"Nous misons sur des entreprises qui n'ont pas besoin de croissance économique"

HelloFresh attire sans le moindre effort de nombreux nouveaux clients qui préfèrent éviter les magasins. ©BELGAIMAGE

Depuis le début de l’année, le méga fonds Carmignac Patrimoine affiche des résultats plutôt solides. "Nous misions déjà depuis un certain temps sur des entreprises qui n’ont pas besoin de croissance économique pour se développer. Cette année, ça nous réussit plutôt bien", explique le cogestionnaire américain, David Older.

"La qualité de Zoom est incroyable en comparaison avec ses concurrents", lance David Older, responsable de l’équipe de gestion d’actions de Carmignac, lors d’un séminaire via Microsoft Teams, au cours duquel le son est plusieurs fois interrompu. Carmignac reconnaîtra plus tard que le problème venait de chez eux et non pas de Teams...

Cela fait cinq ans que David Older a quitté un fonds spéculatif new-yorkais pour diriger l’équipe londonienne de gestion d’actions de Carmignac. Depuis 2019, David Older est responsable de la gestion d’actions de Carmignac Patrimoine, un fonds de 10 milliards d’euros. Sa collègue Rose Ouahba gère la partie obligataire.

Promesse patrimoniale

Fin avril, Carmignac Patrimoine affichait un rendement négatif de 2% depuis le début de l’année. Le fonds a donc tenu sa promesse "patrimoniale" de protéger ses actifs pendant les périodes de turbulences. Suite à la pandémie de coronavirus, l’économie mondiale connaît en effet une crise inédite. Résultat: 2020 devrait être une bonne année pour le fonds après plusieurs exercices décevants. En 2018 par exemple, le fonds a affiché un rendement négatif de 11%.

Pendant les crises boursières, Carmignac a recours aux dérivés pour réduire le risque de baisse. DavidOlder choisit par ailleurs des entreprises qui, selon ses propres dires, ne sont pas dépendantes de l’économie pour se développer. "Nous partons du principe que toutes les informations sont intégrées dans le cours d’une action. Ensuite, nous voyons si nous pouvons développer une autre vision de l’avenir de l’entreprise que celle du consensus", explique le gestionnaire.

Suite à la crise du coronavirus, Amazon livre relativement plus de produits alimentaires sur lesquels ses marges sont plus réduites.
David Older
responsable de la gestion d’actions chez Carmignac Patrimoine

Parmi les dix principales positions du fonds, nous trouvons Facebook, mais avec un pourcentage limité à 1,3%. "Les entreprises comme Google et Facebook ont vu leurs rentrées publicitaires s’effondrer au moment de l’éclatement de la crise du coronavirus en mars, après un excellent début d’année. Les analystes s’attendaient à une nouvelle baisse en avril. Mais lorsque ces géants ont fait savoir que le marché s’était stabilisé en avril, nous avons été agréablement surpris", poursuit David Older.

Les entreprises de fintech semblent bien résister également. "En temps normal, Mastercard réalise près de 25% de son chiffre d’affaires grâce aux paiements internationaux. Le marché craignait donc l’impact du virus. Mais le recul a été plus que compensé par le boum des paiements en ligne et des paiements sans contact. Des acteurs comme Adyen, Paypal et Worldline profitent également de cette situation. Le groupe néerlandais Adyen et la société française Worldline font partie des rares entreprises européennes citées par David Older lorsqu’il évoque les sociétés technologiques.

Huit mois

Dans le secteur de la livraison de repas commandés en ligne, le gestionnaire mentionne HelloFresh. "Dans ce type d’activités, vous devez tenir compte de la concurrence. HelloFresh bénéficie d’une position de leader en Europe. Le groupe allemand a généralement besoin de huit mois pour récupérer l’investissement nécessaire pour attirer un client (Customer Acquisition Cost ou CAC, NDLR). Suite à la crise du coronavirus, le CAC est retombé à zéro.

En février, Zoom comptait quotidiennement 20 millions d’utilisateurs. En mars, ils étaient 200 millions et en avril, 300 millions.
David Older
responsable de la gestion d’actions chez Carmignac Patrimoine

Zoom, l’outil qui permet d’organiser des réunions en ligne, fait aussi partie des entreprises qui profitent de la chute du CAC. "En février, Zoom comptait quotidiennement 20 millions d’utilisateurs. En mars, ils étaient 200 millions et en avril, 300 millions. Zoom a attiré ces nouveaux utilisateurs sans devoir investir le moindre euro en publicité, car l’entreprise est devenue virale. Aujourd’hui, le défi consiste à transformer les prospects qui utilisent le site gratuitement en abonnés payants", explique David Older. Ceux qui paient peuvent par exemple se réunir pendant plus de 40 minutes.

Mais les super gagnants de la crise sont le service de streaming Netflix et Amazon. Aux Etats-Unis, le géant de l’e-commerce livre des aliments, ce qui permet aux Américains d’éviter de se rendre dans les supermarchés. Le groupe a annoncé qu’il recrutait 100.000 collaborateurs pour répondre à la demande. "Avec la crise du coronavirus, Amazon livrera relativement plus de produits alimentaires – sur lesquels ses marges sont plus faibles – que de produits non alimentaires comme l’électronique, mais à terme, les choses devraient se normaliser." Amazon occupe également une place dans le Top 10 du fonds Carmignac Patrimoine avec un poids de 1,9%, si l’on en croit les chiffres de Morningstar.

Stratégie de déconfinement

La grande question est de savoir comment les vainqueurs de la crise se comporteront pendant la longue sortie de quarantaine. David Older: "Nous pensons que des entreprises comme Zoom, HelloFresh et Amazon pourront transformer 20% des clients obtenus ‘gratuitement’ en clients fidèles et rentables. Ce seul aspect peut déjà être considéré comme un ‘game changer’ pour ces entreprises", conclut David Older.

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