Wymeersch: "L'Europe fait du meilleur travail"

Eddy Wymeersch quitte ce vendredi la présidence du Comité européen des régulateurs de marchés (CESR). Entré en février 2007, il y aura passé trois années et demi mouvementées. Entre crise financière et réforme des marchés, la tâche de ce juriste de formation aura été compliquée.

Rappelons que le CESR ne possède qu’un pouvoir consultatif; mais le 1er janvier, il effectuera sa mue en Autorité européenne des marchés financiers (ESMA). Il supervisera alors les agences de notation et les ventes à découvert. Eddy Wymeersch est revenu au cours d’un entretien sur cette mutation, mais aussi sur les travaux du CESR.

Votre mandat au CESR a-t-il été le plus turbulent de son histoire?

Le CESR a débuté en 2001. Entre cette date et 2008, ses affaires ont été stables. Mais la réforme des institutions et les autres réformes financières ont augmenté sérieusement ses activités depuis lors. Parmi celles-ci, les plus importantes furent Ucits IV (fonds), les agences de rating, la directive AIFM (hedge funds et private equity, en attente d’un vote) et la réforme des institutions. Sans oublier les activités de crises telles que l’encadrement des ventes à découvert, et des problèmes liés à Lehman Brothers et Madoff. Oui, ce fut une période très intense. Mais ceci est valable pour tous les régulateurs du monde entier.

Au début de 2007, auriez-vous imaginé ce qui allait arriver?

Personne ne l’avait prévu. J’ai commencé en février 2007, et à cette époque, personne ne parlait de la crise. En 2007, les positions prises par les différents régulateurs montrent que leurs perspectives étaient positives. Le principal risque identifié alors portait sur les hedge funds. Ce qui était faux. Le levier de ces fonds s’avérait inférieur à celui des banques. Il pointait à 1,5 - 1,8 fois les fonds propres contre parfois 30 et plus pour les banques.

Et maintenant?

En Europe, on a effectué une partie du travail pour réformer les institutions. Aux Etats-Unis, ce n’est pas encore le cas. Il y a plus d’institutions aux compétences qui se chevauchent. Et cette agence de protection du consommateur va venir se mettre par-dessus tout ça et risque de compliquer davantage les institutions. En Europe, nous avons fait du meilleur travail en scindant les initiatives législatives sur, par exemple, les agences de notation, les dérivés et les ventes à découvert. Aux Etats-Unis, ils ont produit une loi de 2.300 pages. La différence entre les Etats-Unis et l’Europe repose sur la politisation des débats. En Europe, ceux-ci n’ont pas été polarisés politiquement. Aux Etats-Unis, tout est une question de consensus entre démocrates et républicains.

Mais l’Europe est fragmentée. La crise n’a-t-elle pas plaidé pour une harmonisation des règles?

La crise a soulevé plusieurs points. Le premier repose sur l’encadrement du risque systémique en Europe. C’est le rôle du comité européen du risque systémique. Il existe un équivalent aux Etats-Unis. Auparavant, nous manquions d’un lien entre le risque systémique (la supervision macroprudentielle) et la supervision microprudentielle sur les institutions individuelles. Ce lien était trop faible partout, et ceci explique en partie pourquoi des déséquilibres comme l’endettement excessif et rapide n’a pas été identifié. D’autre part, en matière de supervision, les réseaux de superviseurs européens n’avaient pas de vrais pouvoirs contraignants. Les recommandations du CESR ne pouvaient pas s’imposer. Ceci va changer. Désormais, les autorités de régulation européennes auront priorité sur les régulateurs nationaux. Si ceux-ci refusent d’appliquer les règles européennes, ces autorités pourront s’adresser directement à la banque concernée. De plus les autorités européennes pourront proposer des standards techniques, ces règles détaillées devant toutefois être approuvées par la Commission.

L’ESMA va superviser les agences de notation. Qu’est-ce que cela va changer?

La même décision sera appliquée dans les 27 États membres de l’Union européenne. Cela va simplifier considérablement la vie des agences de notation.

Dans les dossiers brûlants du CESR se trouve aussi la révision de la directive sur les marchés d’instruments financiers (MiFID). Où en est-on?

Nous avons donné ce jeudi à la Commission des recommandations substantielles sur celle-ci, portant essentiellement sur la structure des marchés et la protection de l’investisseur.

Et quels en sont les points principaux?

Un des points clés repose sur l’implémentation d’une "consolidated tape" (centre de données pour les transactions en actions, ndlr). Cette question s’avère difficile car il faut savoir qui va diriger celle-ci. Mais nous pensons que si l’industrie elle-même ne crée pas sa "tape", l’ESMA pourrait décrocher un mandat pour l’imposer.

Ceci représente la solution pour régler le problème de transparence des marchés d’actions?

Oui. C’est une question plus complexe que de disposer des données sur un tableau. La clé repose sur l’accès à cette "tape" après la transaction. Cet accès se fera après paiement.

Vous ne mettez pas l’accent sur un contrôle commun de tous les dark pools?

Les dark pools dans le sens de systèmes de crossing internes des banques, selon nos chiffres, sont très peu actifs. Selon le CESR, il serait indiqué d’imposer aux "crossing networks" de se requalifier en MTF au-delà d’un certain volume de transactions.

Comment assurer la protection de l’investisseur?

Nous recommandons dans le cadre de la révision de la directive MiFID d’imposer aux banques l’enregistrement des ordres de bourse données par téléphone. C’est controversé mais en Belgique, ceci est déjà largement appliqué. Toutes les banques en Europe devront s’adapter. Ceci va contribuer à une meilleure surveillance des marchés et à une protection accrue des clients.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés