2014, une année particulièrement difficile…. pour les prévisionnistes!

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Actions européennes, pétrole, obligations d’État et marchés émergents ont déjoué les prévisions des stratégistes cette année.

L’année 2014 s’achève sur un bilan très mitigé en matière de prévisions pour les responsables de stratégies et économistes en chef. Mais il faut reconnaître que l’exercice est très difficile.

La zone euro en panne

Fin 2013, tous avaient pronostiqué un rebond des actions européennes. Et malheureusement, la zone euro fut la grande déception des investisseurs cette année-ci. Car même le Fonds monétaire international (FMI) s’est trompé sur ses prévisions de croissance pour l’Union européenne. L’organisme a dû revoir plusieurs fois à la baisse ses estimations, comme le souligne Vincent Juvyns, responsable de la stratégie européenne chez JPMorgan Asset Management.

Les craintes de déflation sont à présent bien présentes du côté des investisseurs, comme l’a montré le dernier sondage de Bank of America Merrill Lynch auprès des gestionnaires de fonds. Et qui dit déflation dit chute des profits des entreprises. Un très mauvais signal pour les investisseurs.

Rappelons toutefois que jusqu’au mois d’avril, les marchés d’actions européens étaient orientés en hausse. Mais l’éclatement de la crise en Ukraine, qui a conduit à un embargo économique autour des produits russes et une réponse toute aussi musclée de la Russie envers les exportations européennes, a changé la donne. Même l’Allemagne, moteur de la croissance économique de la zone euro, a connu un essoufflement cet été. En septembre, le FMI a provoqué un séisme en parlant du risque de déflation dans la région. Une correction s’en est suivie sur les marchés d’actions en octobre. L’indice paneuropéen Stoxx 600 a terminé ce mardi à 344 points, en dessous de la fourchette de 360 à 375 points estimés par les analystes. Les bénéfices des sociétés européennes ont progressé de 6% cette année, une vraie déception, car les analystes avaient anticipé 13% pour 2014.

Le cygne noir: la chute des prix du pétrole

Peu d’analystes avaient anticipé une chute des cours du pétrole en 2014. Même Saxo Bank, qui se livre chaque année à des prédictions choc pour l’année, s’est montrée trop optimiste pour le cours de l’or noir. Car la banque danoise voyait le cours du brut chuter à 80 dollars. Les cours du West Texas Intermediate, référence pour le marché américain, ont dégringolé à 55 dollars. Le baril de Brent, référence pour le marché européen, a suivi la même évolution, passant sous le seuil de 60 dollars. Ce repli est difficilement explicable, si ce n’est par l’offre surabondante de pétrole avec d’une part le pétrole de schiste aux Etats-Unis et la production des pays de l’Opep.

L’improbable rally obligataire

Trêve de Noël oblige, les Bourses européennes fermeront leurs portes à 14h ce mardi et ne rouvriront que lundi prochain. L’année boursière touche à sa fin et l’heure des bilans a sonné. Jusqu’au 3 janvier, nous établirons le bilan des différentes classes d’actifs:

- vendredi 26 décembre: fonds de placement

- samedi 27 décembre: obligations

- mardi 30 décembre: devises

- mercredi 31 décembre: or

- vendredi 2 janvier: actions

- samedi 3 janvier: produits d’épargne.

L’obligataire a aussi réservé son lot de surprises. Beaucoup de responsables de stratégie ne pensaient pas que les taux longs européens allaient continuer à chuter cette année. Fin 2013, certains parlaient même d’une grande rotation des obligations vers les actions. Il n’en fut rien. Les investisseurs ont continué à plébisciter le Bund allemand, dont le taux a touché un record historiquement bas. Comme le souligne Jurgen Verschaeve, Chief Investment Officer de KBC Asset Management, personne n’avait prévu que le Bund allait continuer à bien performer cette année. Résultat, tous les fonds mixtes (actions et obligations) ont sous-performé leur indice de référence, selon lui.

L’OLO belge, l’emprunt d’Etat belge à dix ans, a offert une meilleure performance que le Bel 20 cette année. L’indice phare de la Bourse de Bruxelles a gagné 13% en 2014, alors que l’OLO à dix ans a offert une performance de 28%. Il valait mieux rester investi en obligations d’Etat cette année… Or, rappelons qu’à la fin 2013, beaucoup de responsables de stratégies estimaient que les actions allaient surperformer les obligations.

Les obligations d’Etat américaines ont aussi surpris les analystes. Beaucoup d’entre eux estimaient que le taux des Treasuries devait monter cette année, en raison de la bonne santé de l’économie américaine, dont la vigueur de la croissance a même surpris positivement. Logiquement, ceci aurait dû soutenir les actifs à risque. Mais un autre facteur est venu perturber cette dynamique: la baisse du taux de dépôt de la Banque centrale européenne en territoire négatif, afin de décourager les dépôts des banques auprès de l’institution, mais aussi ceux de leurs clients. La BCE voulait tout faire pour baisser l’euro face aux autres devises. Et elle a réussi, puisque l’euro a chuté de plus de 10% cette année. L’euro s’échange à 1,22 dollar contre 1,37 dollar à la fin de l’année 2013.

Une partie des dépôts dans la zone euro a pris le chemin des obligations d’Etat, y compris américaines, plus rémunératrices que le Bund allemand. Résultat, les taux longs américains ont baissé.

Les émergents divisés

Les marchés émergents ont aussi souffert de cette réallocation de capitaux. Toutefois, les stratégistes étaient divisés sur la région. Certains recommandaient de l’éviter, à l’image de Philippe Gijsels, responsable de la stratégie chez BNP Paribas Fortis Private Banking. La région a déçu, à l’exception de l’Inde, qui a signé la plus forte des progressions parmi les marchés émergents. Mais les autres pays désignés comme fragiles (Brésil, Afrique du Sud, Indonésie, et Turquie) ont bien sous-performé. La force du dollar face aux autres devises n’a pas aidé les pays présentant un déficit des comptes courants. La chute des prix pétroliers s’est répercutée durement sur les économies dépendantes des matières premières, tels que le Vénézuela et la Russie.

Bref, 2014 fut chaotique sur les marchés. Les actifs refuges ont encore joué leur rôle, à l’exception de l’or, proche des 1.000 dollars l’once. Mais rappelons que l’or joue un rôle refuge en cas de crainte d’inflation. Or, c’est la déflation qui a préoccupé les investisseurs cette année.

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