"Il est difficile de faire des plans à très long terme" (Sébastien Bohler)

"Fermes d’Avenir" encourage et accompagne les fermiers dans leur transition vers l’agriculture biologique. ©AFP

Le striatum, une petite structure nerveuse de notre cerveau, est impliqué dans la satisfaction immédiate de nos besoins. C’est pourquoi il nous est très difficile de prendre des mesures en faveur du climat. Le gestionnaire français DNCA a proposé quelques solutions au cours d’une journée de réflexion organisée pour ses clients.

Le thème de réflexion de la journée "Beyond Day" était consacré aux grands problèmes actuels et avait pour objectif de sensibiliser les invités à certaines problématiques. Pas un mot ne devait être prononcé sur les fonds de placement ou sur les marchés financiers. Pour cet événement, la maison de fonds avait choisi un cadre parfaitement adapté: le Château de Longchamp dans le Bois de Boulogne à Paris, un château restauré qui abrite le siège de la Fondation Good Planet du célèbre photographe et producteur de films documentaires Yann Arthus-Bertrand.

Les 200 participants n’ont pas reçu de réponses toutes faites. Mais les différents orateurs ont suggéré plusieurs pistes possibles pour augmenter la durabilité. La contribution la plus remarquable lors de cette journée de réflexion fut celle de Sébastien Bohler, spécialiste en neurobiologie moléculaire et auteur du célèbre ouvrage "Le bug humain", où il tente d’expliquer pourquoi l’humanité a laissé aller les choses aussi loin et semble incapable de prendre les mesures adéquates pour résoudre tous les maux liés à nos "excès": surpopulation, surproduction, surconsommation, surchauffe, surpoids, surendettement.

Sébastien Bohler a trouvé l’explication dans une petite structure de notre cerveau: le striatum, qui régit nos comportements depuis la nuit des temps. Il permet à notre cerveau de viser cinq objectifs pour assurer la survie de l’espèce: manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, étendre son territoire et s’imposer face à autrui. Si nous continuons sur notre lancée, ce moteur comportemental pourrait s’avérer fatal pour notre planète et la race humaine, car nous cherchons une satisfaction immédiate de nos besoins et sommes incapables de penser à long terme. "Le striatum ignore la notion de temps, explique Sébastien Bohler. C’est pourquoi il est difficile pour les humains de prendre des mesures pour un avenir très lointain." Comme par exemple le climat.

La solution à ce problème n’est pas simple et exige beaucoup de discipline, une qualité qui fait précisément défaut dans notre monde d’hédonisme et de confort. Sébastien Bohler a cependant dégagé quelques pistes possibles: avec un peu de modération, de prise de conscience et d’altruisme, l’humain pourrait déjà parcourir un bon bout de chemin. Le sentiment d’appartenance ("l’esprit de groupe") peut aussi nous aider. "J’ai demandé à ma fille de dix ans si elle était prête à sacrifier une nouvelle paire de sneakers en faveur de l’environnement. Elle a commencé par me regarder d’un air déconfit et a ensuite répondu: ‘D’accord, si toute la classe le fait’", raconte Sébastien Bohler.

Fermes d’Avenir

Parmi les orateurs se trouvait également le Belge Gunter Pauli, connu en tant qu’ancien patron d’Ecover, le fabricant de produits d’entretien écologiques. Ces 25 dernières années, Gunter Pauli s’est investi dans le développement de méthodes de production non polluantes et est devenu un conférencier et auteur très demandé sur le thème de l’économie respectueuse de l’environnement. Comme exemples de solutions innovantes au potentiel important, il a cité entre autres un désherbant à base de chardons, de papier de pierre et de LiFi (transmission de données via la lumière).

"Nous fabriquons nos bijoux exclusivement avec des diamants synthétiques et de l’or recyclé. Les mines de diamant causent des dégâts gigantesques à l’environnement."
Manuel Mallen
fondateur du joaillier Courbet

Maxime de Rostollan suit la même direction avec ses "Fermes d’Avenir". Cet ingénieur-chimiste a pris comme point de départ le coût très élevé de l’agriculture "chimique" pour la société, non seulement à cause des engrais, des pesticides et des herbicides, mais aussi en termes de pollution, qui tuent nos terres agricoles et a un impact important sur la biodiversité et la santé humaine. Le coût total pour rendre aux terres agricoles leur pureté et leur santé est estimé à 60 milliards d’euros par an pour la seule France. Avec ses "Fermes d’Avenir", une organisation qui encourage et accompagne les fermiers dans leur transition vers l’agriculture biologique, il souhaite démontrer "qu’investir dans la terre" permet d’obtenir de meilleurs produits et de rendre les fermiers plus heureux, tout en étant bénéfique pour les écosystèmes naturels.

Enfin, deux entrepreneurs d’horizons très différents sont venus témoigner de la manière dont ils avaient amélioré la durabilité au sein de leur entreprise. L’an dernier, après une carrière de 25 ans dans le secteur du luxe, Manuel Mallen a lancé la nouvelle marque – Courbet – rien moins que sur la Place Vendôme, le centre du luxe de Paris. Avec dès le départ un engagement de taille: le bijoutier travaille exclusivement avec des diamants synthétiques et de l’or recyclé. "Sur le plan scientifique, il est impossible de faire la distinction entre des diamants synthétiques et naturels. Même si un diamant synthétique brut coûte pratiquement le même prix qu’un diamant naturel, nos bijoux se vendent 40% moins cher", explique Manuel Mallen. Quelle est sa motivation? "Si les conditions de travail particulièrement pénibles dans les mines de diamant se sont un peu améliorées, les dégâts causés à l’environnement sont gigantesques."

Le fabricant français de petits appareils électroménagers SEB a lui aussi changé de cap et apparaît aujourd’hui comme un pionnier si l’on se réfère à la récente directive européenne. Vu que de nombreux appareils sont jetés après un temps assez court, SEB a décidé il y a huit ans de fabriquer des produits réparables. L’entreprise a constitué des stocks importants de pièces de rechange et a bâti un réseau paneuropéen de 6.500 réparateurs professionnels. Aujourd’hui, 95% des appareils de marque SEB peuvent être réparés, et ce pendant dix ans.

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