Un krach éclair improbable en Europe

Le 6 mai, le Dow Jones s’est replié en moins de 30 minutes de près de 1.000 points. L’indice phare de Wall Street a toutefois réussi à remonter la pente pour terminer cette séance sur un repli de 2%. Cet incident a montré la fragilité de la structure des marchés outre-Atlantique. Il a aussi illustré un contraste avec les marchés européens, où des mécanismes de coupe-circuits empêchent une dégringolade brutale des indices boursiers. Du moins, pour l’instant.

Outre-Atlantique, la Securities and Exchange Commission et la Commodity Futures Trading Commission ont publié la semaine dernière les conclusions de l’enquête sur le krach éclair du 6 mai. Selon celles-ci, un ordre de 4,1 milliards de dollars sur les "e-mini futures" sur le S & P500 se trouve à l’origine de cette correction. Le fonds Waddell & Reed a été identifié comme le donneur d’ordre qui fut à l’origine de l’effet boule de neige observé. Les traders à haute fréquence, dont les ordinateurs exécutent des ordres en quelques microsecondes, ont vu leurs programmes s’emballer dans les secondes qui ont suivi l’exécution de l’ordre de vente incriminé. Les régulateurs américains envisagent désormais de mieux encadrer ces programmes.

Coupe-Circuits

Selon Hirander Misra, CEO d’Algo Technologies, la probabilité qu’un tel scénario survienne en Europe est beaucoup plus faible qu’aux Etats-Unis. "Les principaux marchés d’actions en Europe disposent tous de coupe-circuits qui empêchent une trop grande volatilité des prix, souligne-t-il. De plus, le London Stock Exchange, Euronext et Deutsche Börse ont essayé d’harmoniser leurs coupe-circuits et leur structure de marché en 2001 lorsque s’est mis en place le modèle européen de marchés." "Les dérivés et les actions sont souvent régulés par le même régulateur, alors qu’aux Etats-Unis, il y a une distinction. Les marchés européens sont beaucoup plus contrôlés", indique Peter Randall, CEO d’Equiduct, une plateforme de transactions alternative.

Chez Deutsche Börse, opérateur de la Bourse de Francfort, chaque titre dispose d’un mécanisme d’interruption de volatilité. Chaque fois qu’un titre dévie d’un corridor de prix défini, il est suspendu deux minutes, "le temps que les participants corrigent cette erreur", précise un porte-parole du groupe.

Sur le London Stock Exchange, le même principe est adopté. Si une valeur du FTSE100 varie de moins de 5%, elle est suspendue pendant 5 minutes pour permettre également aux participants de corriger le tir.

"Pour des titres moins liquides, cette fourchette varie entre 3 et 10%", précise un porte-parole du LSE.

Les titres cotés à Bruxelles, tout comme ceux des autres marchés européens de NYSE Euronext obéissent également aux mêmes règles.

Des marchés moins fragmentés

Aux Etats-Unis, le manque d’harmonisation des règles entre les différentes Bourses et plateformes alternatives a joué un rôle dans le krach éclair du 6 mai. La SEC a d’ailleurs imposé un coupe-circuit général, valable jusqu’en décembre.

En Europe, les plateformes alternatives comme Chi-X disposent aussi d’une forme de coupe-circuit. Mais, à la différence des marchés américains, "lorsque les Bourses arrêtent les transactions, les MTF le font aussi, observe Hirander Misra. Aux Etats-Unis, la fragmentation des marchés d’actions est telle qu’il n’y a plus de marché de référence. En Europe, les Bourses disposent toujours de parts de marché supérieures à 50%."

En outre, les prix des plateformes alternatives n’entrent pas en compte dans le calcul des indices, contrairement aux marchés américains.

Des algo traders moins actifs

Le rôle des traders à haute fréquence a été dénoncé dans le krach éclair du 6 mai à Wall Street. Nanex, une firme de données de marchés, dénonce même la pratique du "quote stuffing" intervenue sur plusieurs valeurs du NYSE etdu Nasdaq quelques millisecondes avant l’ordre de Waddell & Reed. Le quote stuffing consiste à envoyer des milliers d’ordres en quelques secondes sur un titre pour ensuite les annuler, ceci dans le but de tromper la concurrence.

Mais en Europe, le trading à haute fréquence représente seulement 40% des volumes de transactions, contre 68% aux Etats-Unis. "Le problème n’est pas celui du trading à haute fréquence. Il repose sur la qualité des processus de contrôle des marchés, nuance Hirander Misra. En Europe, la négociation et l’exécution des ordres diffèrent des Etats-Unis. C’est culturel. Nous sommes plus conscients des ordres qu’aux Etats-Unis. Les marchés européens sont moins volatils pour cette raison."

Les marchés européens sont donc mieux contrôlés. Toutefois, l’opacité grandissante des marchés européens pourrait poser problème à l’avenir. Selon Thomson Reuters, près de 40% des transactions sont désormais effectuées hors Bourse, en dehors de tout circuit réglementaire.

 

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