"Les actions restent de loin la meilleure classe d'actifs à détenir"

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Philipp Vorndran, stratégiste auprès du gestionnaire d’actifs allemand Flossbach von Storch, était récemment de passage à Bruxelles. Il nous a livré sa vision des marchés et sa stratégie pour le très populaire fonds Flossbach von Storch Multiple Opportunities.

Le fonds affiche une progression de pratiquement 9% depuis le début 2019, après avoir été un des fonds flexibles ayant le mieux résisté à la vague baissière l’année dernière. Sur la dernière décennie, le fonds affiche une progression annualisée supérieure à 10%.

20% de cash

"Fin décembre, nous avons fortement relevé notre exposition aux marchés boursiers, à 74% de nos encours. Tous les traders étaient d’ailleurs à leur poste le 25 décembre afin de saisir les opportunités qui se présentaient, se rappelle Philipp Vorndran. Ceux qui sont sortis du marché à ce moment-là ont été les plus pénalisés." Le poids des actions dans le fonds est aujourd’hui retombé en dessous de 62% des actifs sous gestion, soit un niveau historiquement bas pour le fonds de Flossbach von Storch.

"Nous conservons actuellement 20% en cash dans l’attente de retrouver des opportunités d’investissement si les marchés venaient à corriger à nouveau, comme en octobre ou en novembre dernier". Le stratégiste rappelle également l’importance de ne pas trop se focaliser sur l’année en cours. "Vous ne regardez jamais la valeur de votre maison au 31 décembre. Les marchés boursiers proposent aujourd’hui un rendement de 5%, ce qui signifie que vous serez en mesure de doubler votre position durant les 15 prochaines années".

Japonisation de l’Europe

Philipp Vorndran estime que la situation de l’Europe est de plus en plus comparable à celle qui prévaut au Japon, avec une courbe des taux allemands qui est désormais au niveau de la courbe japonaise. "Rien n’a vraiment changé depuis l’année dernière. Les taux d’intérêt sont bas et vont le rester. Les actions restent de loin la meilleure classe d’actifs à détenir pour les investisseurs. Si vous aviez su à l’avance tous les problèmes qui allaient affecter les marchés ces dix dernières années, vous n’auriez jamais détenu d’actions et vous seriez passé à côté d’une progression annualisée de 9% sur les marchés boursiers, souligne-t-il. Les investisseurs se focalisent trop souvent sur les crises".

"Les problèmes qui affectaient l’économie européenne n’ont pas été résolus et la banque centrale européenne va rester accommodante", poursuit Philipp Vorndran. Le Vieux Continent ne restera pas épargné par la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. "L’Europe ne sera pas en mesure de jouer le rôle d’arbitre entre ces deux puissances, focalisés que nous sommes sur nos petits problèmes nationaux. Dans le futur, le Vieux Continent va être marginalisé, d’autant que nous n’avons pas de champion à la taille du continent".

Selon le stratégiste, l’Europe est fragilisée par l’écart qui s’est créé entre Angela Merkel et Emmanuel Macron, notamment depuis que ce dernier a été contraint par le mouvement des gilets jaunes à mettre en place un programme de relance budgétaire. "En outre, avec les incertitudes quant aux personnes qui seront à la tête de la BCE et de la Commission, il n’y a pas vraiment de raison de détenir des actifs européens à l’heure actuelle".

30 ans de guerre commerciale

Pourtant, les investisseurs européens continuent à détenir majoritairement des actifs locaux plutôt que d’aller chercher dans les pays émergents des sociétés qui disposent encore de perspectives très favorables. "Il faut avoir le courage de sortir de sa zone de confort et délaisser les comptes d’épargne, constate encore Philipp Vorndran. Nous sommes aujourd’hui dans une culture du statu quo en Europe, où tout le monde semble se satisfaire du maintien du niveau de vie dans le futur".

"Il faut avoir le courage de sortir de sa zone de confort et délaisser les comptes d’épargne."
Philipp Vorndran
Flossbach von storch

Selon Philipp Vorndran, la guerre commerciale est une thématique qui risque d’affecter les marchés financiers pour les trente prochaines années. "C’est amusant d’être une superpuissance. Vous avec une devise qui domine les marchés financiers et vous êtes en mesure de fixer les règles sur lesquelles les autres pays vont devoir s’ajuster. Or, nous sommes aujourd’hui pour la première fois dans un monde capitaliste où deux superpuissances économiques sont en train de s’affronter, ce qui provoque beaucoup de problèmes. Vu d’Europe, il est difficile d’imaginer à quel point les Chinois sont fiers de leur position actuelle au niveau mondial. Il est selon moi peu probable qu’ils vont se soumettre aux Etats-Unis".

Dans ce contexte, il apprécie une exposition aux sociétés qui seront en mesure de naviguer dans un contexte macroéconomique difficile. "Nous recherchons les oiseaux rares, même s’ils se trouvent dans des pays qui ne sont pas attrayants d’un point de vue économique". Parmi les principales positions du fonds, nous trouvons des sociétés comme Nestlé, Reckitt Benckiser, Alphabet, Novo Nordisk ou Daimler.

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