Pas encore de Private Equity dans les fonds d'épargne-pension

Depuis le mois d’avril, les fonds d’épargne-pension peuvent investir dans l’infrastructure. ©BELGAIMAGE

En avril, le législateur a autorisé les fonds d’épargne-pension à investir dans des actions non cotées (Private Equity) ou dans les infrastructures. Mais jusqu’à présent, aucun gestionnaire n’a encore fait usage de cette nouvelle possibilité.

Au début de l’année, plusieurs parlementaires ont introduit une proposition de loi autorisant les fonds d’épargne-pension à investir dans le Private Equity (PE) ou les infrastructures. "Non seulement ces actifs permettent aux fonds de se diversifier, mais ce sont également des produits typiques d’investissement à long terme. De plus, cela permet aux épargnants d’espérer obtenir un capital plus élevé pour leur pension", pouvait-on entendre.

Cet élargissement des possibilités d’investissement devait également créer un "level playing field" par rapport aux fonds de pension des entreprises. Ces fonds, par le biais desquels les collaborateurs d’une entreprise investissent dans une pension complémentaire, pouvaient déjà investir dans le PE et les infrastructures.

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Même si cet amendement de la loi répondait en partie à la demande des gestionnaires, l’enthousiasme ne semble pas au rendez-vous. Jusqu’à présent, selon une enquête de la rédaction, aucun gestionnaire n’a encore fait usage de cette possibilité.

"Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour, explique Paul Beller, gestionnaire des fonds Pricos de KBC. La principale raison, c’est que nous ne pouvons investir que directement que dans le PE et les infrastructures, ce qui représenterait un risque important en matière de liquidité pour le fonds et nos épargnants", précise-t-il.

"Tout investissement direct dans le Private Equity ou les infrastructures représenterait pour nos épargnants un risque important en matière de liquidité."
Paul Beller
gestionnaire des fonds Pricos de KBC

Même son de cloche chez Capfi Delen Asset Management, gestionnaire des fonds de pension Hermes et Interbourse Hermes: "Nous tenons à respecter notre philosophie de base: la liquidité est pour nous d’une importance capitale. C’est de plus en plus vrai au fur et à mesure que le cycle économique – déjà très long – se prolonge. D’autant que pour les investissements à taux fixe, nous nous tournons déjà vers des segments moins liquides du marché", explique Paul De Meyer. Le gestionnaire souligne également qu’il existe d’autres moyens d’investir dans les infrastructures. "Bien avant le changement de loi, nous investissions déjà dans les infrastructures et l’immobilier via des instruments cotés liquides, comme TINC et Care Property".

Le gestionnaire de Star Fund, le fonds d’épargne-pension d’ING, avance une autre explication. "Star Fund est un fonds d’épargne-pension durable et nous souhaitons conserver ce label. Nous devons pour cela évaluer le caractère durable de chaque ligne du fonds. Pour le PE et les infrastructures, cela demande beaucoup plus de travail et d’énergie que pour les actions classiques, car les informations ne sont pas facilement accessibles", souligne le gestionnaire Pierre Nicolas.

À l’étude

De son côté, Bart Van Poucke, en charge de la gestion du fonds d’épargne-pension de BNP Paribas Fortis, n’a pas fermé la porte au PE et aux infrastructures. "Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore utilisé cette option. Avant de franchir cette étape, nous voulons prendre le temps d’analyser en profondeur les possibilités d’investissement. Il est difficile de donner un timing précis", explique-t-il.

Belfius étude encore les possibilités. "Il peut s’agir d’une niche intéressante, mais il y a peu de chance que nos fonds investissent à court terme 10% dans ce genre d’actifs." Idem pour Johan Van Geeteruyen, gestionnaire du fonds d’épargne-pension d’Argenta. "Le sujet est à l’étude et nous trancherons au cours des prochaines semaines, tant sur le plan opérationnel que juridique", confie-t-il.

L’extension de la loi ne se limite cependant pas à l’accès au Private Equity. Depuis le printemps, les gestionnaires disposent d’autres possibilités également. Les fonds d’épargne-pension peuvent par exemple investir leurs liquidités dans des fonds de marchés monétaires. Cela leur permet d’éviter les taux négatifs appliqués lorsqu’ils déposent du cash auprès des banques. Par ailleurs, les fonds d’épargne-pension peuvent couvrir les risques de change via des futures ou des opérations de change à terme.

Ces nouvelles possibilités, les gestionnaires les utilisent par contre de temps en temps. "Les épargnants bénéficient ainsi d’une meilleure diversification et d’une réduction du risque de change", explique-t-on chez KBC. BNP Paribas Fortis a aussi introduit des changements: "Nous avons récemment réinvesti nos positions cash en euro dans des fonds de marchés monétaires pour réduire l’impact des taux négatifs", explique Bart Van Poucke.

Règles de diversification

Dans l’ensemble, les fonds d’épargne-pension s’en tiennent à des règles strictes en termes de diversification. En d’autres termes, ils investissent au maximum 70% du portefeuille d’actions dans des actions européennes dont la capitalisation boursière est supérieure à 1 milliard d’euros, un maximum de 30% dans des actions européennes à petite capitalisation et 20% maximum dans des actions non européennes. Les pays non européens doivent cependant faire partie de l’OCDE. Ces fonds investissent par conséquent très peu dans les pays émergents.

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