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Jennifer Wu (JP Morgan): "L’ESG redonne vie à la gestion active"

Jennifer Wu, en charge des investissements durables chez JP Morgan Asset Management. ©Diego Franssens

"Pour nos fonds durables, nous appliquons nos principes de gestion active: rechercher sans cesse des informations dont le marché ne dispose pas encore", explique Jennifer Wu, en charge des investissements durables chez JP Morgan Asset Management.

Dans la ville égyptienne de Sharm El-Sheikh, la conférence des Nations Unies sur le Climat – COP 27 – va bientôt se clôturer. Jennifer Wu suit cette conférence avec certaines réserves. "L’an dernier à Glasgow, plusieurs pays, dont la Chine et l’Inde, ont affiché des ambitions climatiques très claires. Lors du sommet de Sharm El-Sheikh, nous saurons dans quelle mesure ces ambitions sont confirmées. C’est très important pour les investisseurs, car la vitesse à laquelle les pays évoluent a également un impact sur le profil risque-rendement des portefeuilles d’investissement", explique-t-elle.

"Nous attendons avec impatience une norme internationale pour définir les droits d’émission."

Jennifer Wu

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Selon Wu, la COP27 est aussi importante pour d’autres raisons. "Nous attendons avec impatience une norme internationale pour définir les droits d’émission. La définition actuelle est trop vague et provoque parfois de doubles comptages. Des accords internationaux réduiraient le risque d’écoblanchiment", selon elle.

Le gestionnaire patrimonial allemand DWS a été condamné pour écoblanchiment. Qu’est-ce que cela signifie pour vous et avez-vous modifié votre comportement?

Nous faisons très attention au vocabulaire utilisé. Le risque de "greenwashing" est également une des conséquences de l’absence de standardisation des règlementations.

"Les investisseurs ne comprennent pas pourquoi les fonds durables n’excluent pas les mêmes entreprises."

Par exemple, les investisseurs ne comprennent pas pourquoi les fonds durables n’excluent pas les mêmes entreprises. La standardisation des définitions contribuera à éviter l’écoblanchiment. D’ici là, nous devrons surtout nous montrer très transparents sur les promesses que nous faisons et les tenir.

Comment JP Morgan Asset Management se différencie-t-il des autres gestionnaires patrimoniaux en matière de développement durable?

Aujourd’hui, un bon investisseur se doit de bien comprendre les risques climatiques. Pour nous également, l’intégration des critères ESG (Environnement, Société et Gouvernance, NDLR) dans nos fonds a pris beaucoup d’importance. Nous avons commencé par déterminer notre intégration ESG avant de lancer des fonds durables. Nous excellons dans la gestion active. Nous nous concentrons sur la création d’alpha, ce qui nous permet de faire mieux que le marché. Et si vous voulez surperformer le marché, vous devez sans cesser chercher des informations peu connues par les autres acteurs. Nous recherchons, par exemple, des données potentiellement controversées sur certaines entreprises et dont personne n’a encore connaissance.

Comment faites-vous cela?

Je peux citer par exemple l’utilisation de rapports d’ONG. Et nous travaillons avec le "machine learning" et l’intelligence artificielle pour détecter des signaux venant d’entreprises qui dépassent certaines limites, dans le domaine environnemental, sociétal ou de gouvernance. Vous pouvez aussi analyser la façon dont les entreprises se comportent envers leurs collaborateurs. Ou adopter l’angle de la diversité. Mais cela, tout le monde le fait. Nous voulons aller plus loin.

"Les données ne peuvent pas tout résoudre. Nous aurons toujours besoin de la composante humaine."

Nous cherchons à savoir combien de temps les entreprises consacrent aux formations. Nous avons également acheté des données chez LinkedIn pour en déduire si les femmes se voyaient offrir davantage de possibilités d’avancement que dans d’autres entreprises. Cette intégration de données dans notre processus d’investissement joue un rôle essentiel. Attention: les données ne peuvent pas tout résoudre. Nous aurons toujours besoin de la composante humaine.

Pouvez-vous citer un exemple?

Tout le monde s’accorde à dire que le vol de propriété intellectuelle est contraire aux principes du développement durable. De nombreuses entreprises intentent des actions en justice contre d’autres sociétés. Eh bien, si cela se passe aux États-Unis, l’impact sera plus limité que si cela se produit en Europe. La raison? Aux États-Unis, ces poursuites sont monnaie courante. Leur impact sur les marchés d’actions est plus limité. Il faut donc pouvoir évaluer la pertinence des données. Cette pertinence ne peut être captée via les données ou transposée en codes. Elle est basée sur les observations humaines.

Vous avez élaboré votre propre score ESG. Tient-il également compte de ces aspects?

Oui. Notre système d’évaluation est basé sur les données de fournisseurs externes, en collaboration avec nos spécialistes sectoriels. Car la pondération des différents critères de durabilité peut varier selon les secteurs. Ici aussi, la composante humaine prend toute sa valeur.

La qualité des données ESG externes ne laisse-t-elle pas à désirer?

En effet, c’est encore un souci. Pour les données environnementales, nous constatons que la qualité des données ne cesse de s’améliorer, mais pour la composante sociale, c’est plus problématique. Par exemple: l’évaluation des risques en matière de cybersécurité. Chaque entreprise en est une victime potentielle.

Pour ce type de risque, vous devez chercher des données complémentaires, qui ne sont pas facilement accessibles. Pour cette raison, les ratings s’intéressent surtout aux incidents vécus par l’entreprise au cours de son histoire. Mais ce n’est peut-être pas un bon indicateur, car les entreprises ayant été victimes d’une cyberattaque sont aujourd’hui plus méfiantes et parmi les mieux protégées. Il faut pouvoir évaluer la technologie sous-jacente et la gestion du risque par l’entreprise. Pour cela, vous avez besoin de spécialistes qui peuvent obtenir ces informations en allant discuter avec le management ou en faisant leurs propres recherches.

Comment gérez-vous les contradictions observées en matière de ratings ESG? Une agence de notation pourra considérer une entreprise comme durable tandis qu’une autre sera d’avis contraire.

C’est la raison d’être de notre propre système. Nos clients veulent savoir comment nous analysons les choses. Nous avons développé notre propre vision en passant au crible aussi bien les données qualitatives que quantitatives. Avons-nous toujours raison? Non, bien entendu, mais nous étayons systématiquement notre vision avec des arguments solides.

Depuis le 2 août, les investisseurs doivent remplir un questionnaire pour leur banque afin de définir le pourcentage de leur portefeuille qu’ils souhaitent voir investi dans des entreprises durables. Cette demande est-elle réaliste au vu des données actuellement disponibles?

Le problème est que les investisseurs doivent choisir sans voir les résultats.

"Il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour rendre disponibles les informations sur le caractère durable des entreprises."

Il vaudrait mieux leur montrer à quoi ressemblerait leur portefeuille s’ils souhaitaient investir par exemple 10% de leurs avoirs dans des activités durables. Ce serait mieux qu’un simple questionnaire. Il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour rendre disponibles les informations sur le caractère durable des entreprises.

Dans votre rapport d’impact, vous demandez davantage de garanties d’engagement aux sociétés asiatiques. Pour quelle raison?

Vu l’importance que nous accordons aux données, nous sommes plus exigeants envers les entreprises dont le reporting n’est pas encore au point. En tant qu’acteur mondial, nous devons disposer d’informations comparables. Nous constatons que les entreprises asiatiques affichent encore du retard sur ce plan, ainsi que sur celui de la gouvernance.

En Asie, on trouve des entreprises familiales dont le père est le fondateur et président du conseil d’administration, tandis que son fils est CEO. Nous essayons, via l’engagement, à pousser ces entreprises à adopter de meilleurs principes de gouvernance.

Ce qui nous frappe, c’est que ces entreprises sont souvent demandeuses et souhaitent nous parler. Elles veulent comprendre ce qui est important pour un gestionnaire patrimonial mondial sur le plan du développement durable.

Pour cet engagement, travaillez-vous en collaboration avec d’autres gestionnaires patrimoniaux?

Nous siégeons aux côtés d’autres gestionnaires patrimoniaux dans de nombreuses organisations telles que Climate 100+, 30% Club, etc. Mais bien entendu, nous restons concurrents.

Si nous avons la possibilité de créer de l’alpha grâce à l’engagement, nous préférons le faire comme nous l’entendons. Idem pour ce qui concerne les données. Par exemple, nous avons acquis une participation dans une société asiatique spécialisée dans la collecte de données ESG. Elle a accès aux données provinciales en langue locale, qui sont difficilement accessibles pour les fournisseurs de données occidentaux comme Sustainalitics. Cela nous donne un avantage concurrentiel. Et cela démontre une fois de plus comment les critères ESG ont redonné vie à la gestion active.

BIO

Jennifer Wu

  • Née en 1978.
  • Global Head of Sustainable Investing chez J.P. Morgan Asset Management.
  • A travaillé auparavant dans le département «durabilité» de BlackRock et à l’Asian Development Bank (ADB). A également été analyste et gestionnaire auprès d’un fonds de Private Equity.
  • Détient un diplôme de Master of Science en Économie de l’Université d’Édimbourg et un Bachelor of Science en Finance de la National Cheng-Chi Université de Taïwan.

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