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Flambée des cryptomonnaies

©AFP

La progression du bitcoin depuis janvier cache l’envolée encore plus spectaculaire des autres cryptomonnaies comme l’ether, le dash ou le ripple.

Outre le bitcoin, dont le prix a récemment dépassé 11.000 dollars, les autres cryptomonnaies bénéficient aussi d’une envolée spectaculaire. L’ether, rival du bitcoin, a gagné plus de 6.300% depuis le début de l’année. À côté, la progression du bitcoin (+ 1.100% depuis janvier) fait presque pâle figure. Le ripple, une monnaie virtuelle utilisée par les grandes banques mondiales, a pris plus de 4.360% sur la même période.

L’explication de cette envolée tient dans l’accès à ces cryptomonnaies. "Aujourd’hui, il est de plus en plus facile d’avoir accès à ces cryptodevises. En 2011, il fallait se renseigner sur des forums, et faire confiance à des gens pour pouvoir acheter et vendre celles-ci. Le système s’avérait archaïque. Mais à l’époque, 100 bitcoins ne valaient pas grand-chose. Puis, des plateformes sont apparues, se constituant en place de marché pour acheter et vendre du bitcoin vis-à-vis du dollar à travers un système centralisé", indique Jean-Luc Verhelst, auteur du livre "Bitcoin, the Blockchain and Beyond", et cofondateur de la communauté Blockchain Hive.

"La montée spectaculaire des prix des cryptomonnaies n’exclut pas une grosse correction."
Jean-luc Verhelst
cofondateur de Hive

"Aujourd’hui, vous créditez un compte sur ces plateformes de 1.000 euros par exemple, pour acheter l’équivalent en bitcoin, dont le prix est déterminé en fonction de l’offre et de la demande. La plateforme s’occupe du matching des transactions", ajoute-t-il. Aux Etats-Unis, la plus importante plateforme, Coinbase a connu un nombre considérable d’ouvertures de compte après la fête de Thanksgiving, de plus de 100.000 comptes, portant à environ 13,1 millions son nombre d’utilisateurs. Le site de la société a d’ailleurs connu des problèmes de connexion ce mercredi. "Quelques grandes plateformes se concentrent sur le bitcoin et l’ether, mais d’autres permettent à ses utilisateurs de convertir leurs bitcoins en une centaine d’autres cryptodevises. Les plateformes Bittrex et Poloniex sont célèbres pour cette raison", souligne Jean-Luc Verhelst.

Spéculation

Toutefois, Jean-Luc Verhelst reconnaît que la progression spectaculaire des cryptodevises depuis le début de l’année présente l’aspect d’une bulle. "Beaucoup de gens investissent dans les cryptomonnaies sans comprendre comment celles-ci fonctionnent et sans avoir formé leur avis en lisant des livres sur le sujet" regrette-t-il. Il admet qu’un effet "peur de rater" joue en faveur de la progression spectaculaire des cours des cryptodevises. "Quand le prix est bas, personne ne s’y intéresse, mais maintenant que les prix sont élevés, tout le monde s’y intéresse et demande comment en acheter. Je le vois", indique-t-il.

Jean Wallemacq, cofondateur de la Belgian Bitcoin Association, souligne lui aussi un aspect spéculatif dans l’envolée des cours des monnaies virtuelles. "Mais je continue de penser que le potentiel des cryptodevises devient de plus en plus compris. Là où de nombreuses banques ne voulaient pas en entendre parler, on voit désormais qu’elles commencent à s’y intéresser, à cause de l’intérêt de leurs clients. De plus, plusieurs Bourses aux Etats-Unis veulent lancer des instruments financiers sur le bitcoin. Et Christine Lagarde, la présidente du Fonds monétaire international, a déclaré que les cryptomonnaies ont du sens", ajoute-t-il.

Fiscalité: Comme Paypal

Les comptes ouverts en cryptomonnaies à l’étranger sont assimilés par le fisc à des comptes paypal. "Par certains éléments (argent liquide contenu dans un portefeuille électronique permettant d’effectuer le paiement de biens ou services, possibilité d’échanger les bitcoins sous une forme physique telle que les pièces Casascius…), les portefeuilles en bitcoins peuvent s’apparenter à des comptes Paypal. Cependant, étant donné la spécificité du fonctionnement de cette monnaie virtuelle, une analyse plus approfondie est actuellement en cours au sein de l’administration fiscale", indique Florence Angelici, porte-parole du SPF Finances.

Les comptes paypal ne doivent pas être déclarés au point de contact central contrairement aux comptes étrangers, ouverts auprès d’établissements de banque, de crédit, de change ou d’épargne. Toutefois, "de tels comptes doivent bien être communiqués au PCC lorsque des actifs sont effectivement détenus sur ces comptes pour compte du contribuable au-delà du délai strictement nécessaire du point de vue technique pour l’exécution du transfert des fonds de ou vers la Belgique", précise Florence Angelici. Rappelons que la FSMA n’autorise pas les courtiers et banques belges à proposer des transactions sur les cryptodevises.

Jean-Luc Verhelst relève aussi que les Initial Coin offerings (ICO), des levées de fonds en cryptomonnaies qui permettent soit de financer une start-up, soit d’acquérir des cryptomonnaies, ont joué un rôle dans la flambée des cours de ces monnaies virtuelles. "On a vu beaucoup d’ICO qui ont levé plusieurs millions de dollars, alors que 98% de ces projets n’ont pas de véritable avenir, souligne-t-il. Les ICO sont un phénomène de mode qui se termine, une bulle s’est formée." Mais néanmoins, il prédit encore un futur pour les ICO, "par exemple, pour financer la découverte d’un nouveau vaccin".

Correction en vue?

La flambée des prix des cryptomonnaies a poussé de nombreuses banques centrales, des banquiers comme le patron de JPMorgan et celui de Crédit Suisse, et d’autres investisseurs à alerter des risques d’une bulle sur celles-ci. Certains soulignent que les régulateurs occidentaux pourraient être tentés d’imiter la Chine, où des plateformes en bitcoins ont été fermées cette année. "Si la carotte de l’autorégulation ne s’avère pas suffisante, les régulateurs ne vont pas hésiter à utiliser leur pouvoir", a déclaré à Reuters David Futter, avocat pour Ashurst à Londres. Cet éventuel tour de vis des régulateurs pourrait avoir un impact négatif sur les cours des cryptodevises.

"La montée très spectaculaire des prix des cryptomonnaies n’exclut pas une grosse correction. Mais la technologie va rester, souligne Jean-Luc Verhelst. Le prix est toujours déterminé par l’être humain, alors c’est difficile de prédire l’évolution des cours." Jean Wallemacq rappelle, lui, qu’il ne faut investir "que ce qu’on peut se permettre de perdre" dans les cryptomonnaies.

À titre de comparaison, le cours du bitcoin a pris 45% ces deux dernières semaines, alors que le S&P500 a mis trois ans et demi pour atteindre cette progression.

Evolution

Le dash, une autre cryptomonnaie, a lui pris 92% ces deux dernières semaines, bien davantage que le bitcoin. Mais Jean-Luc Verhelst souligne une évolution dans le monde des monnaies virtuelles. "Des cryptomonnaies mieux construites, permettant l’anonymité, prennent de l’ampleur. Car cette anonymité les rend fongibles. Ce n’est pas le cas du bitcoin. Par exemple, si vous devez choisir entre acheter du bitcoin à un dealer de drogue ou au pape, vous allez choisir cette dernière option. Un bitcoin ne vaut pas un bitcoin, explique-t-il. Avec des cryptomonnaies anonymes, comme le zcash, le monero ou le dDash, ce problème disparaît."

Mais il relève que 90% des cryptomonnaies n’ont pas de vraie valeur. Il se dit toutefois convaincu que les monnaies virtuelles représentent une nouvelle classe d’actifs qui doit avoir un rôle à jouer dans le futur.

Jean Wallemacq estime que les cryptomonnaies restent une belle innovation. Il rappelle que le bitcoin et les autres monnaies virtuelles ont un rôle transactionnel. "Le système de paiement des monnaies virtuelles a été mis entre parenthèses" avec la focalisation des investisseurs sur la partie spéculative de celles-ci, souligne-t-il.

"Des solutions se dessinent pour augmenter la capacité du réseau. Plus de capacité va amener des frais de transaction plus faibles", indique-t-il. Car il relève que la capacité du réseau se limite à 300.000 transactions par jour avec des frais de 4 à 5 euros l’unité. "Comme système de paiement, le bitcoin reste un système sûr et universel, avec une grande sécurité et rapidité. Cet aspect n’échappe pas à des investisseurs. C’est là où le bitcoin et les autres cryptomonnaies ont un avenir", prédit-il.

Fiscalité Comme Paypal

Les comptes ouverts en cryptomonnaies à l’étranger sont assimilés par le fisc à des comptes paypal. "Par certains éléments (argent liquide contenu dans un portefeuille électronique permettant d’effectuer le paiement de biens ou services, possibilité d’échanger les bitcoins sous une forme physique telle que les pièces Casascius…), les portefeuilles en bitcoins peuvent s’apparenter à des comptes Paypal. Cependant, étant donné la spécificité du fonctionnement de cette monnaie virtuelle, une analyse plus approfondie est actuellement en cours au sein de l’administration fiscale", indique Florence Angelici, porte-parole du SPF Finances.

Les comptes paypal ne doivent pas être déclarés au point de contact central contrairement aux comptes étrangers, ouverts auprès d’établissements de banque, de crédit, de change ou d’épargne. Toutefois, "de tels comptes doivent bien être communiqués au PCC lorsque des actifs sont effectivement détenus sur ces comptes pour compte du contribuable au-delà du délai strictement nécessaire du point de vue technique pour l’exécution du transfert des fonds de ou vers la Belgique", précise Florence Angelici. Rappelons que la FSMA n’autorise pas les courtiers et banques belges à proposer des transactions sur les cryptodevises.

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