"Il faut miser sur les marchés émergents et le Private Equity"

©RV-DOC

"Oubliez l’approche traditionnelle. Les investisseurs devraient davantage miser sur les marchés émergents et les produits de placement alternatifs", estime Massimiliano Castelli, stratégiste en chef d’UBS Asset Management.

 

1. Vous croyez à la tendance à long terme appelée "slowbalisation". De quoi s’agit-il?

La mondialisation a dominé l’économie pendant des années, mais nous constatons que cette tendance est en train de s’inverser. La guerre commerciale qui fait rage entre la Chine et les Etats-Unis, le Brexit et la crise de l’immigration poussent les pays à se replier sur eux-mêmes. Alors que la mondialisation concernait surtout l’industrie manufacturière à la recherche d’une main-d’œuvre bon marché, aujourd’hui, plusieurs forces "disruptives" susceptibles de bouleverser le secteur des services entrent en jeu. Il suffit de penser à l’impact de la robotisation sur le secteur financier. De plus, une "guerre des talents" fait rage et menace la position des Etats-Unis. S’y ajoute la question climatique, qui remet en question les gains rapides et place la durabilité en tête des priorités. Cet ensemble de facteurs génère de nombreuses incertitudes au niveau de l’économie mondiale et crée de nouveaux défis pour les multinationales.

2. Qu’est-ce que cela implique concrètement pour les investisseurs?

Je pense que l’économie mondiale évoluera en trois grands blocs régionaux: l’Amérique, l’Europe et l’Asie. Aujourd’hui, les Etats-Unis représentent encore plus de la moitié des indices boursiers mondiaux. Nous allons devoir abandonner cette répartition traditionnelle. Les marchés émergents, en particulier l’Asie, devront obtenir une place plus importante dans les portefeuilles. C’est aussi dans ces pays que se trouvent la plupart des "disrupteurs". Les investisseurs devront en outre se montrer plus sélectifs au sein d’une région. En d’autres termes, il sera important de distinguer les gagnants des perdants. Les pays émergents qui sont très dépendants du commerce international souffriront davantage en cas de recul des échanges mondiaux. Par contre, un pays comme Singapour pourra profiter du renforcement du bloc asiatique. En Europe, la guerre commerciale pourrait avoir un impact négatif sur l’Allemagne, très dépendante du secteur automobile.

3. Vous plaidez aussi pour plus de diversification. Pourquoi?

Il va falloir changer notre façon d’évaluer les risques. Nous devons nous attendre à davantage d’incertitudes et il est donc plus que jamais crucial de diversifier les avoirs. Je plaide en faveur d’un poids plus important pour les investissements alternatifs, dont font partie les sociétés non cotées. Il peut être intéressant ainsi de se tourner vers les "licornes", ces sociétés non cotées dont la capitalisation se monte au moins à 1 milliard de dollars. Il s’agit souvent des "disrupteurs" de demain. On compte environ 150 licornes aux Etats-Unis et 85 en Chine, moins en Europe. Mais ici aussi, il faut se montrer sélectif: les licornes elles-mêmes peuvent un jour être les victimes de la "disruption". Début juin, Facebook, Google et Amazon ont nettement reculé lorsque les pouvoirs publics américains ont annoncé vouloir examiner leur position dominante. Aussi suis-je convaincu que la gestion active fera son grand come-back au détriment de la gestion passive. Seule la gestion active permet de distinguer les gagnants des perdants.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect