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Des robots conseillers vous guident dans vos investissements

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Le secteur financier voit germer en Belgique des "robots conseillers". Ces algorithmes calculent le portefeuille idéal en fonction de votre profil de risque. Vous reprendrez bien un peu de…?

La prochaine fois que vous souhaiterez investir, vous n’aurez peut-être plus en face de vous un conseiller humain, mais un simple questionnaire à remplir en ligne. De nouvelles sociétés de gestion s’implantent petit à petit en Belgique et dans toute l’Europe, les "fintechs" (contraction entre finance et nouvelles technologies). Pour la plupart à l’état de start-up, elles utilisent la puissance de calcul des algorithmes pour déterminer le meilleur portefeuille d’investissement en fonction de votre profil de risque.

Comme cela se passe concrètement? Vous vous rendez sur leur site web, y remplissez un questionnaire pour détailler le montant que vous souhaitez investir, quelles sont vos connaissances financières, quelle perte maximum vous êtes prêt à accepter, etc.

Récoltant les données de marché de plusieurs années, voire dizaines d’années, ces algorithmes calculent alors la pondération idéale entre les différentes classes d’actifs (principalement les actions et les obligations).

13,6 mds $
Preuve de l’engouement autour des fintechs, celles-ci ont levé plus de 13 milliards de dollars l’année passée.

"L’intérêt des algorithmes en finance est multiple: ils calculent très vite, ils ne sont pas influencés par des discours ni des émotions externes, ils travaillent pendant que nous faisons autre chose et ils font exactement ce que nous leur demandons", explique Geoffroy De Schrevel, CEO de Gambit/Birdee.

Grâce à l’utilisation des nouvelles technologies, les fintechs sont capables de réduire leurs coûts de gestion et proposer des portefeuilles d’investissement pour des patrimoines moins conséquents.

Elles parviennent à attirer ainsi une nouvelle clientèle, peu habituée au monde du banquier privé.

Un exemple parmi d’autres en Belgique: Easyvest. Fondée par deux jeunes entrepreneurs spécialisés dans le monde de la finance, la start-up a ouvert ses portes en janvier dernier. "Ce que nous proposons aux gens, c’est de les aider à mieux investir leur argent, de façon plus intelligente, moins chère et surtout plus facile", détaille Matthieu Remy, co-fondateur et CEO d’Easyvest.

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Leur credo? Un investisseur particulier ne pourra jamais battre le marché. Partant d’une expérience personnelle et familiale avec un banquier privé, ils décident de se baser sur les théories apprises lors de leurs études en finance pour développer une nouvelle méthodologie d’investissement. Leur algorithme analyse les données de marché depuis les années 60 et calcule toutes les combinaisons possibles entre des milliers d’ETFs ("Exchange-Traded Fund" ou tracker, NDLR) disponibles sur Euronext, en fonction de plusieurs critères de sélection comme la réputation de l’émetteur, la diversification des valeurs suivies et des zones géographiques.

Résultat: il suffit d’un petit nombre de trackers très diversifiés pour obtenir les mêmes performances que le marché. En effet, rajouter d’autres ETFs dans leur portefeuille pourrait provoquer un doublement des positions. Et cela pourrait également entraîner des frais supplémentaires ou des erreurs dans le système.

À partir de ces données, Easyvest propose à ses clients cinq portefeuilles différents. Et le profil de risque de l’investisseur détermine la pondération des actions et des obligations. "Ce que nous offrons comme service peut s’apparenter à ce que ferait une banque privée traditionnelle, mais nous ne sommes pas une banque. Nous n’avons pas d’agrément bancaire. Il s’agit plutôt de conseils ou de la gestion de conseils, explique Matthieu Remy. Toutefois, les avantages que vous auriez à aller chez un banquier privé, nous les offrons aussi. À un moindre coût vu que nous sommes exclusivement online." Et pas besoin de payer des stratégistes et analystes financiers, l’algorithme se charge de suivre les indicateurs macroéconomiques et l’évolution des marchés financiers.

©France Dubois

Révolution ou concurrence?

Le secteur bancaire traditionnel serait-il menacé par ces nouvelles sociétés de gestion? Certains acteurs parlent de révolution, d’autres se demandent si les banques seront bientôt "uberisées". Un avis pas partagé par Matthieu Remy. "Nous ne sommes pas réellement concurrents parce que nous nous adressons à un public un peu différent. Notre clientèle de base, ce sont des gens dans la trentaine qui n’ont généralement pas accès aux services de la banque privée parce qu’ils n’ont tout simplement pas encore les capitaux suffisants."

"C’est clairement une évolution pour le secteur bancaire."
Rodolphe de pierpont
Porte-parole de Febelfin

Du côté des banques traditionnelles, l’arrivée des fintechs est en tout cas suivie avec curiosité. "Il ne faut pas se voiler la face, c’est clair que c’est une évolution pour le secteur bancaire et nous devons l’accompagner, reconnaît Rodolphe de Pierpont, porte-parole de la fédération belge du secteur financier (Febelfin). C’est pourquoi nous voyons que depuis plusieurs mois toute une série de banques signer des partenariats avec des fintechs." Ainsi, Keytrade Bank a par exemple développé un partenariat avec la société Gambit (ancienne spin-off de l’université de Liège) pour utiliser ses algorithmes. Et Easyvest a intégré la société de bourse Leleux Associated Brokers pour profiter de son infrastructure et ses agréments auprès de l’Autorité belge des services et des marchés financiers (FSMA).

Par contre, le volet juridique et l’automatisation avancée du processus de conseil interpellent la fédération du secteur financier. "Pour du travail sur mesure, où le produit doit correspondre aux besoins du client, il est plus difficile de tout automatiser", souligne Rodolphe de Pierpont. C’est d’ailleurs pour cette raison que les régulateurs européens ont décidé de s’intéresser au phénomène des fintechs (lire ci-dessous).

Une tendance venue d’outre-Atlantique

De plus en plus présentes dans nos contrées, les fintechs européennes s’inspirent du mouvement créé aux États-Unis quelques années auparavant. La start-up Wealthfront est la plus connue dans le milieu, avec plus de deux milliards de fonds sous gestion. Son business model a d’ailleurs inspiré les fondateurs d’Easyvest. "Les États-Unis sont vraiment les innovateurs dans le domaine des fintechs. Et en les observant, nous nous sommes dit qu’il y avait un marché potentiel en Belgique et que nous pouvions reproduire ici ce qu’ils faisaient là-bas. Surtout que vu les réglementations des pays respectifs, il était plus facile pour nous d’implanter ce business model en Belgique."

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Les fintechs américaines restent bien entendu les plus importantes au monde, mais le phénomène s’étend à tous les continents. Selon une récente étude effectuée par le groupe de consultant KPMG, les fintechs ont doublé à 13,6 milliards de dollars les montants levés à travers le capital-risque, de 2014 à 2015. L’Amérique du Nord se taille la part du lion des financements, avec 7,7 milliards de dollars, devant l’Asie avec 4,5 milliards et l’Europe avec 1,5 milliard.

Comment expliquer cet engouement autour de ces nouvelles sociétés de gestion? D’après Geoffroy de Schrevel, CEO de Gambit, "les fintechs sont apparues car la frustration des clients des institutions financières s’est progressivement concrétisée auprès des jeunes générations et que l’innovation technologique a permis de répondre à cette frustration. L’erreur serait de réduire la fintech à un gain substantiel d’efficacité dans un monde stable. Certaines start-ups basent leur vision non sur une amélioration de l’efficacité de l’offre, mais sur l’ambition de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs."

Dans cette évolution digitale de la société, les investisseurs veulent donc tester de nouvelles possibilités d’investissement, à moindre frais, et plus faciles d’utilisation. D’autres, par manque de temps, veulent profiter de l’objectivité et l’absence d’émotions des machines pour gérer leurs finances personnelles. "Nous sommes à un point d’inflexion pour l’industrie financière, mais le changement se fera, il ne faut se faire aucune illusion à ce propos", conclut Geoffroy de Schrevel.

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