Publicité
interview

Rose Ouahba: "La tendance s'avère haussière sur les rendements obligataires"

©Kristof Vadino

Rose Ouahba gère la partie obligataire du fonds Patrimoine de Carmignac. Nous avons profité du passage à Bruxelles de la gestionnaire de fonds pour lui poser quelques questions sur l’évolution du marché obligataire.

L’année s’avère mouvementée pour le fonds car les marchés obligataires et d’actions connaissent de nombreux remous, entre les banques centrales qui mènent une politique désormais moins accommodante et des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, qui provoquent des mouvements saccadés vers les actifs refuges. Sur les marchés obligataires, les taux américains ont suivi la direction des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine, et ont emmené dans leur sillage les rendements européens, même si la Banque centrale européenne n’a pas encore relevé ses taux d’intérêt et rachète encore des obligations sur le marché. Mais ils ont aussi bénéficié d’un mouvement de repli des capitaux vers les marchés américains, un mouvement toutefois limité.

Est-ce que la tendance actuelle est haussière sur les obligations d’État?

CV EXPRESS
  • Rose Ouahba est responsable des obligations internationales chez Carmignac. Elle a rejoint la firme de gestion française en 2007.
  • De 1999 à 2007, elle est gestionnaire de fonds spécialisés dans les obligations internationales chez IXIS Asset Management.
  • De 1997 à 1999, elle gère des fonds obligataires chez Écureuil Gestion.
  • Elle débute sa carrière en 1995 comme négociante de produits obligataires et de devises à la Caisse des Dépôts et Consignations.
  • Elle a un Master en Ingénierie et un DESS en ingénierie financière.

La tendance globale s’avère haussière sur les rendements obligataires après un été marqué par la fuite vers la qualité. Les raisons de cette fuite s’estompent, mais ne disparaissent pas. On connaît une fenêtre d’accalmie. Les investisseurs se reconcentrent sur les fondamentaux. Parmi les raisons de la fuite vers la qualité, on retrouve les tensions commerciales, qui pèsent sur les marchés émergents, et les tensions politiques en Italie avec le nouveau gouvernement et ses relations avec l’Union européenne. Les investisseurs ont favorisé les obligations allemandes et américaines ainsi que le noyau de la zone euro. Toutefois, cette préférence marque désormais une pause, et les taux européens et américains devraient se tendre dans les prochaines semaines.

Qu’en est-il avec les taux à court terme?

Nous anticipons que la Réserve fédérale américaine surprenne les marchés en exécutant ses hausses d’intérêt, car les anticipations de marchés sont trop complaisantes. Si les pressions commerciales diminuent, la Fed pourrait accélérer sa remontée de taux d’intérêt, car les tensions commerciales représentent le dernier nuage sur la politique monétaire de la Banque centrale. Les marchés sous-estiment la remontée des taux d’intérêt américains l’année prochaine. L’économie américaine tourne fort, mais un ralentissement économique est probable en 2019. Cependant, tous les voyants sont aujourd’hui au vert car le deuxième volet du plan fiscal, consistant en des dépenses, stimulera la croissance.

En Europe, la situation est différente?

En Europe, on assiste à une situation inverse. La Banque centrale européenne maintient artificiellement ses taux d’intérêt en territoire négatif, ce qui pentifie naturellement la courbe des taux. Elle ancre la partie longue de la courbe avec la partie courte. Lorsque la BCE décide de ne pas bouger pendant 12 mois, elle ancre la partie courte de la courbe. De plus, la BCE procède encore à des rachats d’actifs jusqu’à la fin de l’année.

Qu’attendre en 2019?

La hausse des taux allemands et le retour vers une valeur fondamentale proche de 0,8% dépendra de l’évolution de la prime de risques liés à trois facteurs: les négociations du Brexit, qui représentent un risque pour l’Union européenne, l’évolution de l’échiquier politique européen et la montée des partis eurosceptiques et la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Si ces trois incertitudes se dissipent, il n’y aura plus d’obstacle à la remontée des taux, d’autant que le resserrement monétaire milite pour des taux d’intérêt plus élevés.

"Nous avons écarté l’idée d’une chute de l’inflation."
Rose Ouahba
Gestionnaire de fonds chez Carmignac

La faiblesse des taux obligataires reflète-t-elle la faiblesse de la croissance?

Les taux d’intérêt reflètent le ralentissement de l’économie au deuxième semestre. En effet, nous assistons à une baisse de la confiance des entreprises et des indicateurs PMI. Mais dans la plupart des pays, l’indice PMI reste au-delà de 50, ce qui montre que la croissance reste présente.

Avez-vous constaté un retrait des capitaux des marchés européens?

©Kristof Vadino

Le phénomène est marqué sur la dette italienne. On avait déjà observé un tel retrait en 2011-2012. Mais depuis l’élection du gouvernement, les retraits des investisseurs internationaux ont été compensés par les investisseurs domestiques. En dehors de l’Italie, les flux sont plutôt stables.

Les flux se sont surtout reportés sur les marchés américains?

Les marchés américains ont légèrement profité de la fuite vers la qualité. Mais comme les intervenants de marché sont conscients que les Etats-Unis connaissent une remontée des taux d’intérêt, le mouvement a été extrêmement limité. La baisse des taux obligataires n’a pas été aussi importante que le mouvement de retrait des marchés émergents. En Allemagne, les taux auraient dû être plus bas. Les vraies valeurs refuges sont le dollar et le yen.

Comment adaptez-vous votre stratégie face aux nombreux mouvements de marché cette année?

Nous avions des positions vendeuses sur le Bund que nous avons neutralisées durant la crise italienne. Depuis deux semaines, nous les avons remises en place lorsque nous avions eu davantage de visibilité sur les intentions du gouvernement italien. Ainsi, depuis septembre, nous avons de nouveau mis en place des positions pour se protéger de la hausse des taux d’intérêt.

Avez-vous des obligations liées à l’inflation?

La prime est basse car les marchés se disent que l’inflation et le taux de chômage ne sont pas en relation à cause du facteur démographique. Les "baby boomers" à salaire élevé sont remplacés sur le marché du travail par des Millenials moins chers. Mais l’économie va mieux et peut-être va-t-on assister à une accélération de l’inflation. De plus, certains marchés montrent de la surchauffe. Aux Etats-Unis, le système de transports par camion est saturé avec un taux d’utilisation des capacités proche de 100%. En Europe, certes, l’emploi s’est amélioré, mais le marché de l’emploi européen est beaucoup moins flexible et plus coûteux qu’aux Etats-Unis. La prime d’inflation ne s’est pas matérialisée, mais elle finira par se présenter. Dans ce contexte, nous sommes détenteurs d’obligations américaines liées à l’inflation. On assiste à une combinaison entre une prime d’inflation peu présente et une économie qui se rétablit. Ce risque est donc peu cher. Nous avons écarté l’idée d’une chute de l’inflation et considérons même qu’un potentiel de hausse est désormais présent.

Nous ne sommes donc plus comme en 2014, face à de la déflation?

Non. Les taux négatifs en Europe ont répondu à un scénario de déflation qui n’a plus lieu d’être. Mais la BCE reste prudente pour ne pas casser un cycle de croissance graduelle et prend toutes les assurances possibles avant de remonter ses taux.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés