"Les infrastructures offrent rendement et protection contre les corrections"

Les aéroports, en tant qu’infrastructures cruciales, constituent un investissement intéressant. ©belgaimage

"En investissant dans des acteurs mondiaux du secteur des infrastructures, vous réduisez la sensibilité de votre portefeuille aux corrections boursières." Deux gestionnaires de fonds d’infrastructures enregistrés en Belgique expliquent leur stratégie.

D’après une étude de McKinsey, le marché mondial des infrastructures devrait représenter des investissements de 49.000 milliards de dollars (43.750 milliards d’euros) au cours des 12 ans à venir. La société ne peut se passer de certaines infrastructures. Sans canalisations, l’eau ne sort pas du robinet. Sans lignes à haute tension, pas d’éclairage. Et sans pistes d’atterrissage, chemins de fer, autoroutes ou ports, le transport serait totalement à l’arrêt. Bon nombre de ces acteurs sont aux mains des pouvoirs publics et ne sont pas cotés en Bourse. Mais une partie d’entre eux, qui représentent 2.200 milliards de dollars, sont cotés et constituent le terrain de jeu de deux fonds australiens thématiques.

Whitehelm existe depuis 20 ans et a créé en 2016 le Whitehelm Capital Listed Core Infrastructure Fund. À l’heure actuelle, le fonds comptabilise 220 millions d’euros d’actifs sous gestion"Nous cherchons des entreprises dont le modèle de rentabilité est prévisible et qui sont d’une certaine manière protégées par les réglementations ou dont les revenus proviennent de contrats à long terme. Nous ne cherchons pas nécessairement l’alpha, mais nous voulons représenter une solution à long terme qui investit dans la qualité", explique la gestionnaire du fonds Ursula Tonkin.

La société d’investissement RARE Infrastructure (RARE) a été créée en 2006. En 2015, le gestionnaire américain Legg Mason a acheté une participation majoritaire dans RARE. Aujourd’hui, le fonds Legg Mason Rare Infrastructure Value Fund gère 430 millions d’euros. À l’instar de Whitehelm, il se concentre sur des entreprises défensives, qui font face à peu de concurrence et enregistrent des rentrées stables sur toute la durée du cycle économique. Dans de nombreux cas, leurs revenus dépendent des pouvoirs publics. "Nous nous focalisons sur les services incontournables pour le fonctionnement d’une économie, explique Nick Langley de RARE. Il s’agit avant tout d’actifs régulés par les pouvoirs publics, comme les réseaux de gaz, d’électricité, d’eau ou d’égouttage. Dans le secteur énergétique, nous disposons par exemple de participations dans les gestionnaires de réseaux ou dans les lignes à haute tension, mais pas dans les producteurs d’électricité ou de pétrole, car ils sont soumis à la concurrence et dépendent de la bonne marche de l’économie."

"Notre objectif est d’obtenir chaque année un rendement moyen de 5,5% en plus de l’inflation."
Nick Langley
Gestionnaire de fonds chez RARE

RARE cherche également des actifs qui tirent leurs revenus des utilisateurs, comme les aéroports et les sociétés ayant obtenu une concession pour l’exploitation des autoroutes à péage. "Ce sont des actifs dont le potentiel de développement est plus élevé, mais qui dépendent davantage de la croissance économique. Vu que nous nous attendons à un ralentissement de l’économie dans un proche avenir, nous réduisons progressivement cette branche au bénéfice d’entreprises régulées qui doivent représenter 75% de notre portefeuille", poursuit Langley.

Défensif

Un grand avantage des acteurs cotés du secteur des infrastructures, c’est leur profil défensif"Cela reste des actions, mais leur sensibilité à l’évolution du marché est limitée. Ils apportent une certaine protection. Notre fonds est plus défensif que l’immobilier coté", explique Ursula Tonkin. Pour Langley, ce caractère défensif s’explique par la relative stabilité des revenus des entreprises. "En cas de forte correction boursière, les actions du secteur des infrastructures reculent également, mais moins que la moyenne du marché. De plus, les pertes sont vite récupérées. Après la grande crise financière, il a fallu à peine 18 mois au fonds pour récupérer ses pertes", ajoute-t-il.

Les dividendes viennent encore renforcer ce caractère défensif. Dans le fonds Whitehelm, le rendement du dividende se situe aujourd’hui à 3,5% en moyenne. Chez RARE, les dividendes représentent entre 40 et 60% du rendement. "Mais nous misons également sur la croissance en investissant dans des entreprises qui développent leurs actifs et voient de ce fait augmenter leurs cash-flows. Au total, notre objectif est d’obtenir chaque année un rendement moyen de 5,5% en plus de l’inflation dans les pays du G7."

"Plusieurs évolutions sociétales, comme la croissance démographique et l’urbanisation, exigent la construction de nouvelles infrastructures."
Ursula Tonkin
Gestionnaire de fonds chez Whitehelm

Car malgré son caractère défensif, le secteur peut aussi compter sur une importante dynamique de croissance. "Plusieurs évolutions sociétales comme la croissance démographique, l’urbanisation et l’augmentation du commerce mondial exigent la construction de nouvelles infrastructures, poursuit Ursula Tonkin. Sans oublier le remplacement de certaines anciennes infrastructures qui se fait de plus en plus pressant."

Concentré

Les deux fonds ont en commun leur forte concentration. Les portefeuilles se limitent à une quarantaine d’actions différentes. Chez Whitehelm, chaque ligne affiche la même pondération. "Nous voulons ainsi réduire les risques spécifiques à une action, car le caractère défensif du secteur ne nous met pas à l’abri des risques liés aux entreprises. Pensez à l’effondrement du viaduc de Gênes qui a eu un impact important sur le cours de Bourse d’Atlantia. En donnant une pondération identique à chaque action, nous limitons ce risque", explique Tonkin.

Le "turnover", c’est-à-dire le taux de rotation des positions dans les fonds, est limité dans les deux cas. Chez RARE, il oscille entre 30 et 50%, contre 23% seulement chez Whitehelm. "La moitié du turnover s’explique par le réajustement que nous opérons tous les mois pour rééquilibrer la pondération des actions", explique Tonkin. Cela signifie que le véritable taux de rotation n’est que de 10% chez Whitehelm, et que les actions restent donc en moyenne 10 ans dans le portefeuille.

Le terrain de chasse des fonds est relativement restreint, et le nombre de nouveaux acteurs est limité à cause des seuils d’entrée très élevés. "Sur le marché mondial, 170 entreprises à peine répondent à nos critères de sélection", ajoute Tonkin. RARE parle d’un vivier de près de 200 sociétés.

Ces derniers mois, Langley a surtout vendu des actions européennes au bénéfice des entreprises américaines "parce que nous nous attendons à un ralentissement de la croissance en Europe. Les entreprises américaines représentent 40% de notre portefeuille, l’Europe 30% et le solde est composé d’actions asiatiques ou de marchés émergents. En tant que gestionnaire, vous devez de temps en temps modifier vos positions ou miser sur des opportunités. Par exemple, l’été dernier, nous avons acheté un maximum d’actions de l’exploitant italien d’autoroutes à péage et d’aéroports Atlantia, lorsque le cours de l’action a chuté. Depuis lors, elle a repris 33% et le moment est peut-être venu d’encaisser une partie de la plus-value."

RARE investit exclusivement dans des grandes entreprises et évite les acteurs de petite et moyenne taille. Les sociétés belges Elia ou TINC ont donc peu de chance de se retrouver un jour dans le portefeuille. La principale participation est la société canadienne Enbridge, la plus grande société du secteur du transport du gaz d’Amérique du Nord. On trouve également l’entreprise américaine Williams, spécialisée dans le gaz, le fournisseur d’eau britannique United Utilities et les exploitants d’autoroutes à péage Transurban et Atlantia.

Whitehelm détient une société belge dans son portefeuille: Elia. On y trouve aussi notamment les aéroports de Zurich et Francfort. Whitehelm compte parmi ses clients plusieurs Belges via des banques privées et des "family offices", mais le gestionnaire souhaite rendre ses produits également accessibles aux particuliers. "Nous espérons que d’ici six semaines notre fonds fera partie de l’offre de BinckBank", conclut le gestionnaire.

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