Altice isole sa filiale américaine et la protège financièrement

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Altice NV va se scinder en deux entités. L’une regroupera les activités en Europe, l’autre les 2 câblo-opérateurs américains récemment acquis. Une grosse partie de la dette du groupe restera de ce côté de l’Atlantique.

Lors d’une de ses dernières auditions en commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale française retransmise par La chaîne parlementaire (LCP), Patrick Drahi avait indiqué à propos de la dette du groupe, que son niveau élevé ne lui faisait pas peur. Il reste que c’est ce sujet même qui l’amène à décider maintenant à modifier la structure d’Altice NV, dans laquelle se trouvent logés SFR, Portugal Telecom et NextRadioTV entre autres, ainsi que 67,2% d’Altice USA.

Investisseurs inquiets

En plus de ces participations, Altice NV détient actuellement sur son dos un plus de 50 milliards de dettes correspondant à 5 fois son excédent brut d’exploitation (ebitda) engrangé en 2016. C’est énorme! À cela, on peut encore ajouter le fait que, depuis 2012, tous les exercices fiscaux se sont soldés sur un bilan net négatif.

Si tout cela n’empêche pas Patrick Drahi de passer des nuits sereines, il n’en est plus vraiment de même pour les actionnaires depuis quelque temps. Ni d’ailleurs pour les obligataires.

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Ce qui a mis le feu aux poudres? C’est la publication de résultats inférieurs aux attentes annoncés par SFR en France à la fin du mois d’octobre. Le cours de l’action Altice NV a alors amorcé une descente aux enfers pour atteindre un plancher de 6,63 euros un mois plus tard. En 2014, elle avait été introduite au prix de 28,25 euros à la Bourse d’Amsterdam, son marché de référence.

Sur le marché de la dette, les obligations Altice ont, elles, plutôt résisté. Une résistance qui s’explique principalement par le fait qu’Altice n’a rien à rembourser avant 2023. Sa dette échéant cette année-là et portant intérêt à 5,25% cote actuellement au-dessus du pair (100%), à 104,43%.

Par contre, il est devenu fort onéreux pour un détenteur d’obligations Altice NV de s’assurer contre un éventuel défaut de remboursement de l’émetteur. Son CDS (crédit default swap) à 5 ans évolue en ce moment à 405 points contre 170 points avant la publication des résultats de SFR. Cela signifie que pour un investissement de 100.000 euros par exemple dans la dette à 5 ans d’Altice, il va falloir débourser 4.050 euros à titre d’assurance.

Les remèdes envisagés

Pour rassurer les investisseurs ou plutôt, soupçonnent certains observateurs avertis, pour que la pérennité des filiales profitables, et notamment celles actives aux Etats-Unis, ne soit pas menacée par une éventuelle dégradation incontrôlable de la situation financière du groupe, Patrick Drahi propose de scinder la société en deux parties. L’une reprenant, outre son opérateur actif en République dominicaine, les activités européennes (SFR, NextRadioTV, etc.). Elle prendra le nom d’Altice Europe et détiendra 62% de la dette du groupe actuel.

L’autre, qui renfermera les deux câblo-opérateurs Suddenlink et Cablevision acquis récemment pour 26 milliards de dollars, restera Altice USA. L’action de cette dernière avait été introduite à Wall Street à un prix de 30 euros en juin 2017. Hier, elle avait ouvert la séance à New York en hausse de 14,7% à 24 dollars. Soit à un niveau qui reste 20% inférieur à celui de son prix d’IPO. Pour Craig Moffett, analyste chez MoffettNathanson et cité par Reuters, "les actions d’Altice USA ont pâti du fait de leur association avec les résultats plus mitigés de la maison mère européenne". Altice USA vaut 17,7 milliards de dollars.

Parmi les autres mesures adoptées, un versement de 1,5 milliard de dollars (1,26 milliard d’euros) de dividende exceptionnel est prévu pour les actionnaires d’Altice USA, dont Altice NV. Celui-ci utilisera quelque 625 millions d’euros pour rembourser par anticipation une partie de sa dette, et conservera environ 275 millions d’euros en trésorerie. Enfin, Altice USA procédera à un programme de rachat d’actions propres pour un montant de 2 milliards de dollars.

L’action Altice a clôturé la séance d’hier à Amsterdam en hausse de 10,44% à 10,52 euros. Le groupe affiche capitalisation boursière de 12,4 milliards d’euros.

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