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Suivez le guide dans la jungle des fonds alternatifs

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Visant des rendements non corrélés aux marchés financiers, les fonds alternatifs peuvent constituer une diversification intéressante. Mais attention: un fonds alternatif n’est pas l’autre et il n’est pas facile de trouver son chemin au milieu de l’offre très diversifiée.

La plupart des investisseurs particuliers rêvent de rendements parfois exceptionnels comparables à ceux des fonds spéculatifs. Les années difficiles, ces fonds réussissent à faire mieux que le marché en utilisant des dérivés, des créances ou en "shortant" (c’est-à-dire en vendant des actions "empruntées" pour les racheter plus tard à meilleur prix, NDLR). Des produits auxquels les investisseurs lambda n’ont pas accès. La création des "UCITS alternatifs" a changé les choses. Le fonctionnement de ces fonds est comparable à celui des fonds spéculatifs, mais ils sont régulés par des normes européennes: ils sont liquides et transparents et les risques sont contrôlés. Contrairement aux fonds spéculatifs, ils sont donc accessibles aux particuliers.

Le fonctionnement des fonds alternatifs est comparable à celui des fonds spéculatifs.

Investir dans des "alternative UCITS" – UCITS étant l’acronyme de Undertakings for Collective Investment in Transferable Securities – peut représenter une diversification intéressante pour le portefeuille d’un petit investisseur. Vu que les fonds alternatifs promettent des "rendements absolus", ils peuvent jouer le rôle de matelas de sécurité pendant les périodes de nervosité sur les marchés. Ils sont d’ailleurs de plus en plus populaires. Dans les investissements du fonds de la Yale University (29,4 milliards de dollars ou 26,3 milliards d’euros) – une référence en termes de gestion de grands fonds – ils représentent plus de 20% du portefeuille.

22%
Les fonds alternatifs représentent 22% du portefeuille de fonds de la Yale University, une référence en termes de gestion de grands fonds.

Selon LuxHedge, un bureau d’analyse sur les "alternative UCITS" qui dispose d’une banque de données de 1.400 fonds, les fonds alternatifs représentent aujourd’hui 400 milliards d’euros en Europe. Une de leurs caractéristiques est leur grande diversité de stratégies. LuxHedge a réparti ces fonds en six grandes catégories: equity (actions), fixed income (obligations), event-driven, macro, multi-assets et multi-strategy. Ces catégories sont elles-mêmes réparties en sous-segments. La plupart des fonds sont faciles à catégoriser, mais pour certains, cela reste difficile, reconnaît LuxHedge. Aperçu des six grandes catégories.

1. Equity

Font partie de cette catégorie les fonds qui ne réalisent du rendement qu’avec des positions en actions. Ces fonds se distinguent des fonds d’actions traditionnels notamment parce qu’ils spéculent également sur les baisses de cours par le biais de produits dérivés. On trouve par exemple les fonds "long-short" qui misent sur une hausse à certains moments ou dans certains secteurs (long) et sur une baisse à d’autres moments ou sur d’autres marchés (short).

On trouve aussi dans cette catégorie des fonds alternatifs qui utilisent des modèles quantitatifs. Les fonds EFI de Goldman Sachs sont clairement des fonds alternatifs "quants" ou "systématiques". EFI est l’acronyme d’Equity Factor Index. En d’autres termes, les concepteurs de ces cinq stratégies – EFI Europe, EFI World, EFI Emerging Markets, EFI World Long-Short et EFI Europe Long-Short – misent sur ce que l’on appelle les primes de risque. Les spécialistes en investissement répartissent généralement le rendement d’une action en "alpha" (rendement supplémentaire par rapport au marché) et en "bêta" (compensation obtenue pour une exposition à différents facteurs de risque, NDLR). Dans la partie bêta, on distingue le "traditionnel bêta" (le risque de marché ou de l’indice) et les facteurs bêta intelligents ou alternatifs: taille de l’entreprise, valeur, momentum, qualité et "faible bêta".

Les stratèges de Goldman Sachs composent leurs portefeuilles sur la base de ces cinq facteurs. Le résultat de chaque facteur peut fortement varier en fonction des conditions de marché. L’équipe de Goldman Sachs n’a pas opté pour un timing précis, mais essaie de maximiser à tout moment et simultanément l’exposition à ces cinq facteurs. Le processus est entièrement automatisé et basé sur des algorithmes.

À l’heure actuelle, le portefeuille du fonds compte plusieurs centaines de positions, mais l’univers change fréquemment. "Les seuls changements que nous avons apportés au modèle depuis 2003 concernent la stratégie et la liquidité", explique le directeur Tim Rohkemper. En 2018, les rendements d’EFI Europe et EFI World étaient positifs en dépit de la baisse des marchés.

2. Fixed income

On trouve dans cette catégorie les fonds qui appliquent exclusivement des stratégies alternatives à des obligations. Les stratégies peuvent fortement varier. Par exemple, on trouve des fonds qui s’appuient sur la courbe des taux, sur la durée ou prennent uniquement des positions "long" et "short" dans des obligations d’entreprises.

LuxHedge classe également dans cette catégorie les fonds qui investissent dans ce que l’on appelle les obligations "catastrophe". Il s’agit d’obligations devant aider les compagnies d’assurance à rembourser les dommages en cas de grandes calamités, comme les catastrophes naturelles. Si l’événement assuré ne se produit pas, l’assureur paie chaque année un beau coupon et l’investisseur récupère ses avoirs. S’il a lieu, le détenteur de l’obligation perd son apport. Ces obligations sont donc très risquées, mais elles représentent une bonne diversification. Elles ne sont pas non plus sensibles aux taux, ce qui est un atout en cette période de taux bas. AXA Investment Managers propose en Belgique un fonds qui investit uniquement dans ces "cat bonds".

Se retrouvent aussi dans cette catégorie les fonds obligataires qui visent à obtenir un rendement absolu. Plusieurs maisons de fonds proposent ce type de fonds sur le marché belge. Ces fonds reprennent souvent les mots "absolute return" ou "total return" dans leur appellation.

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3. Event driven

Les fonds de cette catégorie essaient de tirer profit des fluctuations de cours d’actions ou d’obligations résultant de certains événements comme des fusions ou des acquisitions. En règle générale, ils ne sont pas corrélés aux marchés étant donné que les gestionnaires souhaitent uniquement tirer avantage de l’événement en lui-même. Dans de nombreux cas, le risque de marché est couvert.

Les "events" ne se limitent pas aux fusions et acquisitions. Il peut aussi s’agir de faillites. On trouve aussi des fonds qui investissent dans des obligations d’entreprises en difficulté financière ("distressed debt").

On trouve en Belgique plusieurs fonds "event-driven" enregistrés, comme le BlackRock Global Event Driven Fund.

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4. Macro

Ces fonds tentent de tirer parti des évolutions macroéconomiques. Ils cherchent à identifier des opportunités d’investissement en étudiant différents facteurs comme l’économie mondiale, les politiques gouvernementales, les taux, l’inflation et les tendances du marché.

Ces fonds peuvent investir dans toutes les classes d’actifs (actions, obligations, devises, matières premières, etc.) mais ils ont souvent recours à des produits dérivés. Ils peuvent par exemple miser sur la volatilité des marchés des changes ou sur une récession imminente. Exemple de fonds de ce type disponible sur le marché belge: le fonds JPMorgan Investment Funds Global Macro.

5. Multi-assets

La cinquième catégorie comprend les fonds qui investissent dans différents actifs et qui prennent surtout des positions "long-short" ou cherchent à obtenir un rendement absolu. On trouve ici les fonds qui investissent dans différents actifs sur la base de la parité des risques. Cela signifie que les différents actifs sont pondérés en fonction du risque qu’ils représentent, ce qui veut dire par exemple que les positions en actions sont généralement plus limitées que les obligations.

"Nous nous focalisons sur les chocs subis par les marchés à cause d’une liquidité limitée."
Loïc Guilloux
H2O Asset Management

H2O AM a clairement opté pour une vision innovante avec ses fonds Barry. H2O AM est un acteur français de taille moyenne qui gère 31 milliards d’euros. Il fait partie de Natixis, mais dispose d’une grande marge de manœuvre au sein du groupe et peut développer des stratégies propres. "Ce fonds n’a pas grand-chose en commun avec les autres fonds ‘globaux’", explique Loïc Guilloux, responsable du développement. Toute la gestion s’appuie sur trois piliers: l’économie mondiale, l’analyse des comportements et les structures de marché.

Avec Active Value, un des fonds Barry, Guilloux essaie de miser sur les changements du marché, en appliquant une stratégie contrariante. "Nous nous focalisons sur les chocs subis par les marchés à cause d’une liquidité limitée. Nous essayons d’identifier les signaux de stress. Si nous constatons du stress sur un actif déterminé, nous y investissons à condition que le marché ne soit pas à la veille d’une baisse. Nous appliquons une approche conservatrice et à court terme." Cette stratégie semble faire ses preuves: au cours de la difficile année 2018, le fonds a clôturé sur un rendement positif de 2,77%. Il est même resté dans le vert pendant le catastrophique quatrième trimestre.

6. Multi-strategy

La dernière catégorie combine différentes stratégies de la palette que nous venons de décrire. On trouve ici le tout nouveau fonds Schroder GAIA Helix. Ces dix dernières années, les Bourses ont profité de gigantesques injections de capitaux des banques centrales – via le rachat massif d’obligations souveraines et d’entreprises – mais elle est aujourd’hui à l’arrêt et nous sommes en phase de désinvestissement. "Le multi-strategy peut apporter une réponse. Dans ces circonstances, les rendements absolus sont encore plus pertinents", explique Alex Burt, Investment Director du gestionnaire britannique Schroders.

Le portefeuille se compose de diverses stratégies aux pondérations différentes. Le centre de gravité se situe dans les "long only". En d’autres termes, les positions directes détenues dans des stratégies d’actions sont complétées par une protection qui neutralise le risque de marché, mais laisse aussi de la place aux stratégies conventionnelles "long-short", à des investissements dans d’autres actifs et aux "stratégies émergentes". Lors de la sélection d’actifs, l’équipe examine d’abord, sous la direction du CIO Robert Donald, les stratégies qui fonctionnent mieux que le marché, et les mettent en perspective par rapport à la phase dans laquelle nous nous situons. Une dose de tactique vient aussi s’y ajouter.

Pour son fonds multi-strategy, Schroders peut utiliser 150 stratégies différentes. Schroder GAIA Helix a été lancé en novembre dernier et est enregistré en Belgique. Pour soutenir le lancement du fonds, Schroders y a lui-même investi 200 millions de dollars.

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