Plus souvent des pertes que des gains

Le siège de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort. La BCE influence toujours largement l’évolution des bourses européennes. ©Arne Dedert/dpa

Plus de la moitié des fonds "absolute return", dont l’objectif affiché est d’obtenir un rendement positif en toutes circonstances, n’ont pas rempli leur contrat au cours des cinq dernières années. Comment l’expliquer?

Les règles de base des fonds "absolute return" ont été fixées en 2002 dans la troisième directive européenne. Celle-ci permet aux fonds disposant d’un passeport européen d’investir dans des produits dérivés et de répliquer ainsi les stratégies de fonds spéculatifs. Ces fonds disposent donc d’instruments leur permettant d’obtenir un rendement positif, y compris en période de turbulences boursières. Contrairement aux fonds spéculatifs, ils peuvent être proposés aux investisseurs particuliers. 

Les fonds absolute return n’ont décollé qu’en 2009, après que les dégâts de la crise financière avaient démontré que les portefeuilles avaient intérêt à contenir aussi des investissements nageant à contre-courant des marchés d’actions. Comme l’indique leur nom, ils visent à obtenir un rendement positif en toutes circonstances. Ils peuvent exister sous différentes formes: fonds d’actions, d’obligations ou mixtes.

La valeur ajoutée est souvent très marginale, pour autant qu’il y en ait une.
Knut Huys
Deutsche Bank

En Europe, les fonds absolute return représentent aujourd’hui 400 milliards d’euros d’avoirs. Depuis 2017, ils ont perdu du terrain à cause de leurs mauvais résultats. Si l’on se base sur la banque de données de Morningstar, 60% des fonds absolute return affichent en effet un rendement négatif sur cinq ans, y compris depuis la reprise des marchés d’actions ces dernières semaines.

"En théorie, les fonds absolute return devraient également performer pendant les tempêtes boursières, mais dans la pratique, ce n’est pas le cas", explique Knut Huys, de Deutsche Bank. "Leur valeur ajoutée est souvent très marginale, pour autant qu’ils en aient une. Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus: rares sont ceux qui réussissent à mettre en œuvre une stratégie performante, surtout si l’on tient compte des frais parfois très élevés", poursuit-il. Auparavant, il n’était pas rare qu’ils facturent des frais de gestion de 2% et une commission de performance de 20%. "Heureusement, leurs coûts ont baissé ces dernières années, mais ils restent pour la plupart très élevés". Même s’il estime que le secteur recèle quelques perles, Knut Huys préfère les fonds mixtes flexibles qui limitent le risque de baisse.

Prise de risque

Les gestionnaires de ces fonds avancent des arguments pour justifier cette contre-performance. "Les moins bons résultats s’expliquent par des prises de risques trop importantes: trop de risque crédit, levier trop élevé, etc." explique-t-on chez Janus Henderson. Son fonds Income Opportunities affiche un résultat négatif sur cinq ans. "Notre fonds était géré par Bill Gross jusqu’à son départ à la retraite. Depuis que nous avons repris la gestion en main, le fonds affiche un rendement positif", peut-on entendre.

BNY Mellon, le plus grand gestionnaire de fonds absolute return en Europe, souligne les particularités des marchés actuels. "Ces dernières années, les marchés étaient davantage dominés par les banques centrales que par les véritables fondamentaux. Les facteurs macro et les trackers passifs déterminent également la direction du marché. Ces éléments ont compliqué la vie des gestionnaires des fonds absolute return", souligne la banque américaine.

Malgré tout, le gestionnaire continue à croire à ces stratégies. "Les investisseurs doivent prendre en compte le fait que certaines stratégies sous-performent pendant certaines périodes, mais s’en sortent bien à d’autres moments", explique-t-il, soulignant que son fonds a bien résisté pendant la crise du coronavirus. "Au premier trimestre de cette année, les actions européennes ont perdu 23% (Indice Euro Stoxx 600), alors que notre fonds d’actions européennes a limité les dégâts à -1,2% au cours de la même période", souligne-t-il.

Aujourd’hui, les valorisations de certaines actions qui profitent du momentum sont très élevées, alors que des entreprises de qualité disposent d’un potentiel de hausse plus important.

Le gestionnaire britannique Alken Asset Management pointe lui aussi un doigt accusateur en direction des banques centrales. "Le marché est totalement déséquilibré à cause des interventions des banques centrales. De plus, des sommes importantes ont été investies dans des produits passifs, tandis que les actions cycliques affichaient de moins bons résultats. Aujourd’hui, les valorisations de certaines actions qui profitent du momentum sont très élevées, alors que des entreprises de qualité disposent d’un potentiel de hausse plus important", explique le gestionnaire. Aussi est-il convaincu que l’avenir lui donnera raison. "Les dernières années ont été difficiles pour les ‘stock pickers’ traditionnels, mais au final, les investisseurs reviendront aux fondamentaux et les portefeuilles axés sur le long terme tireront les marrons du feu", poursuit-il.

Le fonds d’actions mondiales du gestionnaire britannique Merian Global Investor est un fonds systématique qui analyse les actions sur la base de certains critères. Selon les gestionnaires, la sous-performance du fonds s’explique surtout par la mauvaise année 2019. "Nous avons été victimes des actions ‘glamour’, en d’autres termes, des actions technologiques très chères", explique la société de gestion de fonds.

Mainfirst est un des rares gestionnaires à afficher un rendement positif sur cinq ans. "Nous nous basons sur les tendances qui affichent une croissance structurelle, comme le Cloud Computing, les produits alimentaires ou les soins de santé. Même si ces thèmes sont axés sur le long terme, ils ont montré leur valeur ajoutée au cours des derniers mois en termes de rendement et de risque. Les paramètres de risque de notre fonds n’ont pas changé depuis son lancement en 2013 malgré la baisse des taux et la corrélation accrue entre les différentes classes d’actifs. Pendant le krach du coronavirus, certains thèmes ont affiché un rendement positif, comme les fournisseurs de systèmes de paiements sans contact", explique le gestionnaire Adrian Daniel. 

 

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