"Oubliez les FANG, l'avenir est en Asie"

Les demandeurs d’emploi chinois scannent les codes QR des offres d’emploi au moyen de la très populaire application all-in-one WeChat. Ce Facebook chinois compte déjà plus d’1 milliard d’utilisateurs. ©BELGAIMAGE

Oubliez l’Europe et les États-Unis. C’est en Asie qu’il faut être aujourd’hui. Tel est le message délivré lors d’une conférence organisée à Berlin par le plus grand assureur européen, qui estime que c’est la technologie "disruptive" chinoise qui recèle le plus d’opportunités.

En Chine, un mendiant fait la manche en tenant à la main un gobelet. Mais au lieu qu’il y ait de l’argent dans son gobelet, un code-barres est collé sur le côté de son sac. Lorsque les passants le scannent avec l’application Alipay de leur smartphone, ils peuvent verser le montant de leur choix sur le compte du mendiant.

"De cette manière, les gens qui n’ont pas de petite monnaie n’ont aucune excuse", explique en souriant Terence Law. En tant que responsable de la recherche sur l’Asie chez l’assureur allemand Allianz, il parcourt le continent en quête de technologies prometteuses. "Cet exemple illustre le chemin impressionnant parcouru par l’Asie pour rattraper son retard technologique. La Chine est en bonne voie de devenir la première société sans cash au monde", poursuit Terence Law. Seuls 10% du PIB chinois circulent encore sous forme liquide et ce montant baisse à vue d’œil. Le nombre de paiements électroniques augmente de 40% par an.

"Les Chinois sont passés directement du cash aux paiements digitaux. Les cartes de crédit ne s’y sont jamais imposées."
Terence Law
Allianz Global Investors

"Grâce aux développements rapides en matière d’innovation, le pays a brûlé les étapes. Les Chinois sont passés directement du cash aux paiements digitaux, poursuit Terence Law. Les cartes de crédit ne se sont jamais imposées en Chine. Seuls 30% des Chinois en utilisent une, contre 80% de la population aux États-Unis."

Boom du commerce électronique chinois

Avec une part de marché de 54%, Alipay, le service de paiement du géant chinois du commerce en ligne Alibaba, est le leader incontestable des paiements digitaux. Mais WeChat est aussi un acteur important. L’application de réseau social développée par l’entreprise tech chinoise Tencent est un autre exemple de la technologie asiatique "disruptive". WeChat regroupe de nombreuses fonctions – notamment réseaux sociaux et paiements – au sein d’une seule application. En 2016, WeChat comptait 768 millions d’utilisateurs quotidiens et plus de la moitié passent plus d’une heure et demie par jour sur l’application.

Grâce à leur facilité d’utilisation, les apps intégrées s’annoncent comme de rudes concurrentes pour les banques et les assureurs. Les utilisateurs peuvent accéder à différentes fonctions sans quitter l’application. Ant Financial, la branche financière d’Alibaba, offre des services tels que l’octroi de crédits et la gestion patrimoniale.

En 2016, la croissance économique de la Chine était équivalente à celle de la Suisse, de la Belgique, de la Pologne et de l’Irlande réunies. Cette croissance phénoménale présente de nombreuses opportunités, car la population chinoise s’enrichit. "En 2000, les ménages chinois dépensaient en moyenne à peine 25% de leurs revenus à des produits non essentiels, comme les loisirs, explique Neil Dwane, stratège chez Allianz Global Investors. Grâce à la croissance économique et au basculement de l’économie chinoise vers une économie de la consommation, ce pourcentage devrait atteindre 43% à l’horizon 2020."

La croissance du consumérisme en Chine recèle un important potentiel pour le commerce électronique. "La Chine est le marché le plus passionnant dans le secteur de l’e-commerce. Au cours des prochaines années, le commerce électronique devrait augmenter de 21% par an en Chine. Dans le reste du monde, il n’augmente ‘que’ de 13% par an, explique Terence Law. En Chine, 16% du commerce de détail transitent aujourd’hui par internet, contre 10% aux États-Unis. Je pense que c’est la livraison d’aliments frais qui recèle le plus fort potentiel. C’est dans ce secteur que le taux de pénétration est le plus faible. Nous voyons qu’Alibaba est en train de changer son fusil d’épaule sur ce marché et investit dans des magasins physiques. Cela lui permettra de savoir ce que les consommateurs achètent et de vendre ces données."

"Oubliez les FANG"

L’Asie est en train de devenir le moteur de l’innovation mondiale. À l’heure actuelle, la Chine investit déjà davantage en recherche et développement que l’Union Européenne et cette année, elle devrait même détrôner les États-Unis. Un tiers des "licornes" – ces start-ups technologiques dont la valeur dépasse 1 milliard de dollars – se situent en Chine. La société de taxis chinoise Didi est par exemple évaluée à près de 56 milliards de dollars.

Les BATTs, l’équivalent asiatique des FANG

L’Asie se retrouve de plus en plus souvent à l’avant-plan de la technologie mondiale. En investissant des moyens importants dans l’innovation, les entreprises technologiques chinoises revendiquent leur place aux côtés des sociétés stars américaines. Découvrez les BATTS, les équivalents asiatiques des FANG.

  • Baidu: moteur de recherche, équivalent chinois de Google
  • Alibaba: géant du commerce en ligne, équivalent chinois d’Amazon
  • Tencent: entreprise technologique chinoise, propriétaire de la très populaire application WeChat
  • TSMC: fabricant taïwanais de puces électroniques
  • Samsung: géant des smartphones, équivalent sud-coréen d’Apple.

"Oubliez les FANG (Facebook, Amazon, Netflix, Google), lance Neil Dwane. C’est désormais sur les BATTS (Baidu, Alibaba, Tencent, TSMC, Samsung) qu’il faut miser. Depuis octobre 2014, les BATTS ont mieux presté que les FANG. De plus, les FANG pourraient bientôt être bridées par de nouvelles règlementations. L’Occident est moins entreprenant qu’auparavant. Et ne parlons même pas de l’Europe. On n’y trouve pas la moindre société comparable aux FANG."

Ceux qui souhaitent obtenir du rendement feraient donc mieux de se tourner vers l’Asie. "L’indice boursier américain S&P 500 ne recèle plus aucun potentiel. Les actions américaines sont chères et nous nous attendons à une importante correction avant la fin de l’année. En Europe, la croissance économique a atteint son pic", estime Neil Dwane.

L’importance croissante de la Chine dans l’économie mondiale ne se reflète cependant pas sur les marchés des capitaux. Alors que la Chine représente 15% de l’économie mondiale, les actions chinoises ne dépassent guère 3% de l’indice mondial MSCI ACWI. Et on ne trouve aucune action chinoise dans le célèbre panier d’actions de pays développés, le MSCI World. De plus, la plupart des investisseurs se limitent aux actions chinoises cotées aux États-Unis ou à Hong Kong.

"Quelque 80% des actions cotées sur les Bourses chinoises sont détenues par de petits investisseurs, explique Anthony Wong, gestionnaire d’un fonds d’actions chinoises. Vu qu’ils ne conservent en moyenne leurs actions que pendant trois ou quatre mois, le marché est peu efficace. Les investisseurs qui ignorent la Bourse chinoise passent à côté de belles opportunités."

Les investisseurs doivent cependant garder à l’esprit qu’investir en Asie comporte son lot de risques. L’État de droit n’est pas présent partout. Par exemple, les autorités chinoises ne se privent pas d’exproprier ou de prendre le contrôle d’une entreprise privée. Un exemple célèbre est celui du fournisseur de crédits en ligne Qudian. Un mois après son introduction en Bourse en octobre 2017, le gouvernement chinois a renforcé le contrôle sur le micro-crédit. Du coup, l’action Qudian a perdu 50%.

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