande part de ce gâteau?

Le point crucial en Belgique est l’harmonisation de la fiscalité des différents produits d’investissement. La fiscalité des fonds est le résultat d’une accumulation de mesures prises au fil des ans par les différents gouvernements, ce qui explique la complexité. Nous avons besoin d’une simplification, d’une plus grande transparence de la fiscalité et d’un "level playing field" entre les différents produits.

Fonds

Mercredi 18/09, gratuit avec L'Echo

Interview | «Les fonds ont besoin d’une fiscalité simple et stable pour activer l’argent des comptes d’épargne», Myriam Vanneste, Vice-présidente de la Fédération européenne des fonds

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À côté de cela, l’éducation joue aussi un rôle capital. Les différents acteurs doivent prendre les choses en main. Un centre d’éducation financière verra bientôt le jour sous l’égide de l’autorité de contrôle, la FSMA, ce qui est une bonne chose. Par ailleurs, le secteur financier doit offrir davantage de possibilités de diversification. Il faut créer de la valeur pour les investisseurs.

En Belgique, les fonds d’épargne-pension peuvent depuis peu investir dans le Private Equity et les infrastructures. Pensez-vous que ce soit une bonne chose?

Je ne vois a priori pas de problème. Seuls 10% du portefeuille de ces fonds peuvent être investis dans ces produits. De plus, les règles concernant ces investissements sont strictes.

Quelle réglementation majeure peut-on attendre dans un futur proche pour le secteur des fonds?

Nous attendons la réglementation européenne sur les investissements ESG. L’Europe y travaille. Elle doit veiller à ce que les entreprises deviennent de plus en plus durables et encourager les investisseurs à s’y intéresser davantage. Cela devrait contribuer à rendre notre monde plus durable.

La fédération belge des banques a développé son propre label pour les produits d’investissement durables. N’est-ce pas en contradiction avec les définitions européennes qui sont en préparation?

Ce label belge sera revu fin 2020 pour tenir compte de ce qui est aujourd’hui en préparation au niveau européen.

Ne trouvez-vous pas dommage que la Belgique ait fait cavalier seul?

Il est vrai que cette initiative ne favorise pas l’harmonisation du marché des fonds européens. Cela crée des divergences. Mais le label belge contribue à augmenter la prise de conscience en matière d’investissements durables, ce qui pour moi est très positif.

Malgré des initiatives pour harmoniser le marché européen des fonds, l’Europe reste confrontée à des fonds trop petits. Comment expliquer que cette harmonisation prenne autant de temps?

Nous constatons quand même que le nombre de fonds n’augmente plus en Europe. Il est toutefois vrai que la moyenne des encours des fonds gérés ne dépasse pas 280 millions d’euros, tandis qu’aux Etats-Unis, ce montant est cinq fois plus élevé. Nous continuons à nous casser les dents sur la diversité des cadres réglementaires et fiscaux des différents pays. Tant que ces divergences persisteront, il sera impossible d’unifier le marché en Europe.

"Mon principal objectif est de développer les investissements durables pour en faire un des principaux piliers du secteur européen des fonds."

Nous constatons par contre que la part des fonds vendus au-delà des frontières ne cesse d’augmenter: elle est passée de 40% en 2008 à 46% dix ans plus tard. Cela montre que les fonds UCITS sont un succès. Toutes les sociétés de gestion de fonds ont compris que seuls les fonds d’une certaine taille peuvent délivrer une bonne performance. Je suis donc convaincue que les restructurations de fonds se poursuivront.

Les fonds gérés activement ne font pas souvent mieux que les fonds indiciels. Pensez-vous que la gestion passive continuera à se développer?

Les deux types de gestion peuvent coexister sans problème. Les fonds actifs devront se distinguer des fonds passifs en démontrant qu’ils créent de l’alpha. Les sociétés de gestion de fonds seront amenées à se spécialiser.

Comment une association européenne comme l’Efama considère-t-elle le marché belge?

La Belgique est un petit pays, mais la gestion de fonds y est bien représentée. Chez nous, 20% de l’épargne des ménages est investie dans des fonds, contre 10% en moyenne dans les autres pays européens. La Belgique est aussi connue pour son grand professionnalisme et comme pionnière dans les fonds durables. De plus, avoir Bruxelles comme capitale de l’Europe est certainement un atout.

Quels sont les moments de votre carrière que vous considérez comme les plus positifs?

En réalité, c’est un peu par hasard que j’ai démarré ma carrière dans le secteur des fonds. Je suis heureuse d’avoir pu contribuer au développement du marché en Belgique via la Beama. Je suis aussi fière de voir que le développement durable a pris de plus en plus d’importance au cours des dernières années.

D’où vous vient cet intérêt prononcé pour la durabilité?

La raison d’être originelle du secteur financier était de soutenir l’économie et la société. Les investissements durables jouent précisément ce rôle: soutenir la société sur le long terme. Il est encourageant de voir que nous évoluons dans la bonne direction.

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