En 2018, une baisse des rendements obligataires inattendue

Photo d'illustration. ©Getty Images

Les obligations dans le monde n’ont pas réagi comme prévu aux prévisions des observateurs de marché en 2018. Le rendement du Bund allemand à dix ans a chuté à 0,2%.

"2018 s’est avérée troublante pour les marchés financiers dans le monde. La grande majorité de secteurs dans l’univers obligataire, allant des obligations d’État aux obligations à haut rendement, a généré des performances négatives depuis le début de l’année", souligne Marilyn Wilson, responsable de la stratégie obligataire chez Blackrock. "Après un démarrage sur une note positive, l’année a été parsemée d’événements idiosyncratiques, en majorité dus à la politique, qui se sont étendus dans le temps, comme le Brexit et les tensions commerciales. Il faut ajouter la formation du gouvernement en Italie et ses propositions de budget, les élections au Brésil et au Mexique, les midterms aux Etats-Unis, les problèmes de financement externe de l’Argentine et de la Turquie, ainsi que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient", rappelle-t-elle.

Le ralentissement de l’économie mondiale a provoqué un repli des rendements obligataires. "Un affaiblissement de la croissance économique, aussi bien dans le monde qu’aux Etats-Unis, a été un contributeur majeur pour des rendements obligataires américains plus bas", constate Jon Hill, spécialiste taux chez BMO Capital Markets. Les taux américains ont même connu une inversion de la courbe des taux. Le rendement de l’obligation à cinq ans est passé sous celui de l’obligation à trois ans, mais le taux à dix ans reste encore supérieur au taux à deux ans.

La confiance dans la capacité de la croissance économique à se maintenir devient de plus en plus faible.
John Hill
BMO Capital Markets

Rétro 2018

Migrations, climat, Brexit... Voici ce qu'il faut retenir de 2018 pour comprendre 2019

Quels sont réellement les chiffres de la migration? Que vaut finalement une biotech comme Mithra? Le Brexit est-il aussi dévastateur qu’on le dit? 

Découvrez notre rétro 2018 >

Il faut remonter à 2007 pour retrouver une telle situation. "Si vous regardez les taux à un, deux et trois ans, la confiance dans la capacité de la croissance économique à se maintenir devient de plus en plus faible", constate Jon Hill. "Et si la Réserve fédérale américaine estime que le taux neutre des taux d’intérêt se situe sous 3%, il est peu probable que le taux à dix ans et le taux à trente ans grimpent au-delà de ce niveau", ajoute-t-il.

Un Bund allemand plus bas qu’en 2017

En Europe, l’affaiblissement de la croissance économique et l’escalade des tensions politiques ont poussé le rendement du Bund allemand à 0,2%, son plus bas niveau depuis dix-huit mois, contre 0,8% en février. Le taux belge à dix ans a suivi la même évolution, passant de 1,02% en février à 0,75% à la fin de l’année.

Toutefois, les analystes estiment que le taux allemand à dix ans devrait remonter l’année prochaine alors que la Banque centrale européenne a annoncé la fin de sa politique de rachat de titres sur les marchés à partir du mois de janvier. "La zone euro est en meilleure position aujourd’hui qu’elle ne l’a été dans le passé, et pourtant, le rendement du Bund allemand ne reflète pas cette réalité", relève Pierre Chartres, directeur des investissements chez M&G Investments.

Tous ne partagent pas son avis. "Pour la zone euro, il est plus facile de trouver des risques à la baisse que des risques à la hausse", indiquent les stratégistes de Bank of America/Merrill Lynch, Ralf Preusser et Sophia Salim, dans une note. Ils estiment que le Bund allemand pourrait remonter à 0,6% à la fin de l’année prochaine. "Il y a toujours des monstres cachés sous le lit", résument-ils.

En Belgique, la crise politique pourrait provoquer une hausse des taux obligataires, même si depuis la démission du gouvernement, l’écart avec le taux allemand ne s’est pas élargi, pour l’instant.

Lire également

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content