interview

Philipp Vorndran (Flossbach von Storch): "Notre positionnement à long terme est de détenir le plus d'actions possible"

©Dries Luyten

Figure de proue du développement international, le stratégiste Philipp Vorndran était récemment de passage à Bruxelles pour évoquer l’histoire et la philosophie d’investissement de Flossbach von Storch, mais aussi l’Italie, les politiques de Donald Trump et la nécessité de rester investi sur les marchés boursiers à long terme.

À l’origine, les fondateurs de Flossbach von Storch ne pensaient pas s’étendre un jour à l’international. Mais le succès de leur gestion et le bouche à oreille entre les investisseurs privés allemands ont transformé un petit banquier privé en une des plus importantes boutiques du secteur de la gestion de fonds au niveau européen, avec des actifs sous gestion qui dépassent désormais les 35 milliards d’euros.

D’où vient Flossbach von Storch?

Le groupe a été fondé en 1999 avec 200 millions d’actifs, et une activité centrée sur la gestion pour des clients fortunés. Le développement a été relativement progressif, et rétrospectivement, j’éprouve des regrets de ne pas avoir plus tôt mis en avant nos fonds dans le grand public. Nous ne pensions tout simplement pas qu’il s’agissait d’une expertise qui pouvait intéresser beaucoup de monde en dehors de nos client. Depuis quelques années, la gestion de fonds est clairement devenue notre principal segment de croissance, car il s’agit d’une activité qui permet de faire rapidement croître les actifs sous gestion sans devoir engager beaucoup plus de moyens humains, au contraire de la banque privée, où le nombre de clients par gestionnaire de fortune est fondamentalement limité si on souhaite conserver une bonne qualité dans le service.

Est-ce que la philosophie d’investissement a évolué avec le temps?

Nos actifs sous gestion atteignent 35 milliards d’euros (dont 24 milliards dans les fonds de placement) et nous employons près de 200 personnes, mais la philosophie d’investissement reste globalement inchangée et se base sur une approche très classique de la gestion d’actifs, qui part d’une bonne analyse de la situation actuelle et d’une bonne communication avec les clients, qui doivent être convaincus par nos idées. Ce dernier point est particulièrement important, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous ne parlons jamais de nos produits lorsque nous communiquons avec eux.

CV express
  • A fait ses études universitaires à la Julius Maxumilian University de Würzburg (Bavière).
  • A commencé sa carrière chez Julius Baer en 1992.
  • A travaillé au Credit Suisse de 1997 à 2008, comme responsable de la stratégie d’investissement et CEO de la branche allemande de gestion d’actifs.
  • A rejoint Flossbach von Storch en 2009.
  • Apprécie les voyages"qui lui permettent de trouver plein de nouvelles idées". Il revient d’un voyage de deux mois en Asie, en Océanie et au Moyen-Orient.
  • Parle le chinois et l’italien.

De quoi leur parlez-vous?

Nous cherchons à faire en sorte qu’ils prennent les bonnes décisions pour leur pension, et qu’ils soient prêts à être moins dépendants de ce que leur gouvernement sera prêt à leur laisser dans le futur. Sortir des comptes d’épargne est positif pour le client, pour le secteur bancaire et pour la société dans son ensemble. C’est une logique qui doit être encouragée. C’est dans cette optique que nous avons lancé récemment la première campagne marketing de notre histoire sur le marché allemand pour un nouveau fonds très défensif (appelé First Step), destiné aux investisseurs qui ne récoltent plus de performance sur leur patrimoine depuis plusieurs années.

Serait-il envisageable de décliner cette approche très prudente sur le marché belge?

Pour des raisons de structuration du marché belge autour des produits d’assurance-vie, les frais entraîneraient probablement une performance négative, ce qui ne serait pas vraiment le but recherché. En outre, nos clients belges sont très contents des performances de Multiple Opportunities, et ne sont pas spécialement tentés par une approche plus défensive, ce qui est une bonne nouvelle car c’est surtout au niveau d’une stratégie plus agressive que se situent les meilleures opportunités sur le long terme. À ce titre, la Belgique reste à ce jour notre principal succès à l’international, et nous avons plus de 10.000 clients privés qui ont acheté notre fonds durant les quatre dernières années.

Quels est le thème central de votre philosophie d’investissement?

Il faut penser librement et agir en conséquence. Nous voulons pour notre part proposer les meilleures opportunités d’investissement au niveau global, et apporter une structure au patrimoine des investisseurs. Cette vision globale est souvent absente des portefeuilles qui sont générés par les banques privées, souvent remplis de fonds thématiques qui entraînent des concentrations dans certains pays, sur certaines devises, ou sur certains secteurs. Ces fonds thématiques sont surtout un argument marketing de certains gestionnaires d’actifs, et ne devraient jamais constituer la colonne vertébrale de l’allocation d’actifs du patrimoine d’un client.

Quelle est votre analyse de la situation actuelle sur les marchés financiers?

Les taux d’intérêt ne sont pas prêts à remonter durablement, tant que les gouvernements ne commenceront pas à rembourser leurs dettes. Personne en Europe n’a envie de voir l’Italie s’en aller, et la barre sera mise assez haut pour éviter ce cas de figure. L’Italie recevra suffisamment de concessions pour pouvoir apaiser son électorat, et maintenir en définitive des taux bas. Fondamentalement, les taux d’intérêt doivent rester inférieurs au taux nominal de la croissance économique d’un pays. Et ce n’est pas la hausse du déficit budgétaire américain qui changera la donne. En derniers recours, la Réserve fédérale s’assurera que le coût de la dette reste supportable pour le budget américain. Il faut rappeler à ce titre que le Japon vit depuis plusieurs décennies avec un endettement encore plus élevé.

Cette approche n’est pas sans conséquence sur la valorisation intrinsèque des marchés boursiers?

Effectivement. Si nous partons du principe que les taux resteront bas, un rapport cours/bénéfice de 15 sur les marchés boursiers reste un niveau d’entrée très attractif, et les actions restent clairement l’actif financier à privilégier dans une stratégie d’investissement. Il serait également important que les investisseurs commencent à considérer que les actions constituent la base d’un portefeuille sur le long terme, et ne constituent pas une opportunité d’investissement pour les six prochains mois. Elles devraient idéalement rentrer dans un portefeuille avec le même horizon d’investissement qu’un bien immobilier.

Que pensez-vous des politiques de Donald Trump?

Je ne suis pas particulièrement un fan du personnage, mais il faut reconnaître qu’il pose souvent de bonnes questions. Que ce soit sur le protectionnisme européen dans certains domaines (comme l’agriculture) ou sur le manque d’investissements dans les forces militaires en Europe en pensant que les Etats-Unis seront toujours là pour nous protéger. À ce titre, une grande partie de l’armée allemande n’est aujourd’hui plus en état de marche faute d’investissements. Il a également mis en évidence la difficulté de commercer avec un partenaire qui ne joue pas les règles du jeu (la Chine). Au lieu de rejeter le blâme sur les Etats-Unis, nous devrions avoir davantage la volonté de travailler avec eux, car ce sont des partenaires plus naturels et qui jouent le jeu au niveau des échanges commerciaux.

Quel est le positionnement actuel de Multiple Opportunities?

Le portefeuille est exposé à 65% aux marchés boursiers, un niveau globalement en ligne avec la moyenne historique. Notre exposition aux marchés obligataires est limitée à 6% d’obligations d’entreprises mexicaines, une position constituée au début de l’année dernière lors des tensions avec les Etats-Unis, qui avaient fait plonger de nombreuses émissions de ce pays. Nous avons également une position de 10% sur l’or, qui reste notre principale assurance-vie en cas de volatilité sur les marchés. Et nous avons également près de 16% en cash, en attente d’être réinvesti. Depuis le début de l’année, nous nous sommes positionnés à la baisse sur le marché américain, et nous avons récemment pris une position baissière sur le marché allemand, notamment en raison de la situation en Italie mais aussi des craintes existant sur les exportations allemandes. Il ne faut toutefois pas confondre cette stratégie tactique de court terme avec un positionnement de long terme qui vise à détenir le plus d’actions possible, une stratégie qui n’a pas varié d’un iota depuis plus de 10 ans.

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