Rendement négatif sur les trois dernières années pour les fonds amiraux

Thomas Herbert (Ethenea) ©doc

Ceux qui ont acheté le fonds français Carmignac Patrimoine il y a trois ans ont perdu de l’argent. Idem pour le challenger Ethna-AKTIV (T). Tous deux se préparent à un ralentissement de l’économie.

Carmignac Patrimoine et Ethna-AKTIV ont le même objectif: protéger les investisseurs contre les krachs boursiers en appliquant une stratégie défensive et afficher à long terme un rendement positif. Ces trois dernières années, l’objectif n’a pas été atteint: les Français ont enregistré un rendement annuel négatif de -1,5% en moyenne, contre -1,1% pour Ethna-AKTIV. Et les choses ne se sont pas arrangées depuis le début de cette année, avec des pertes oscillant entre 1 et 2% (voir tableau).

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Sandra Crowl, membre du comité d’investissement de Carmignac, parle de temps difficiles pour les investisseurs. "La reprise économique mondiale est en train de s’essouffler. En même temps, les banques centrales réduisent la taille de leurs bilans. Troisième facteur dont il faut tenir compte: la vague anti-immigration en Europe et l’arrivée au pouvoir de gouvernements populistes qui sont plutôt anti-système que réformateurs."

"Nous privilégions les entreprises qui n’ont pas besoin de s’appuyer sur une économie forte."
Sandra Crowl
Membre du Comité d’investissement chez Carmignac

Comment cette situation se répercute-t-elle sur le portefeuille? Sandra Crowl: "En ce qui concerne les actions, nous privilégions la qualité. Notre fonds comprend environ 30% d’actions, dont 30% sont liées à internet. Nous privilégions les entreprises qui n’ont pas besoin de s’appuyer sur une économie forte. Nous investissons également dans l’industrie pharmaceutique. Cette année, nous avons enregistré de bons résultats dans ce secteur."

Depuis le début de l’année, le portefeuille obligataire de Carmignac Patrimoine fait plutôt grise mine. "Dans les pays du ‘noyau dur’, le marché obligataire est fortement surévalué, en particulier le Bund allemand. Mais qu’avons-nous constaté pendant la période d’incertitude en Italie? Que le taux allemand à dix ans a atteint un nouveau plancher de 0,25%. Nous trouvons le papier italien plus intéressant que les obligations allemandes, en raison de la prime de risque importante intégrée dans le taux, à laquelle s’ajoutent des fondamentaux économiques positifs et l’amélioration du surplus de la balance commerciale… Nous conservons donc nos positions sur le papier italien et nous nous attendons à une baisse de leurs taux. Nous sommes convaincus qu’à moyen-long terme, les obligations allemandes subiront une forte correction."

Carmignac Patrimoine versus Ethna-AKTIV T
  • Carmignac Patrimoine et Ethna-AKTIV (T) sont des fonds patrimoniaux bien connus. La protection du capital (à terme) est une des priorités des gestionnaires.
  • Ce type de fonds est très populaire. Carmignac Patrimoine comptabilise plus de 20 milliards d’euros d’actifs.
  • Les deux fonds comprennent une minorité d’actions. À cause de leur taille, ces investissements se font via des futures ou des actions très liquides de sociétés stars.
  • Les deux fonds ont récemment réorganisé leur portefeuille obligataire, afin d’augmenter la solvabilité moyenne des émetteurs et de réduire la duration.

Pour Ethna-AKTIV, les pertes ont commencé en 2016. Le responsable de la gestion du portefeuille Thomas Herbert, d’Ethenea, se souvient: "Début 2016, les Bourses ont commencé à baisser à cause du ralentissement en Chine et des corrections des prix des matières premières qui ont suivi. À ce moment-là, personne ne pouvait dire si cette correction serait de courte durée ou si elle marquait le début d’une longue période de baisse. Notre engagement, c’est de protéger le capital. Par conséquent, le cogestionnaire Luca Pesarini a décidé de sortir totalement de la Bourse. Cette décision s’est avérée être la bonne. Mais lorsqu’il est apparu que cette correction était de courte durée, nous avons manqué le train de la remontée. Ce fut une erreur."

Le poids des actions du fonds Ethna-AKTIV peut varier en théorie entre 0 et 49%. "Depuis le début de cette année, nous oscillons entre 0 et 32% et à l’heure où je vous parle, nous en sommes à 21,5%", explique Thomas Herbert.

Aujourd’hui encore, pour protéger les capitaux, les gestionnaires d’Ethna-AKTIV sont prêts à ramener à zéro la part des actions en cas de grabuge sur les marchés. Mais la situation devrait être gérée différemment qu’en 2016. Thomas Herbert: "En avril, nous avons dû faire face à la recrudescence des tensions en Syrie. Les Américains voulaient empêcher le régime syrien de lancer de nouvelles attaques chimiques. Nous avons alors décidé d’acheter des options pour nous protéger contre une baisse des Bourses. Au final, cette assurance s’est avérée inutile, car les Bourses ont finalement augmenté. Grâce aux options, nous pouvons toujours nous protéger contre les aléas boursiers sans passer à côté du potentiel de hausse. De plus, les frais de transaction sont beaucoup plus bas."

La qualité avant tout

Ethna-AKTIV comprend de 50 à 60% d’obligations, conséquence logique de son profil défensif. La composition du portefeuille obligataire est en pleine métamorphose. "Nous sommes en train d’armer notre portefeuille contre le risque de récession. Nous ne savons pas quand elle arrivera, mais elle frappera tôt ou tard, c’est une certitude. C’est pourquoi nous avons nettement augmenté le niveau moyen de solvabilité. La ‘duration’ (durée moyenne pondérée, NDLR) du portefeuille obligataire a été réduite à environ cinq ans."

"Nous armons notre portefeuille contre le risque de récession."
Thomas Herbert
Responsable de la gestion de portefeuille chez Ethenea

"En diminuant la duration, le portefeuille obligataire perdra moins de valeur en cas d’élargissement du ‘credit spread’ (différentiel de crédit, NDLR), soit la différence entre le taux des obligations d’entreprises et les taux souverains. Ce n’est pas un hasard si la duration est de cinq ans: les dérivés comme les ‘Crédit Default Swaps’ (CDS) apportent une protection à cinq ans. Si nous alignons notre portefeuille sur ce délai, nous pourrons éliminer le risque de taux. Plus encore, nous pouvons nous surprotéger, afin de gagner en cas de hausse des taux et du différentiel de crédit."

Thomas Herbert ajoute: "Nous avons effectué cette transformation avec un minimum de frais de transactions. La négociation d’obligations est particulièrement chère, car la liquidité des titres laisse à désirer. C’est pourquoi nous utilisons des dérivés."

Dollar capricieux

Sandra Crowl reconnaît elle aussi que le fonds a opté pour des émetteurs d’obligations de meilleure qualité, tout en réduisant la duration. Par ailleurs, elle souligne que la volatilité du cours euro-dollar représente un vrai défi. "L’an dernier, la moitié de nos positions en dollars étaient couvertes. Mais apparemment, ce n’était pas suffisant. Nous devons tenir compte du fait que la monnaie unique peut encore s’affaiblir si le taux à court terme continue à augmenter aux États-Unis."


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