Questions de lecteurs à Terry Smith et Philipp Vorndran

Philipp Vorndran est stratège en chef du gestionnaire de fonds allemand Flossbach von Storch. ©rv

Fin septembre, nous avons eu l’honneur et le plaisir d’accueillir deux célèbres gestionnaires de fonds à l’occasion de l’événement professionnel Fund Insiders Forum, organisé par L’Echo et De Tijd. Florilège de questions posées par nos lecteurs.

«Les banques centrales ne permettront jamais que les taux remontent rapidement.»
Philipp Vorndran
Flossbach von Storch

Philipp Vorndran

Philipp Vorndran est stratège en chef du gestionnaire de fonds allemand Flossbach von Storch. C’est à lui que l’on doit la stratégie du fonds mixte Flossbach von Storch Multiple Opportunities, très populaire en Belgique.

Votre fonds mixte investit aujourd’hui plus de 70% en actions. Cela veut-il dire qu’il existe peu de solutions alternatives?

Philipp Vorndran: «J’aime beaucoup TINA (There is no alternative, NDLR), mais pas comme argument pour investir en actions. Lorsque nous optons pour une certaine classe d’actifs, nous devons toujours nous demander quel rendement réaliste nous pouvons en attendre. Je pense que les actions sont la seule classe d’actif liquide capable au cours des cinq prochaines années – déduction faite des frais et des taxes – d’offrir un rendement supérieur à l’inflation. Je m’attends à un rendement moyen de 4,5% par an. Nous n’investissons donc pas en actions à cause de “TINA”, mais parce que nous nous attendons à un rendement acceptable

Vous êtes adeptes du "stock picking" et n’essayez pas de répartir votre portefeuille sur une base régionale ou sectorielle. Pourquoi?

Vorndran: «La raison est simple. Une entreprise de Tombouctou avec une bonne stratégie est aussi intéressante qu’une entreprise gantoise qui dispose d’un bon plan. Pour nous, la situation géographique n’est pas vraiment importante. À chaque décision d’investissement, nous nous posons trois questions. Le modèle opérationnel peut-il être déployé à l’échelle mondiale? Est-il suffisamment réaliste et défendable? Le management est-il compétent? Si la réponse à ces questions est positive, nous analysons l’entreprise en profondeur et essayons de calculer sa juste valeur. Nous la comparons ensuite au cours de l’action. Selon le résultat, nous décidons ou non d’investir. Nous sommes très sélectifs. Nous n’investissons que dans 40 à 60 actions

Votre fonds comprend 10% d’or. Pourquoi?

Vorndran: «Nous estimons que l’or est une classe d’actif qui devrait suivre l’inflation – pas plus, mais pas moins non plus. Au cours des 2.500 dernières années, l’or a toujours joué le rôle de protection contre l’inflation et c’est pourquoi nous en avons en portefeuille. Nous ne le détenons pas à des fins spéculatives. Le métal jaune a montré sa capacité de résistance en période de crise.»

Pensez-vous que des bulles spéculatives sont en train de se former sur les marchés financiers?

Vorndran: «Je m’inquiète pour le secteur immobilier. Les taux bas ont modifié la valorisation de l’immobilier. Si nous ne payons qu’un taux de 1% pour un crédit hypothécaire, il est logique que les prix augmentent. Mais s’agit-il d’une bulle spéculative sur le point d’éclater? Nous ne le croyons pas. Les banques centrales ne le permettront jamais. C’est pourquoi nous ne pensons pas que les taux remonteront rapidement, même si l’inflation reprend. Les pouvoirs publics ne peuvent pas vivre avec une hausse des taux à cause de la montagne de dettes qu’ils ont accumulée. Toute hausse des taux serait une catastrophe pour le budget

Terry Smith gère le FundSmith Equity Fund, un fonds d’actions internationales qui surperforme nettement le marché depuis sa création en 2010. ©Mary Turner/Panos Pictures

Terry Smith

Terry Smith gère le FundSmith Equity Fund, un fonds d’actions internationales qui surperforme nettement le marché depuis sa création en 2010. Smith est dès lors souvent surnommé le «Warren Buffet européen».

Vous dites que la qualité est votre principal critère lorsque vous sélectionnez des actions. Que pensez-vous de la qualité des actions FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix, Google/Alphabet)?

Terry Smith: «Les acronymes ne sont pas réellement utiles pour les investisseurs. Pensez à l’an 2000, au moment où Goldman Sachs a lancé l’acronyme BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine, NDLR). Nous pouvons constater aujourd’hui que les performances de la Chine sont aux antipodes de celles du Brésil. Je ne pense donc pas que les acronymes aient une quelconque utilité, même pour les FAANG. Il s’agit de segments très différents du secteur technologique. Facebook est actif dans les réseaux sociaux, Apple vend de l’électronique aux consommateurs, Amazon est un détaillant… Amazon se négocie à un ratio cours/bénéfices de 127 et offre un rendement sur capitaux investis (ROI ou Return on Investment, NDLR) de 9%. Ce n’est pas vraiment impressionnant. Apple affiche un ratio cours/bénéfices de 46 avec un ROI de 29%. Cela peut être plus intéressant pour un investisseur à long terme. Avec les acronymes, vous risquez également de passer à côté de certaines opportunités. Ainsi, nous investissons dans Microsoft, une société à la capitalisation boursière aussi imposante que celle des entreprises FAANG. Nous détenons aussi des actions Facebook, parce que l’entreprise est leader des réseaux sociaux et qu’elle représente un duopole avec Google/Alphabet sur le marché de la publicité en ligne. Facebook est aussi très rentable, et ce depuis le premier jour.»

«Pendant la crise du coronavirus, nous avons acheté Nike et Starbucks, deux entreprises qui affichent un ROI élevé.»
Terry Smith
Fundsmith Equity

Quelle est l’importance du rendement du dividende dans votre processus de sélection?

Smith: «Nous n’en tenons aucun compte. J’estime qu’il ne faut pas investir dans une action pour son dividende, mais pour le rendement total. Je préfère qu’une entreprise dont le ROI est de 30% réinvestisse ses bénéfices dans son développement. Cela peut être beaucoup plus rentable. Les investisseurs peuvent aussi réinvestir le dividende dans l’entreprise, mais dans ce cas, ils perdent une partie sous forme de taxe. Le véhicule d’investissement de Warren Buffett, Berkshire Hathaway, n’a par exemple jamais distribué le moindre dividende

Avez-vous modifié la composition de votre portefeuille à cause de la crise du coronavirus?

Smith: «Pas vraiment. Nos transactions sur actions ne sont pas très nombreuses. Le seul à en profiter, ce serait le courtier. Ces derniers mois, nous avons modifié trois de nos positions. Pendant la crise, nous avons vendu Clorox, un producteur américain de produits désinfectants. L’entreprise a connu une forte croissance pendant la crise et nous avons revendu l’action parce que la valorisation avait trop augmenté. Nous avons ensuite acheté une participation dans deux entreprises, Nike et Starbucks. Ces actions, que nous regardions depuis longtemps, mais que nous trouvions trop chères, ont perdu plus de 40% pendant la crise. Leur ROI se situe à un niveau historiquement haut, proche de 30%, et elles affichent une croissance annuelle de 7 à 10%. Nous pensons que cette évolution peut se poursuivre. Nous trouvons Nike intéressante parce qu’elle a obtenu un taux de pénétration élevé sur le marché des ventes en ligne. Nous avons acheté Starbucks entre autres parce que son principal concurrent en Chine – le deuxième marché de Starbucks – est accusé de fraude.»

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