Pourquoi les small caps font mieux que les poids lourds?

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Pour les stratégistes boursiers, les marchés d’actions européens restent "the place to be". Et le mieux est de s’y tourner vers les plus petites valeurs, car elles affichent généralement de meilleurs résultats à long terme que leurs grandes sœurs. Ou pourquoi le dicton anglais "small is beautiful" s’applique aussi en Bourse.

Un autre dicton dit qu’on n’aime que ce que l’on connaît. Cela vaut également pour les petites actions cotées en Bourse. "J’ai fait récemment une présentation sur les small caps. Un auditeur m’a dit que j’avais cité des entreprises dont il n’avait jamais entendu parler. En effet, la presse ne parle pas beaucoup des petites actions, mais cela ne les rend pas moins intéressantes, au contraire", explique Bart Daenekindt, qui gère le fonds KBC Equity Fund EMU Small & Medium Caps.

"Au premier trimestre de cette année, les actions des petites capitalisations ont fait un peu mieux que leurs grandes sœurs. Ce trimestre-ci, c’est plutôt le contraire. Mais à long terme, les petites actions s’en sortent mieux", renchérit Rik Dhoest, analyste en chef à la Banque Nagelmackers. La banque a lancé il y a deux ans un fonds de small caps, qui gère aujourd’hui 117 millions d’euros, contre 10 millions d’euros lors de son lancement en mars 2016. "Depuis la création du fonds, nous affichons un rendement de près de 26%. Cette année, le compteur est légèrement positif (+0,41%). En janvier, nous avons démarré sur les chapeaux de roues, mais nous avons souffert à cause des fluctuations de cours. Depuis lors, nous sommes en train de combler le recul. Le mois dernier, nous en étions à +2,5%."

"Au cours de l’année, nous avons acheté pas mal d’actions dont le modèle opérationnel est plus prévisible - par exemple celles de la chaîne de salles de fitness Basic Fit - et qui ne sont liées ni au dollar ni aux tarifs douaniers. Par ailleurs, nous nous sommes séparés du fabricant néerlandais de vélos Accell. Nous ne sommes pas des traders: nous essayons de comprendre la stratégie des entreprises. Si quelque chose tourne mal, nous sortons, quitte à y laisser des plumes."

4 à 5 fois mieux

Pour soutenir ses propos, Rik Dhoest sort un graphique montrant que les petites actions s’en sortent mieux à long terme. "Si vous prenez une base de 100 au 1er juillet 2006, les small caps européennes sont aujourd’hui à 233, contre 176 pour les grandes actions ou large caps."

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Bart Daenekindt s’appuie lui aussi sur quelques chiffres: "L’indice MSCI Europe, qui reprend les moyennes et grandes entreprises cotées de 15 pays européens, a augmenté de 55% depuis le 29 décembre 2000, tandis que le MSCI Europe Small Caps a augmenté de 308%. Idem pour l’indice MSCI EMU et son équivalent qui reprend de plus petites actions. Le premier a augmenté de 39,9% au cours de la même période, contre 267% pour le second. Conclusion: les petites capitalisations font 4 à 5 fois mieux que leurs grandes sœurs."

Comment expliquer cette différence? "Les plus petites entreprises sont en général des sociétés qui ont globalement un potentiel de croissance plus important que les large caps", explique le gestionnaire de fonds

Antoine de Crépy, d’AXA IM. Il gère depuis des années le fonds AXA World Funds Framlington Microcap, qui a remporté cette année un des Awards de l’Echo et se concentre sur les entreprises dont la capitalisation boursière est inférieure à 860 millions de dollars. "Nous nous intéressons aux leaders de marché. Nous recherchons également des entreprises capables de financer leur croissance et d’augmenter leurs parts de marché."

Qui dit entreprise de croissance pense certainement à des risques accrus et à davantage de volatilité du cours de Bourse. Ce que réfute Bart Daenekindt: "Pour les grandes actions, la volatilité entre fin 2000 et aujourd’hui a été de 21,55%, contre 18,93% pour les petites actions." Concrètement, cela signifie qu’au cours de cette période, les actions des grandes entreprises ont oscillé dans une fourchette de +21,55% et -21,55%, tandis que les plus petites valeurs oscillaient dans une fourchette plus réduite (+/- 18,93%). "Conclusion: un investissement dans une small cap peut rapporter un rendement nettement supérieur pour un risque plus faible."

"De plus, il y a moyen de composer son portefeuille de manière à limiter les risques, poursuit Antoine de Crépy. Chaque action présente bien entendu des risques spécifiques, mais si les valeurs sous-jacentes de votre portefeuille sont peu corrélées, l’ensemble est moins volatil."

"Dans les petites entreprises, les lignes de décision sont aussi plus courtes. Résultat: elles sont plus flexibles. Dans les grandes entreprises, cela prend généralement plus de temps."

Perles rares

Autre différence: les grandes sociétés sont suivies par de nombreux analystes. "En moyenne, on compte 18 analystes par entreprise, alors que les plus petites valeurs ne sont suivies en moyenne que par deux ou trois analystes. C’est donc un terrain davantage inexploré, ce qui est idéal pour un gestionnaire actif à la recherche de perles rares", estime Bart Daenekindt. Pour les investisseurs particuliers, c’est moins facile. Certaines de ces petites actions sont cotées dans des segments de la Bourse moins régulés, ce qui complique la recherche d’informations (financières).

Pour obtenir des informations, les analystes et gestionnaires de fonds essaient de rencontrer régulièrement le management. "Cela permet de mieux comprendre l’entreprise", explique Rik Dhoest.

"D’ailleurs, nous rencontrons plus souvent le management des petites entreprises. Non pas qu’ils nous en disent plus  la communication des sociétés cotées est strictement contrôlée  mais ils font généralement plus d’efforts pour expliquer le contexte spécifique à leur secteur que les grandes entreprises. Et ils se déplacent aussi plus souvent à Bruxelles pour rencontrer les analystes et les investisseurs, ce qui n’est pas le cas des grandes entreprises. Ce qui est positif, c’est que nous pouvons avoir un contact direct avec la direction, alors qu’avec les grandes sociétés, nous ne rencontrons généralement que le responsable du département investor relations, en d’autres termes, la personne de contact pour les investisseurs. C’est tout de même un filtre au niveau des informations", estime Bart Daenekindt.

C’est cette différence qui explique en partie que les petites actions font mieux que leurs grandes sœurs, poursuit Bart Daenekindt. "La prime de risque plus élevée (entreprises moins liquides) et l’amélioration des marges (entreprises en développement) sont une autre explication."

Du côté des inconvénients, on retiendra l’illiquidité des actions. "C’est un élément dont il faut tenir compte lorsque vous constituez votre portefeuille. Les investisseurs institutionnels doivent aussi être attentifs à ce que leurs transactions n’impactent pas trop le cours de Bourse, à cause des volumes importants", explique Antoine de Crépy.

Cibles faciles

"Autre aspect intéressant pour les investisseurs: les petites entreprises font souvent l’objet d’offres de reprise", explique Rik Dhoest. Lorsqu’une société est rachetée, la transaction se fait en général avec une prime par rapport au cours de Bourse du moment.

"Depuis le début de l’année, nous avons déjà assisté à quatre fusions et acquisitions au sein de notre portefeuille." C’est le cas de la société française Naturex, qui a été rachetée par le groupe suisse Givaudan, et de la société britannique Fenner, acquise par Michelin. Ces entreprises ont dès lors disparu du portefeuille.

 "Dans notre fonds, c’est Refresco qui a été rachetée", précise Rik Dhoest.  

La fin des bonnes affaires

Qu’en est-il de la valorisation de ces petites actions? "Avec un ratio moyen cours/bénéfice de 17, les small caps européennes ne sont plus vraiment bon marché, sans être toutefois exagérément chères", estime Rik Dhoest. "Historiquement parlant, les small caps s’échangent en moyenne avec une prime de 5%. Pour l’instant, elle est de 10%. Ces actions sont donc un peu plus chères que la moyenne, mais les prix ne sont pas exubérants", renchérit Bart Daenekindt.

"Historiquement parlant, les small caps s’échangent en moyenne avec une prime de 5%."
Bart Daenekindt
Gestionnaire de fonds chez KBC AM

"Les ratios cours/bénéfices des small et large caps sont proches, mais pour les petites actions, on peut s’attendre à une hausse plus rapide des bénéfices. L’économie se porte bien et nous pouvons nous attendre à une période de croissance qui justifie les valorisations actuelles", ajoute Antoine de Crépy.

Que pensent les experts de la hausse des taux attendue? Peut-elle être un frein au développement du marché des fusions et acquisitions? "Une hausse des taux rendrait les crédits plus chers, c’est un fait, et pourrait aussi assécher les sources de financement. Mais nous ne pensons pas que ce soit pour demain", poursuit Antoine de Crépy. Le taux à long terme a déjà beaucoup augmenté, mais reste encore historiquement assez bas. Une première hausse du taux (à court terme) par la Banque Centrale Européenne n’est pas attendue avant la seconde moitié de l’an prochain. Et cette hausse devrait être très progressive.

"Nous conseillons également aux investisseurs d’investir graduellement. Il vaut mieux par exemple investir trois fois 200 euros qu’une fois 600 euros."

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